Valsero, rappeur sans peur

Avec ses textes incisifs et courageux, l'artiste camerounais Valsero est devenu le porte-voix des jeunes de son pays. Tout en s'investissant au quotidien pour un changement social, il prépare un nouvel album, Autopsie, dont la sortie est prévue en juillet 2010.

La voix de la contestation au Cameroun

Avec ses textes incisifs et courageux, l'artiste camerounais Valsero est devenu le porte-voix des jeunes de son pays. Tout en s'investissant au quotidien pour un changement social, il prépare un nouvel album, Autopsie, dont la sortie est prévue en juillet 2010.

Valsero a choisi son camp : celui de ceux qui dénoncent. Dans son pays, le Cameroun, où on a pris l’habitude de subir en silence par crainte de représailles ou de se taire contre de l’argent, le rappeur à la voix rocailleuse et au regard acéré fait figure de météorite. Il est par conséquent redouté : ses morceaux ne sont pas diffusés par la radiotélévision publique et ses concerts sont régulièrement interdits par les autorités ou interrompus par la police.

Valsero, lui, "a l’impression d’être vivant, réel" lorsqu’il s’exprime. Le népotisme du régime, la corruption, le détournement des fonds publics par les dirigeants, le pouvoir et les ressources confisqués par une poignée de sexagénaires et septuagénaires, le désarroi des jeunes confrontés au chômage : il décrit les maux du Cameroun à la perfection. "Ce pays tue les jeunes, les vieux ne lâchent pas prise (…) / Cinquante ans de pouvoir et après ça, ils ne lâchent pas prise / La jeunesse crève à petit feu / Tandis que les vieux derrière la forteresse se saoulent à l’eau de feu / Ce pays est comme une bombe et pour les jeunes un tombeau", scande-t-il dans son premier album, Politikement instable, sorti en 2008.

L’envie de dire…

Valsero, de son vrai nom Serval Gaston Abe, "frappe fort" parce qu’il sait de quoi il parle : comme la grande majorité des jeunes Camerounais, soit plus de la moitié de la population, il s’est retrouvé au chômage et sans aucune perspective, une fois ses études à l’Ecole des postes et télécommunications terminées, en 2002. Révolté, il commence à écrire. "Au début des années 1990, j’écoutais du rap pour le plaisir. Et puis, plus tard, j’ai été confronté à la vraie vie, aux vrais problèmes, à la douleur du chômage. J’ai commencé à comprendre ce que disaient les rappeurs. J’ai eu envie de dire moi aussi", explique-t-il.

Dans Lettre au président, son morceau le plus connu, le chanteur admiré pour son courage s’adresse directement au chef de l’Etat Paul Biya, 77 ans, dont vingt-huit passés au pouvoir. "Prési, tes potes vivent au bled comme s'ils sont de passage / Ils amassent des fortunes, spécialistes des braquages / Ils font preuve d'arrogance, ils frustrent le peuple / Ils piétinent les règles et ils font ce qu'ils veulent / Ah prési, arrête ça, c'est ça ton travail / Ou inch’allah, je jure : un autre fera le travail", chante-t-il.

Sa rage, ses contemporains la partagent. En août 2009, à Yaoundé, une vingtaine de jeunes ont été arrêtés par la police pour avoir déchiré pendant un de ses concerts une affiche géante de Paul Biya, collée sur un mur pour une précédente manifestation. Fin 2009, Valsero insiste avec un single Répond ! visant de nouveau le président, que peu osent critiquer publiquement. "Prési (…), je t’ai envoyé une lettre présentant les doléances de la jeunesse camerounaise mais le temps passe, le père, et toujours pas de réponse (…) / On veut juste vivre et se sentir mieux, ne nous ignore pas (...) / Ne transforme pas en loups et lions des agneaux et des moutons / Elle peut faire mal, une jeunesse qui opte pour la rébellion / Répond (…) / Mais quelle est donc ta politique ? "

… et d’agir

Depuis quelques mois, le rappeur, surnommé "Général" par ses fans, a abandonné l’émission qu’il animait quotidiennement sur une radio privée de Yaoundé. Il travaille désormais comme "chargé de la mobilisation" à l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), une ONG qui, comme lui, n’a pas peur d’élever la voix : fin 2008, elle a fait parler d’elle en dénonçant des détournements de fonds publics au ministère de l’Agriculture.

"Il est temps de passer à l’acte, d’arrêter d’écrire des livres. Il faut s’attaquer de manière très précise à des problèmes spécifiques", dit Valsero. Il anime notamment une campagne qui réclame de meilleures conditions de voyage dans le train reliant Yaoundé au Nord du pays, train dont l’industriel français Vincent Bolloré est propriétaire. "Mobilisons-nous pour faire changer la situation", disent les tracts qu’il distribue avec ses collègues. Lui veut prouver "qu’on existe et qu’on peut avoir le contrôle de nos vies".

Il n’en oublie pas pour autant le rap. Autopsie, son prochain album, autoproduit, sortira en juillet. Dans sa ligne de mire, l’élection présidentielle de 2011 à laquelle Paul Biya pourrait bien être encore candidat : il a fait supprimer en 2008 la limitation du nombre de mandats présidentiels, en dépit d’un large mouvement de contestation. Valsero veut, avec ses nouveaux textes, faire comprendre aux jeunes qu'il faut s'intéresser à la politique et voter. "Aujourd’hui, ils sont démobilisés. Ils préfèrent boire une bière plutôt que d’aller s’inscrire sur les listes électorales. Mais il faut leur faire comprendre que si le Cameroun est dans la merde, c’est à eux de le sortir de là. Dire ‘ce n’est pas de notre faute’ ne règle pas le problème", soutient-il. "Le vote n’a peut-être pas montré son efficacité au Cameroun, mais ça ne veut pas dire qu’il a perdu son efficacité. Il faut aller voter en masse, s’intéresser aux résultats et réagir. Seule une participation massive peut légitimer une action de contestation".

Valsero Politikement instable (Dany scorpion production) 2008Valsero Autopsie, à paraître le 21 juillet 2010 au Cameroun.