La face cachée de Mademoiselle K

Avec Jouer Dehors, la chanteuse Mademoiselle K casse son image de rockeuse déchaînée. Elle se fait musicalement plus calme et veloutée, sans perdre pour autant sa verve et sa révolte métaphysique. Tête-à-tête avec une artiste nerveuse et torturée qui pense et parle à cent à l'heure mais qui, pour ce nouveau disque, a pris le temps de tout peaufiner. Et ça s'entend.  

Troisième album, Jouer dehors

Avec Jouer Dehors, la chanteuse Mademoiselle K casse son image de rockeuse déchaînée. Elle se fait musicalement plus calme et veloutée, sans perdre pour autant sa verve et sa révolte métaphysique. Tête-à-tête avec une artiste nerveuse et torturée qui pense et parle à cent à l'heure mais qui, pour ce nouveau disque, a pris le temps de tout peaufiner. Et ça s'entend.  

RFI Musique : Cet album est moins énervé que les deux précédents, comment l'expliquez-vous ?
Mademoiselle K : Oui, c'est un album plus pop. J'ai eu envie de changer de crayons de couleur et d'essayer le bleu, le jaune, le violet... Des teintes soul, des chœurs, des cuivres... J'ai fini la tournée de Jamais la paix vraiment fatiguée. Pour la première fois, j'étais contente que ça se termine pour me remettre à composer. Alors qu'on avait composé le second album en groupe, j'avais besoin de travailler à celui-ci seule, de me retrouver, d'assumer à nouveau pleinement mon univers. Je me suis procuré un local, dans lequel j'ai regroupé tous mes instruments : une batterie toute neuve, mes guitares, un piano électrique Fender Rhodes. J'ai fait beaucoup de batterie au début. Je me laissais embarquer des heures par cette énergie, ce truc tribal qui s'en dégage. Ça ne m'était jamais arrivé, mais deux morceaux sont nés comme ça, grâce à la batterie : Sioux et A l'infini. Pendant six mois, j'ai mûri ainsi les morceaux de mon côté puis, pendant six autres mois, on a travaillé avec le groupe pour leur donner leur couleur finale.

Votre côté râleuse, grande gueule est, lui, toujours présent. D'où vous vient ce besoin de frapper là où ça fait mal ?
J'ai une obsession pour le franc-parler, pour la sincérité. Je déteste qu'on me balade, qu'on se moque de moi. Je trouve ça plus rassurant de dire les choses, de les poser, ça détend tout. On m'a pas mal reproché d'être très violente dans certaines chansons comme Crève, sur l'album Ça me vexe ou dans Branc ou T'es mort, sur celui-ci. C'est vrai que je balance beaucoup sur les autres, mais finalement, c'est aussi moi que je critique. Dans la vie, je suis quelqu'un qui s'auto-flagelle très souvent. Mes chansons sont des chansons miroirs et il y a beaucoup de moi dans Branc, qui se moque des gens qui ont un grain, qui se prennent les pieds dans le tapis, qui ne trouvent pas leur place ou se font avoir... Combien de fois j'ai pu ressentir ça quand j'étais ado et super complexée ! 

Dans le single Jouer dehors, vous dites que la vraie pauvreté, c'est de se $résigner. A quoi pensiez-vous en écrivant ce texte ?
J'ai été pas mal marquée par la crise. Pendant la tournée, j'avais passé beaucoup de temps enfermée, dans les salles, les bus, les studios... J'avais envie d'extérieur, de sortir. Quand j'ai recommencé à être en contact avec le monde, j'ai été saisie par sa violence, quand tu te retrouves dans le métro aux heures de pointe, et que, même si tu viens de faire de la musique et que tu es zen, tu changes d'humeur en deux secondes si quelqu'un te pousse. J'avais conscience que les gens, le contexte n'était pas très gai. Mais j'ai refusé de me résigner et décidé de voir le positif, le vivant dans tout ça et de faire cohabiter les deux. Sur cette chanson comme sur tout cet album, c'est une phrase de Shakespeare qui m'a guidée. Elle dit : "Ce que tu ne peux éviter, embrasse-le".

En trois albums, sur quoi pensez-vous avoir le plus évolué ?
Sur le fait de m'assumer. Sur mes deux premiers albums, j'ai vraiment eu besoin du rock pour poser mon identité. Cette rugosité m'était nécessaire, je ne voulais absolument pas être lisse. Les autres chanteurs montraient leur tête sur la pochette de leur disque ? Moi non, j'ai posé de dos sur Ça me vexe parce que je trouvais ça vachement plus rock'n'roll et qu'il fallait que je dise à tout le monde que j'étais une rockeuse. Aujourd'hui, je m'en fous de faire des chansons plus pop, plus calmes, je suis qui je suis. Je me suis dit qu'il était temps de me montrer, d'arrêter de fuir ou de me cacher derrière mes cheveux longs comme quand j'étais ado, ou derrière mon groupe plus récemment. Sur la pochette de Jouer dehors, on voit ma tête : si quelqu'un a envie de tirer, de me dégommer, il peut, je suis prête à recevoir les critiques !

Vous avez longtemps fait de la guitare classique au conservatoire puis suivi des études de musicologie. En quoi ce bagage vous est-il utile aujourd'hui ?
Les années de guitare classique m'ont beaucoup aidée pour la technique et la rigueur. Je suis consciente qu'il faut travailler comme un sportif plusieurs heures par jour pour obtenir ce que l'on veut musicalement. En reprenant la batterie pour cet album, j'ai dû énormément m'échauffer pour être bien en place, avec un bip dans un casque pour suivre la cadence. Les études de musicologie m'ont ouvert les oreilles sur le baroque, la musique classique, celle du Moyen Age ou de la Renaissance... Les cours d'ethnomusicologie qui observent les rapports entre la musique et l'évolution de l'humanité m'ont particulièrement passionnée. Sans doute que ça s'entend sur cet album...

Mademoiselle K Jouer dehors (EMI) 2011

En tournée à partir du 10 février 2010 et le 3 mars au Bataclan à Paris.