Quand le soleil revient dans la vie d’Hubert Mounier

Il y a quatre ans, Hubert Mounier tournait définitivement la page de l'Affaire Louis Trio avec son troisième album solo. Il revient aujourd’hui à une écriture plus pop avec La Maison de Pain d’Epice, en onze chansons et un instrumental qui nous font sourire des affres du monde, et dont la sortie s’accompagne de la parution d’une BD illustrant l’aventure du disque.

Nouvel album, La Maison de Pain d’Epice

Il y a quatre ans, Hubert Mounier tournait définitivement la page de l'Affaire Louis Trio avec son troisième album solo. Il revient aujourd’hui à une écriture plus pop avec La Maison de Pain d’Epice, en onze chansons et un instrumental qui nous font sourire des affres du monde, et dont la sortie s’accompagne de la parution d’une BD illustrant l’aventure du disque.


RFI musique : La Maison de Pain d’Epice est-elle à l’image de la société du spectacle ?


Hubert Mounier : Je fais des clins d’œil typiques au showbiz mais on peut extrapoler à la société de consommation dans son ensemble. Cette histoire de la maison de Pain d’Epice a un côté cruel que je retrouve dans la façon dont on évolue : on a des rêves sucrés qu’il ne faut pas perdre, mais manger trop de sucre n’est pas la solution. Moi qui ai eu des problèmes avec l’alcool, je sais que la tempérance de l’être humain est mise à rude épreuve chaque jour : on nous incite à consommer, en créant un besoin de choses artificielles. Pour sortir de cette crise dans laquelle la folie capitaliste nous a mis, il faudrait tout remettre en perspective politiquement. J’aimerais que mon pays redevienne plus démocratique, républicain, et que la liberté d’expression soit avérée. Autant de choses qui me paraissent, en vieillissant, un peu troubles : c’est ma façon à moi de protester. J’avais envie de fustiger en chanson et en riant mon ras le bol de cette fuite en avant.

Le ton de cet album est malgré tout plus léger que sur vos disques précédents. D’où vous est venue cette nouvelle énergie ?
De la vie de tous les jours je crois. Je suis passé par des moments difficiles, et les chansons se devaient d’être le reflet de mon état de l’époque. Maintenant que je suis bien plus heureux, c’est pour moi un retour à ce qu’est ma réalité d’auteur-compositeur-interprète : je suis là pour décorer un peu le quotidien des gens avec des choses agréables. C’est un disque à écouter pour moi le matin quand on se réveille, alors que les précédents étaient plutôt pour les soirs où ça n’allait pas. On pouvait se passer le disque plutôt que de se passer la corde autour du cou ! Dans cet album il y a un allant qui est le contrecoup de cette société au ralenti, prudente, calculatrice, et assez cynique en fait.

Si le swing est toujours présent, la tonalité musicale est très pop, parfois même rock. Vous aviez envie d’explorer une nouvelle ambiance musicale ?
Pour la partie pop, faute d’arrangements, la couleur est apportée par des chœurs, dont ceux de Sly, chanteur guitariste des Rabeats. Sur d’autres morceaux, comme ma voix est très grave, celle de Gesa Hansen (jeune artiste d’origine allemande) donne une dimension plus souriante.

Par ailleurs, le rock fait partie de mon vocabulaire musical. Il y avait sur les albums précédents une volonté de ne pas remarcher sur les plates bandes de l’Affaire Louis’ Trio, et de plutôt tendre vers mon côté crooner. Là, je reste crooner, mais j’ai retrouvé avec ce disque la partie "danse", le plaisir de la musique pour la rythmique, au-delà de l’émotion.

Vous avez à nouveau collaboré avec Benjamin Biolay, quel a été son rôle ?
Benjamin m’a aidé à choisir les meilleures chansons parmi celles que j’avais travaillées. Il est honnête et doué pour ce travail de pré-production qui fait pour moi qu’un disque est réussi. Je préfère que les chansons aient une efficacité intrinsèque musicale directe. Il m’a ensuite demandé d’écrire le morceau qui ouvre l’album, Rien de mieux à faire. Je tiens à ce qu’il y ait une cohérence entre les chansons, et celle-ci, un peu magique, un peu simple, résume bien l’état d’esprit de l’album.

Les chansons oscillent entre le rêve et une dimension très terre à terre, pour un juste équilibre ?
La réalité est toujours le dernier de mes soucis dans ce que je vais écrire ou composer. Moins c’est réaliste et mieux je me porte. Par contre, certaines de mes phobies transparaissent, comme dans Six milliards de rameurs. Quand j’écris des chansons je ne peux pas aller que vers la gaudriole ou mes histoires personnelles, parce qu'il y a tout ce monde autour, avec plus de la moitié des gens qui sont malheureux. Je crois que le nombre est un truc qui m’effraie.

Vous menez depuis vos débuts une carrière parallèle de dessinateur de bandes dessinées, sous votre pseudonyme Cleet Boris, et racontez l’aventure du disque dans une BD aux couleurs très pop, La Maison de Pain d’Epice – Journal d’un disque, qui paraît en même temps que l’album. D’où vous est venue l’envie de concilier les deux ?
L’éditeur, Dupuis, m’a proposé l’idée de raconter la création de mon projet musical en cours de route. Je me faisais virer de mon ancienne maison de disque et ne savais pas où j’allais avec cet album. C’est une chance incroyable d’avoir pu raconter mes mésaventures en BD. Ca me ramène aussi à mes débuts, car j’avais à l’époque sorti mon premier album en même temps qu’une BD qui s’appelait J’ai réussi, que j’avais fait alors que je n’avais pas encore signé de contrat !

Hubert Mounier La Maison de Pain d’Epice (Naïve) 2011
Cleet Boris La Maison de Pain d’Epice – Journal d’un disque (Dupuis) 2011