Philippe Katerine, une pêche d’enfer !

Philippe Katerine, un cas à part dans le paysage en VF. Longtemps vénéré par un groupe d’esthètes, il s’est révélé aux oreilles du plus grand nombre avec Robots après tout. Le voilà de retour avec un album composé à la guitare, où il invite ses proches à venir chantonner des paroles minimales, limite insensées, qui en disent malgré tout, très long sur ses intuitions. Comme La Banane, hymne dadaïste de ce dandy contre le consumérisme ambiant qui a hanté les plages cet été.  Explications.

Nouvel album

Philippe Katerine, un cas à part dans le paysage en VF. Longtemps vénéré par un groupe d’esthètes, il s’est révélé aux oreilles du plus grand nombre avec Robots après tout. Le voilà de retour avec un album composé à la guitare, où il invite ses proches à venir chantonner des paroles minimales, limite insensées, qui en disent malgré tout, très long sur ses intuitions. Comme La Banane, hymne dadaïste de ce dandy contre le consumérisme ambiant qui a hanté les plages cet été.  Explications.

RFI Musique : Il y a un sens à donner à cet album qui commence par le titre Je m’éloigne d’autant que je m’approche et se finit par Merci ?
Philippe Katerine
: Le début du disque est dur, et puis on va vers une tendresse infinie. Comme sur Juifs arabes, tu te rends compte que pour beaucoup, ce sont devenus des gros mots. Ça paraît incroyable de les accoler, alors que c’est tout à fait naturel. Quand tu as deux copains qui ne s’entendent pas, tu leur dis : "Allez embrassez-vous !" C’est une chanson extrêmement tendre.

La plupart des thèmes sont très courts, tout comme les textes, sans "Bla bla bla" pour paraphraser une des chansons. La tendance est au lapidaire ?
Exactement. J’avais écrit beaucoup, et puis il a fallu soustraire, soustraire. J’ai tout déchiré et il ne restait plus que ça. Les dissertations m’ennuient. A la longue, le fait même d’écrire, je trouvais cela pathétique. Lamentable.

Mais il y a toujours des petites chroniques, comme pour cette traversée de Parivélib’ "sous ecstasy", plus à la coule…
C’est une chanson d’abandon avec une mélodie rassurante, dans laquelle tu te loves aisément pendant un certain temps. Et comme dedans je suis assez clairement sous l’emprise des drogues, c’est celle aussi où il y a le plus de mots. Quelqu’un qui parle, qui a envie de dire des trucs. C’est plus étouffant pour l’auditeur, c’est absolument obscène. C’est surtout du vécu. Un soir, je prends mon vélib pour rentrer chez moi : il faut traverser tout Paris. Et là je me sens tellement bien sur ce vélo qui a été utilisé par une personne que je ne connais pas… Une sensation très heureuse. Cheveux au vent, je pédale, et je trouve la mélodie et les paroles dans ce bonheur insensé. Je l’enregistre avec mon téléphone, pour m’en souvenir. C’est pour cela qu’elle se développe comme une route.

C’est un album très réactif à l’air du temps comme ce Té-lé-phone
C’est une histoire qui est arrivée à tout le monde. Tu perds ton téléphone, et avec ton identité, tes relations, ta mémoire, tes enregistrements, tes photos, ta situation géographique. Le téléphone est devenu le cœur.

Il y a aussi Musique d’ordinateur, les petites notes du PC qui s’éteint ?
C’est un chant d’amour. Parce que ça fait du bien quand ça s’arrête, aussi. J’ai essayé de mettre les plus belles harmonies dans ce petit thème de rien du tout. C’est une intention, pas forcément un résultat.

Plus généralement, les mélodies font plutôt songer au 8e Ciel qu’à Robots après tout, tes deux précédents albums ….
Sauf que les deux groupes ne sont pas du tout les mêmes : avec les Recyclers, on avait un choix infini d’instruments, alors que là je voulais une guitare, une basse et une batterie, pas même une pédale d’effets. Tout à nu, comme si on ne connaissait pas tout le matériel inventé par la suite. Les musiciens ne sont jamais plus passionnants que lorsqu’ils sont en manque, frustrés. En lui enlevant sa pédale d’effets, le guitariste Philippe Eveno est placé dans l’obligation de trouver un autre moyen pour s’exprimer. Et là, ça devient intéressant. C’est aussi le cas pour le batteur Gregory Czerkinsky, qui a fait des albums sous son nom comme chanteur. Il s’est illustré dans le groupe Mikado.

Un duo électro-pop des années 80 d’une élégance infinie…
J’en étais fou. Ils avaient développé une imagerie tellement kitsch que ça en devient inquiétant et leurs chansons ressemblaient aux faux coquillages que l’on pose au bord de la baignoire. Ayant travaillé avec lui pour ses chansons et étant devenu un ami, je savais qu’il jouait comme un génie de la batterie et des percussions d’orchestre.  

Tu as mis en couverture tes parents, avec toi tout sourire. Comment ont-ils pris cela ?
Ils m’ont dit que mettre des vieux en couverture, ce n’était pas vendeur : cela n’allait pas séduire les gens. Un argument assez fort, qui m’a incité à insister. Au bout d’un moment, ils ont accepté : "Si ça peut te rendre service." On avait déjà enregistré la chanson avec eux. Ce disque, j’ai failli le baptiser "Merci". Merci papa, merci maman. Merci de m’avoir donné la vie.

Philippe Katerine Philippe Katerine (Barclay/Universal) 2010

En concert le 7 décembre au Casino de Paris.