Camélia Jordana, diva l’air de rien

La demi-finaliste de La Nouvelle Star 2009, Camélia Jordana, bluffe tout le monde. Au lieu de sombrer dans la variété jetable pour son premier album, elle s’entoure de signatures délicates (Mathieu Boogaerts, Babx, Séverin…) et, du haut de ses 17 ans, ne se laisse rien imposer. Portrait d’une chanteuse novice qui a déjà tout d’une grande.

De la télé à la réalité

La demi-finaliste de La Nouvelle Star 2009, Camélia Jordana, bluffe tout le monde. Au lieu de sombrer dans la variété jetable pour son premier album, elle s’entoure de signatures délicates (Mathieu Boogaerts, Babx, Séverin…) et, du haut de ses 17 ans, ne se laisse rien imposer. Portrait d’une chanteuse novice qui a déjà tout d’une grande.

Elle venait à peine d’être éliminée en demi-finale du télé-crochet La Nouvelle Star qu’elle se voyait déjà proposer un album par le patron de Sony : "J’ai bien failli ne pas le prendre au téléphone, trop occupée à dire au revoir à tout le monde !", raconte Camélia Jordana. C’était en juin 2009. En un peu plus d’un an, Camélia Jordana en a fait de la route. La signature avec Jive Epic, un label de Sony, l’enregistrement de son premier disque, sa sortie en mars 2010, avec sa cohorte d’interviews et de passages télé et une tournée, déjà impressionnante, qui va l’être plus encore entre octobre 2010 et septembre 2011.

Avec Camélia Jordana, tout va très vite. Sauf quand il s’agit de commander à manger au restaurant… En cette chaude fin d’après-midi parisienne, elle hésite longuement entre la salade au saumon et la tartine aux légumes grillés. Pas capricieuse, non. Plutôt nostalgique des frites maison que son père lui a concoctées la veille, dans le Sud de la France, d’où elle est originaire. "C’était tellement bon ! Et aussi de prendre un jour avec ma famille…"C’est peut-être le seul moment où la jeune fille laisse entrevoir ses 17 ans, et percer ce qu’ils contiennent encore d’enfance, de fragilité, de dépendance. Sinon, elle est d’une confiance presque insolente pour son âge, et mène sa barque d’une main de femme d’expérience : "La Nouvelle Star m’a beaucoup aidée à apprendre mon métier actuel. Non seulement pour les interviews, la promo mais aussi pour le stress : chanter en direct devant un public en furie, quatre millions de téléspectateurs et un jury qui vous juge, c’est une très bonne école."

Avant d’entrer dans cette "école télévisuelle", Camélia n’avait jamais pris de cours de chant. "Parfois, dans la cuisine, je faisais des vocalises avec ma mère, qui a été un temps chanteuse lyrique. Je chantais tellement tout le temps que mes parents me demandaient de la mettre en veilleuse." Petite, bien que biberonnée à Georges Brassens et Steevie Wonder par ses parents, et habituée aux concerts classiques du dimanche soir sur Arte, elle s’identifie à Britney Spears : "Je m’imaginais à la télé, dans les clips et les magazines people. En grandissant, j’ai abandonné ce rêve et suis devenue une collégienne puis une lycéenne banale." Une image d’ado lambda qui participe à son succès à la Nouvelle Star, tant elle tranche sur la personnalité explosive, et surtout l’épatante voix de la demoiselle : puissante, veloutée ici, cassée là, essoufflée même parfois… Entre la légèreté d’une Lily Allen et la gravité d’une Cat Power.

Un premier disque

Sur son premier album, Camélia a su s’entourer avec adresse pour mettre sa tessiture en valeur. Nommant le jeune Babx (deux albums à son actif, et talentueux auteur) réalisateur en chef de la plupart des titres, et d’autres signatures délicates comme Mathieu Boogaerts, L, Séverin ou encore Doriand. Résultat, le disque tourne sans anicroche, alternant chansons yéyés, épures gainsbouriennes, tragédies pianistiques et jazz feutré. Franchement étonnant pour une lauréate que tout le monde s’attendait à voir transformée en poupée de son formatée. "J’ai reçu 400 propositions de textes et de mélodies, parmi lesquelles ces auteurs m’ont touchée au cœur. Trop peu les connaissent alors qu’ils ont un talent énorme. Je me suis dis tant mieux s’ils peuvent profiter de la sur-médiatisation d’une sortante de la Nouvelle Star."

Camélia ne se serait pas laisser imposer autre chose : "Je ne pouvais pas assumer de chanter du 'toi et moi là-bas, dans nos bras', le tube qu’on entend un mois partout puis plus rien'. Derrière la toison d’un noir de jais de la jeune fille, se cache un sacré tempérament. "J’ai grandi dans une famille où on débat, où le ton monte vite, où tout le monde parle très fort. Je peux avoir Copé devant moi ou mon petit frère de huit ans, si je ne suis pas d’accord, je le dis", raconte-t-elle en faisant référence à cette émission de télé dans laquelle elle a tenu tête à l’homme politique de droite Jean-François Copé, sur le thème de la burqa. Sanguine, décidée, intelligente, Camélia Jordana est aussi lucide quant à la période de grâce qu’elle est en train de vivre : "C’est évident, ça va retomber à un moment donné. Ça repartira peut-être, ou pas, quoi qu’il en soit, je profite du moment présent".

Camélia Jordana Camélia Jordana (Sony Music / Jive Epic) 2010

En concert à la Cigale, à Paris, le 8 novembre 2010.