James Germain, le créole mandingue

Depuis deux ans et demi, l’Haïtien James Germain a posé ses valises au Mali. C’est à Bamako qu’il a composé et enregistré, Kreol Mandingue, son troisième album, qui revisite des chants traditionnels haïtiens à la couleur malienne. Une rencontre au sommet !

Entre deux cultures

Depuis deux ans et demi, l’Haïtien James Germain a posé ses valises au Mali. C’est à Bamako qu’il a composé et enregistré, Kreol Mandingue, son troisième album, qui revisite des chants traditionnels haïtiens à la couleur malienne. Une rencontre au sommet !

RFI Musique : Avant de vous installer au Mali, vous viviez en Haïti, quelle image aviez-vous de l’Afrique ?
James Germain : D’Haïti, je voyais l’Afrique à travers la télévision, les documentaires… C’était différent et j’étais curieux de tout, les tissus, la nourriture, la langue, etc. J’avais d’abord rencontré l’Afrique à Paris à travers la diaspora africaine. Et puis, je suis allé au Burkina Faso une vingtaine de jours sur l’invitation de Greg Belobo, un chanteur lyrique camerounais. Dans mon imaginaire, je savais que lorsque j’irais en Afrique, je ne reviendrais pas et c’est ce qui s’est passé, à mon deuxième voyage ! Je suis venu au Mali avec la chorégraphe haïtienne Kettly Noël pour travailler avec elle sur le spectacle de théâtre et de danse contemporaine Chez Rosette, qui racontait l’histoire d’un maquis africain à travers la danse et la musique. En arrivant en Afrique j’ai ressenti que j’étais caribéen et africain.

Grâce au vaudou, on rapproche souvent Haïti du Bénin, qu’est ce qui vous a particulièrement frappé au Mali ?
J’ai eu le temps de m’imprégner de toutes les mélodies, de toute l’histoire mandingue qui m’a pris vraiment aux tripes. Le jour de mon arrivée, on m’a donné un micro pour chanter, c’était impossible, j’étais un peu coincé, la voix ne sortait pas. Mais en prenant le temps, j’ai apprivoisé la culture mandingue des griots. J’ai fait plusieurs jam sessions avec des griottes, moi en chantant créole, elles en bambara et cela fonctionne très bien. Au Mali, je sens une force, une énergie positive autour de moi.

Au niveau du chant, vous êtes vous senti proche du "lancer de voix" des griots ?
J’ai commencé à chanter en Haïti sans formation, à l’église et puis je me suis formé vocalement. Ensuite, je me suis inspiré du répertoire des chants vaudous. Mais en entendant les griots, j’ai retrouvé mes "repères" : avec des voix extraordinaires, ils racontent leur histoire, la puissance de la voix est proportionnelle au sens. Depuis que je vis au Mali, je suis plus conscient de la charge qu’il faut mettre dans sa voix. J’ai appris que celui qui chante a une responsabilité.

Avec quels musiciens avez-vous travaillé à Bamako ?
J’ai eu la chance de trouver de très bons musiciens, originaires de plusieurs régions du mali, et qui étaient là tous en même temps ! Andra Kouyaté, le frère de Bassekou a assuré le ngoni basse, la kora est jouée sur un morceau par Mohamadou Diabaté, le frère de Toumani et Batoma Sissoko chante en duo avec moi sur le dernier morceau du disque.

Qu’est ce que vous chantez justement dans cet album Kréol Mandingue ?
Des situations de la vie quotidienne en Haïti. Dans Péyi A, le premier morceau du disque, je raconte comment Haïti est déglingué, comment la vie est compliquée, les enfants des rues, les mamans qui rentrent du marché avec rien. Dans ce pays, quelque chose menace toujours la paix. J’ai choisi des airs traditionnels qui insistent sur l’unité et l’espoir. Toutes nos énergies doivent être mises ensemble pour reconstruire Haïti. D’ailleurs, au moment du séisme, les Maliens se sont vraiment mobilisés, c’était très émouvant pour moi. Nos histoires se sont souvent entremêlées : à l’indépendance du Mali, les Haïtiens se sont impliqués dans les postes à responsabilité : des médecins haïtiens, des politiciens haïtiens sont venus au Mali pour prêter main forte à la jeune nation malienne. Les Maliens situent très bien Haïti, première république Noire de l’humanité.

Vous êtes albinos. Est-ce que les albinos subissent des discriminations en Haïti ?
Non, j’ai été choqué en arrivant au Mali d’entendre ces histoires de sacrifices d’albinos pour  leurs prétendus pouvoirs bénéfiques … En Haïti, je n’ai jamais été mis à part, je me bats comme tout le monde pour avoir ma place dans la société. Au Mali, je remarque que les albinos sont en retrait dans tous les secteurs de la société, qu’ils ne sont pas tout à fait des citoyens comme les autres. Heureusement, Salif Keita fait un travail formidable avec sa fondation, qui permet de faire évoluer les mentalités. Et pourtant, au Mali, on me confond souvent avec lui !

James Germain Kréol Mandingue (Aztec Musique) 2010

En concert au New Morning à Paris, le 2 octobre 2010