La petite entreprise Gotainer

Au détour d’un couloir du métro parisien, une affiche "Richard Gotainer en concert". Tiens c’est vrai ça, il devient quoi l’inénarrable interprète du Youki et de Belle des champs ? Et bien l’homme à lunettes ne chôme pas, il prépare cinq dates parisiennes au New Morning en octobre et décembre ainsi qu’une flopée de concerts partout en France. Comme à la maison, son nouveau spectacle révèle les différentes facettes de l’artiste. Une ambiance sucrée-salée entre titres intimistes et versions revisitées de ces bouffonneries. Un mélange réjouissant de poésie et de répliques hautes en couleur. Rencontre.

Comme à la maison, sur scène

Au détour d’un couloir du métro parisien, une affiche "Richard Gotainer en concert". Tiens c’est vrai ça, il devient quoi l’inénarrable interprète du Youki et de Belle des champs ? Et bien l’homme à lunettes ne chôme pas, il prépare cinq dates parisiennes au New Morning en octobre et décembre ainsi qu’une flopée de concerts partout en France. Comme à la maison, son nouveau spectacle révèle les différentes facettes de l’artiste. Une ambiance sucrée-salée entre titres intimistes et versions revisitées de ces bouffonneries. Un mélange réjouissant de poésie et de répliques hautes en couleur. Rencontre.

RFI Musique : Vous avez commencé par la pub pour maintenant interpréter des chansons. Vous faites la carrière inverse de Johnny Hallyday en fait !
Richard Gotainer
: La pub, c’est la première fois que je gagnais de l’argent avec ce que je savais faire, c’est à dire raconter des histoires, inventer des trucs. Moi, je chantais dans le  fond des autocars, chez les scouts, je faisais des sketchs. Pour moi, il n’y a pas de différence entre une pub et une chanson. Peut-être un peu la profondeur... La démarche de la construction et de l’écriture est la même. C'est-à-dire un sujet et un seul, pas de digression et rassembler le plus possible. Dès qu’il y a une phrase qui ne sert à rien, il faut la supprimer. La pub est encore plus sévère sur le temps parce que là, c’est de l’argent.

Ça ne vous agace pas qu’on vous rappelle les pubs que vous avez enregistré il y a 30 ans ?
Je le cherche en même temps ! Je n’ai qu’à pas les chanter sur scène ! Je ne les renie pas, je suis aussi ça. Mais n’être que ça, ça pourrait me gonfler comme les gens qui ne me voient qu’en Youki par exemple. J’ai écrit des chansons différentes comme Les 4 saisons ou Rupture de stock.

Comme à la maison, c’est une manière de (re)découvrir le vrai Richard Gotainer ?
C’est un peu l’idée. Je le dis dès le départ : "On a envie de chanter les chansons qu’on veut, nous, comme si on était à la maison." Je rassure le public en lui disant qu’il y aura le Mambo, le Youki et il me laisse faire. Les gens qui ne connaissent que la partie émergée de l’iceberg n’ont pas l’air mécontent du voyage. Ils savent qu’ils vont avoir ce qu’ils viennent chercher. Je les comprends. Moi si je vais voir les Rolling Stones et qu’ils ne font pas Satisfaction, je suis désolé mais c’est "Remboursé !".

On a l’impression que vous êtes une entreprise à vous tout seul ?
C’est tout à fait ça. Je suis artiste, auteur, éditeur, producteur, distributeur, je fais tout, je gère mon site internet. Ça m’est déjà arrivé quand mon livreur n’était pas là, d’aller porter moi-même des colis de disques à la Fnac. Je n’ai pas de malaise avec ça. J’ai compris depuis très longtemps que je ne vendrais pas autant de disques que les Beatles. Et finalement, je suis assez content de vivre une vie normale. Je suis un peu vedette mais je fais mon marché normalement, personne ne m’arrache ma chemise dans la rue et je suis très content comme ça. J’ai des enfants que j’aime voir. Je serai peut être embarrassé avec deux cents dates par an. Je ne suis pas sûr que ça m’amuserais longtemps.

On a l’impression que vos musiciens s’amusent encore plus que vous sur scène ?
Plus non, je vous interdis de dire ça mais autant, oui ! J’ai choisi mon équipe. Les critères, c’étaient d’être bon musicien et de chanter. Et ce n’est pas totalement un hasard s’ils sont tous sympas. Si ce n’était pas le cas, ça n’aurait pas collé. C’est le boss qui met l’ambiance. Si je suis une tête de con et que je stresse tout le monde, c’est sûr que l’ambiance sera moins bonne. En revanche, je peux être redoutable si quelqu’un ne fait pas son boulot. A partir du moment où ça roule et que chacun fait bien son truc, je suis surtout là pour me marrer.

Vous allez faire quoi après cette série de concerts ?
Je ne sais pas, j’ai plein de projets. Je suis multicarte et multi-casquette. La semaine dernière, il y a un mec qui m’arrête dans la rue et qui me demande si je veux mettre en scène sa pièce. Je lui ai dit que là je n’avais pas le temps mais pourquoi pas ! J’ai refusé des rôles dans quatre pièces différentes l’année dernière. Quand il ne se passe rien, j’écris. J’ai plein de trucs en chantier. J’aime bien m’ennuyer un peu comme quand je suis en vacances. Au début, je me repose et puis il y a cette période où on commence à s’ennuyer parce qu’on ne fait rien. Je ne déteste pas ce moment, c’est là que ça se remet en route. Je reprends des cahiers neufs et je recommence à partir dans des histoires.

A la fin du concert, vous donnez rendez-vous au public pour une séance de dédicaces. C’est un moment de plaisir ou un exercice imposé ?
J’ai souvent cette réflexion comme si c’était une corvée. Je ne fais pas grand-chose d’imposé de toute façon. J’aime bien ce moment-là. Bien sûr, il y a des casse-pieds mais ce sont souvent les moins démonstratifs, les plus intéressants. Un soir un spectateur est venu me voir en me disant : "Je vous remercie. Vous m’avez fait voir des couleurs que je ne connaissais pas." Et bien après ça, quand je rentre chez moi, je suis plutôt content. Quand même !

Richard Gotainer Espèce de Bonobo (Gatkess) 2008

En concert au New Morning (Paris) : les 28, 29 et 30 octobre et les 17 et 18 décembre 2010.