Pierre Perret, des larmes au rire

Le nouvel album de Pierre Perret, La Femme grillagée, se partage entre chansons graves – parfois très graves – et chansons drôles – parfois très lestes. Un bon autoportrait du plus fidèle sale gosse de la chanson française.

Nouvel album, La Femme grillagée

Le nouvel album de Pierre Perret, La Femme grillagée, se partage entre chansons graves – parfois très graves – et chansons drôles – parfois très lestes. Un bon autoportrait du plus fidèle sale gosse de la chanson française.

Le refrain va droit dans la plaie : "Quand la femme est grillagée/Toutes les femmes sont outragées". La plainte d’un duduk arménien fait sonner la chanson de Pierre Perret comme si un appel dramatique la traversait, à travers le temps et l’espace. La Femme grillagée a donné son titre au nouvel album de l’auteur de Lily et de Mon p’tit loup. Il ne s’en cache pas : c’est "le cœur déchiré" par la destinée de ses femmes prisonnières du voile intégral qu’il a écrit. Et, sur le même album, il signe aussi Femmes battues, qui non seulement évoque les violences mais aussi toutes les complicités de la société autour d’elles.

Mais Perret n’a pas perdu son insolence : il s’amuse de La Vie du pape, qu’il décrypte avec les yeux d’un homme ordinaire endossant les habits et la charge du souverain pontife – "Y m’emmènent dans des pays/Y a des pauvres partout/Je n’supporte plus le riz/Ni les pousses de bambou/Je fais d’la claustrophobie/Dans ma charrette blindée".

Inspiration égrillarde

Avoir enregistré deux albums de chansons paillardes, Le Plaisir des dieux et Les Dieux paillards (sortis en 2007 et 2008), il n’a pas asséché son inspiration égrillarde. Les amateurs vont retrouver sa plume alerte dans quelques chansons particulièrement salées, dont Le Cul, galerie de portraits d’obsédés sexuels de tous les genres et des toutes les orientations. Il est difficile d’en citer ici un extrait sans offenser les yeux sensibles, sauf peut-être le texte de l’introduction : "Dans ma vie j’ai connu/Des aimables et des tordus/Des belles filles, des garçons/Sans la moindre inhibition/Et ma foi tous étaient convaincus/Qu’la seule chose qui comptait c’est le cul".

Commentaire de l’auteur-compositeur-interprète : "Cette chanson est une évidence. Ce n’est pas seulement une occasion de parler de cul, mais la philosophie de base qui traverse toutes les situations que l’on peut croiser dans une journée est qu’une seule chose fédère tout le monde, de quelque bord qu’il soit, tout timoré ou tout audacieux qu’il soit, c’est quand même le cul. Tous les politiques rêveraient d’une telle unanimité. Ça m’a amusé d’écrire quelque chose de folklorique en laissant l’imagination se débrider. Je me suis amusé mais j’en ai chié : il reste une dizaine de couplets mais j’ai dû en jeter au moins trente. J’ai essayé de ne garder que la substantifique moelle, comme dit mon copain Rabelais."

Mais derrière le sourire radieux et l’argot de concours, il y a aussi un auteur inquiet, méticuleux, méthodique, qui a déjà commencé d’écrire son prochain disque avant même la sortie de celui-ci. "Je pars régulièrement dix jours en Normandie, dans une petite maison où j’écris douze heures par jour. Quand j’ai mal au dos à la table, je vais faire un tour avec un feutre et un bloc dans la poche de mon imper. J’ai un mal fou à m’arrêter. Une pomme et un bout de pain à midi, un steak à la braise et une salade vers huit ou dix heures du soir, en écoutant du Bob Marley ou un vieux Charlie Parker. C’est le seul moment de ma vie où faire la cuisine m’emmerde."

Tout lui vient à la fois, paroles et musique, l’un n’avançant jamais sans l’autre. "Je ne compose jamais à part de ce que je veux raconter. Il me vient même des couleurs, des idées pour les arrangements. Si dès le départ, j’ai entendu un contrepoint de basson qui m’amusait en travaillant, il y a trois quarts de chance pour qu’il soit sur le disque…"

Studio et scène

Ce long processus explique que très peu de ses chansons ont été portées à la scène avant d’être enregistrées. Il y a quelques exceptions, comme Les Baisers ou Les Colonies de vacances : "Je n’y croyais pas. À l’époque, je chantais encore dans les boîtes de nuit et je l’ai créée là. Quand j’ai vu le succès sur le public, les gens qui se boyautaient en reprenant en cœur, j’ai décidé de l’enregistrer. Et puis il y a une tournée que j’ai faite après avoir claqué la porte de chez Barclay. Le Tord boyaux était écrit et je l’ai chantée. Les spectateurs la prenaient dans la poire et ça faisait un effet très différent de ce qui se produit quand ils ont déjà entendu une chanson dix fois à la radio. Là, ils riaient vraiment avec un de ces plaisirs…"

Et Pierre Perret ne reste pas sur les seuls bonheurs de la chanson : en même temps que son nouvel album, il sort Tous toqués, livre de recettes, de conseils et d’astuces de cuisine – "Le genre de livre que j’aimerais avoir si je débutais."

Pierre Perret La Femme grillagée (Adèle/Naïve) 2010Pierre Perret Tous toqués (éd. du Cherche-Midi).