Erik au Festival Talents Guadeloupe

En ouverture de l'année de l'outre-mer, a lieu la deuxième édition du festival Talents Guadeloupe qui se déroule du 7 au 9 janvier. Il rassemble quelques artistes de l'île sur les scènes du New Morning et du Casino de Paris. C'est sur cette dernière que le jeune et prometteur Erik se produit le vendredi 7. A cette occasion, RFI musique a rencontré cet artiste, représentant de la nouvelle génération des musiciens guadeloupéens. Une voix à suivre.

En concert à Paris

En ouverture de l'année de l'outre-mer, a lieu la deuxième édition du festival Talents Guadeloupe qui se déroule du 7 au 9 janvier. Il rassemble quelques artistes de l'île sur les scènes du New Morning et du Casino de Paris. C'est sur cette dernière que le jeune et prometteur Erik se produit le vendredi 7. A cette occasion, RFI musique a rencontré cet artiste, représentant de la nouvelle génération des musiciens guadeloupéens. Une voix à suivre.

Du zouk pur jus, incarné par Jean-Michel Rotin ou encore Patrice Hulman, à la tradition pur sucre du gwo ka, représentée par le tambouyé Erick Cosaque et le collectif Bwa Bandé, les trois jours de la seconde édition des Talents Guadeloupe ont pour ambition de dresser un état des lieux de la diversité ultramarine… Mais aussi de créer des ponts entre les générations en invitant certains des meilleurs représentants de la jeune garde : la folk créole de la chanteuse Stevy Mahy, le r’n'b relevé des épices locales de G’Ny, découverte aux côtés d’Admiral T, et enfin Erik, jeune auteur et chanteur qui s’est révélé en 2008 avec un prometteur, bien que trop touffu, Chayé Kôw. Sur ce premier disque, le natif de Pointe-à-Pitre, débarqué dans la jungle parisienne en 2004, se montre aussi à l’aise sur les ballades à la coule que sur un flow proche du rap, sur les puissants rythmes du gwo ka et sur des harmonies proches du jazz. Comme un singulier écho aux multiples composantes de l’identité insulaire.

RFI Musique : Quelles sont les musiques qui ont marqué votre enfance en Guadeloupe ?
Erik : Le jazz qu’écoutait tout le temps mon père, très mélomane : il m’a même emmené tout petit écouter Miles Davis ! C’est aussi lui qui m’a introduit à la chanson française dont Jacques Brel ou Brassens, les premiers à m’avoir fait vibrer en français, à m’avoir transmis une certaine idée de la culture francophone et un goût pour dépeindre avec des mots des univers, des histoires. Enfin mon père m’emmenait souvent dans les lewoz, étant lui-même ami avec le groupe Kaninda. J’ai donc eu la chance d’être exposé à des musiques très différentes. Et puis à l’adolescence, j’allais le samedi écouter les artistes gwo ka, dont François Ladrezeau d’Akiyo, dans ce que qu’on appelle la Piétonne. C’est la bande-son de Pointe-à-Pitre. Chaque week-end, le son du tambour se répand dans toute la ville. Du coup, c’est quelque chose qui est inscrit en nous, inconsciemment, sans connaître tous les codes et rythmes de cette musique. Le ka reste la base de toutes les musiques guadeloupéennes : que ce soit la biguine, le zouk, toutes en découlent.

C’est ce qui qualifie un artiste guadeloupéen ?
Même si ce que je fais s’inscrit dans le paysage francophone, je me sens avant tout artiste guadeloupéen, de par mon créole, de par mes influences musicales, où le ka et la biguine sont très présents, et de par les références constantes à cet univers dans mes textes. Mais en même temps, j’ai grandi dans les années 90 avec des influences plus mélangées, moins directes. Il y a eu la soul, le funk, le rap, le dance-hall ou encore la salsa. Tout cela se métisse facilement à notre musique, elle-même déjà le fruit d’un mélange. Ma musique est à cette image, composée de tous ces ingrédients que j’intègre pour faire ma propre sauce : quelque chose par nature indéfinissable.

Atypik Soul, le nom d’une compilation à laquelle vous aviez participé, est un bon résumé, non ?
Oui. Une espèce de jazz soul caribéenne. Un grand mélange à base de musique traditionnelle. Le chant des lewoz a façonné à mon insu ma manière d’interpréter la soul. Quand j’ai commencé dans le mouvement "Soul nation", je le faisais sans trop songer à faire carrière : je l’envisageais plutôt comme une thérapie. Mais comme l’accueil était bon, cela m’a poussé à développer cette formule avec mon partenaire, Siam Lee, jusqu’au jour où en 2007 nous avons rencontré Manuel Mondésir, un producteur qui avait déjà réalisé des projets de bélé et nous a proposé d’enregistrer un disque.

C’est Chayé Kôw. Que signifie ce titre ?
Littéralement "Chavirer corps", que l’on peut traduire par "emporté". C’est en fait l’idée d’éloignement, dont je parle beaucoup dans cet album : que ce soit l’exil physique ou l’acculturation. Le rite de passage de l’Antillais l’amène souvent à traverser l’océan. Cette notion d’arrachement, très présente dans la musique guadeloupéenne comme par exemple dans les textes de Kassav', m’est apparue très claire lorsque je me suis retrouvé seul, à Paris. Je ne pensais pas que j’aurais tant de mal à vivre dans cet éloignement, un sujet encore très tabou en Guadeloupe.

Un artiste guadeloupéen se doit-il  de passer par Paris pour se faire connaître ?
Pas nécessairement. Je pense même que ça peut être un frein parce qu'il est nécessaire d’avoir un socle suffisamment solide, c’est-à-dire d’avoir bien exploré les richesses de ses racines, pour pouvoir aller se frotter aux musiques du monde entier. Moi, je suis parti trop tôt, et je n’ai pas compris tous les éléments qui constituent mon identité musicale. C’est désormais un aspect que je creuse.

Ce sera le thème de votre prochain album ?
J’y travaille actuellement. J’essaie de recentrer le propos tant dans la musique que dans les textes, là où  Chayé Kôw avait les défauts d’un premier disque : j’avais tout lâché en vrac. Cette fois, je prends le temps de composer et d’écrire. J’ai pris conscience de ce que je voulais dire, je suis plus mûr, peut-être moins engagé au premier degré.

Erik Chaye kow (Awimusic) 2009

Festival Talents Guadeloupe du 7 au 9 janvier : Nouvelle scène créole avec entre autres Erik le 7 janvier au Casino de Paris, Zouk en scène le 8 janvier au Casino de Paris et Tradition en scène le 9 janvier au New Morning