No One Is Innocent

Troisième mutation pour Kemar et sa bande. Avec son cinquième album Drugstore, No One Is Innocent investit dans les effets électroniques au détriment des guitares. Sans rien perdre de ses textes acérés, le groupe parisien tente de faire réfléchir et danser à la fois. Un défi ambitieux, pas toujours facile à relever.

Drugstore

Troisième mutation pour Kemar et sa bande. Avec son cinquième album Drugstore, No One Is Innocent investit dans les effets électroniques au détriment des guitares. Sans rien perdre de ses textes acérés, le groupe parisien tente de faire réfléchir et danser à la fois. Un défi ambitieux, pas toujours facile à relever.

Ambiance pesante, nappe électronique qui glisse vers les aigus à mesure qu’elle étouffe la voix nasillarde de Kemar. Cheri moog, premier titre de l’album, débute comme une longue montée avant l’explosion de saturations. Sauf que non. Les guitares restent très en retrait dans ce Drugstore. A l’image d’un titre comme Les Ppposants qui fait la part belle aux expérimentations synthétiques, reléguant la six-cordes au rang d’accompagnement.

Après la fusion abrasive, période La Peau, qui l’avait fait connaître dans les années 1990, No One Is Innocent ressuscitait en 2004 grâce à un pop rock bon teint calibré pour les radios FM. Avec deux albums dans la même veine musicale, la bande à Kemar cherche à sortir des sentiers battus en s’affichant désormais volontiers électro.

Une volonté salutaire de sortir de l’ornière du "rock correct" même si le résultat s’avère parfois mitigé. Les deux titres de fin (The Doll et Johnny Rotten) décollent franchement et marient à merveille l’urgence rock et la puissance électronique. Drugs, deuxième extrait de l’album, envahit lui aussi rapidement les oreilles et les pieds.

Le reste de l’album peine, en revanche, à convaincre comme ce Come On qui commence sur une rythmique dansante à la Scissor Sisters pour s’enliser dans un rock folk monolithique avec l’habituelle nappe de synthé, un rien téléphonée. A ce jeu, No One Is Innocent se révèle beaucoup plus convaincant lorsqu’il lorgne franchement vers le blues et la chanson notamment sur le Qui je suis en duo avec Guizmo de Tryo.

Valeur de référence, Kemar conserve le ton acéré qui fait sa marque de fabrique. Loin du langage convenu de la dénonciation, le chanteur nous propose quelques pépites bien tournées comme sur City Boys : "Seul plat de résistance au menu des escrocs, salade de billets verts car on aime bien manger bio".

Même avec un Drugstore en demi-teinte, No One Is Innocent se détache allègrement de la mêlée rock française. D’autant que plus les écoutes passent, plus les titres restent. Sans oublier que les Parisiens sont avant tout une redoutable formation scénique. Cet album un peu muselé en studio a de grandes chances de révéler toute sa puissance en concert.

 

No One Is Innocent Drugstore (Naïve) 2011 En tournée en France à partir de février, à la Cigale à Paris le 17 mars 2011