Le reggae rêvé de Nzela

Fondateur du groupe Nzela, Aimé Onouka apporte une nouvelle pierre au reggae africain avec Dub Oyé, troisième album sous le seul signe du plaisir pour cet artiste d'origine congolaise, également disquaire dans un magasin parisien, qui a bien failli abandonner son activité musicale avant de la reprendre récemment.

Les inspirations nocturnes du chanteur congolais

Fondateur du groupe Nzela, Aimé Onouka apporte une nouvelle pierre au reggae africain avec Dub Oyé, troisième album sous le seul signe du plaisir pour cet artiste d'origine congolaise, également disquaire dans un magasin parisien, qui a bien failli abandonner son activité musicale avant de la reprendre récemment.

Il avait raccroché les gants. Rangé le micro. S’était dit : "Mon gars, laisse tomber ces histoires de musique. Ce que tu fais ne sert pas à grand-chose." Longtemps, Aimé Onouka avait pensé "naïvement" que son groupe Nzela apportait sa contribution pour sensibiliser, informer, favoriser une prise de conscience collective qui permettrait notamment à son pays "d’avancer".

À la sortie d’un plateau télé, au Congo-Brazza où il était allé présenter son second album Toyé paru fin 2005 en France, un "vieux" l’avait accosté pour lui lancer en pleine figure : "Tu parles de musique engagée, là… C’est quoi ton problème ? Tu ne sais pas que nous aussi on est au courant de tout ça ?" La scène, évoquée aujourd’hui dans le morceau Ils s’en moquent, avait provoqué un électrochoc. Désillusion et amertume.

Nouvel album

Il faut toute la conviction d’un jeune producteur pour qu’Aimé finisse par retrouver le chemin des studios et enregistre Dub Oyé. "Un album plaisir, sans stress, dont on attend rien de particulier. Du reggae qui sonne comme je veux l’entendre. Avec des influences blues, du violon, du dub, parce que je suis un mordu de dub", explique ce chanteur qui s’élève contre "le culte de la voix" et rappelle l’aspect, essentiel à ses yeux, de "ce qui se passe en dessous".

Les musiciens de Kana, formation bien installée dans le paysage du reggae en France, sont venus lui prêter main-forte. Autre invitée, la chanteuse Mo Kalamity. Originaire du Cap Vert, elle partage le micro sur Songs of a Rebel, un titre qu’Aimé avait en tête depuis une quinzaine d’années. Sur chacun des albums de Nzela, depuis Sambela en 2000, il ne fait que donner vie à ces chansons qu’il rêve, la nuit. Phénomène singulier, et "fatiguant", confie-t-il.

La première fois, à son réveil, il s’interroge : où a-t-il entendu ce titre qui lui vient si naturellement à l’esprit ? Il le chante à son entourage mais personne n’a de réponse. La nuit suivante, bis repetita. "À partir de là, j’ai compris que c’était des inspirations et je me suis mis à faire des arrangements de ce dont je rêvais. Toutes mes chansons sur mes disques me sont venues naturellement la nuit." Il en a des cassettes entières, enregistrées à 2 heures ou 5 heures du matin, en catimini, pour ne pas faire trop de bruit. Parfois, il se rebelle, refuse ces chansons, leur dit "laissez-moi tranquille", mais se sent, au final, obligé de leur servir de passeur.

Eloigné de sa terre natale

Quand il a commencé à vivre cette expérience vers 1987 avec Mi Chanti, qui figure sur le CD de ses débuts, il avait à peine quinze ans. Le jeune garçon venait d’arriver à Paris. Dépaysement total. "Dans la cour de récré, j’étais surpris de ne voir que des Blancs autour de moi. C’est aussi bête que ça !", se souvient-il, amusé.

Pour lui qui se trouve éloigné de sa terre natale, le reggae perd tout à coup le caractère répétitif qui l’ennuyait. Il lui parle parce qu’il parle de lui, de ses problèmes. Plus tard, à l’occasion d’un séjour au Congo où il se rend dans des circonstances douloureuses, sans envie d’écouter quoi que ce soit, il redécouvre un album du Jamaïcain Big Youth dans l’ambiance du village. "J’ai vu une telle adéquation entre cette musique et le paysage verdoyant de l’Afrique que du coup j’ai compris d’où venait ce son et pourquoi il est presque naturel pour nous", observe-t-il.

Au point de toujours revenir au reggae. "Comme si je revenais à la maison."

Nzela Dub Oyé (Bolingo Art Production) 2011