Chants et danses pour enfants au Palais Royal

Des œuvres originales pour de futurs mélomanes

28/02/2011 -  Paris - 

A quelques mètres du bureau de la nouvelle ministre de la Culture, Christine Albanel, la fête de la musique et des enfants avait lieu avec les contes du duo Da Silva/Françoiz Breut, la folk poétique d’un Ours gentil, avec beaucoup de rondes joyeuses et explosives en compagnie des Toulousaines Bombes 2 Bal sans oublier la Cantate pour un cœur bleu composé par Romain Didier et Allain Leprest et interprétée par plus de 40 choristes et une quinzaine de musiciens autour d’Enzo Enzo et du piano de Romain Didier.

7h, dans les jardins du Palais Royal, Gérard Authelain invite les 60 choristes collégiens marocains et savoyards à le rejoindre sur scène pour interpréter la Cantate pour un cœur bleu.

A l’initiative de cet homme mûr (qui a l’impression de "réaliser ses rêves de gosse alors qu’il a atteint l’âge de la retraite") issu du monde de la formation musicale en milieu scolaire, "l’idée de cette cantate vient en réalité du travail effectué avec les collégiens. En Rhône-Alpes, où j’ai commencé à travailler, on trouvait important que les collégiens de la région voyagent et comme nous avons plusieurs enfants ou petits-enfants maghrébins, il est important de leur faire découvrir une culture aussi riche, de l’arabo-andalou au maalouf. Après avoir organisé des concerts d’enfants à Fès, Meknès, Marrakech ou Casablanca, on nous a proposé de réaliser un concert au célèbre festival de musique sacrée. Et comme, il nous fallait proposer un spectacle de grande qualité, ce sont des amis de longue date, Romain Didier et Allain Leprest qui ont été contactés pour le composer, sur une commande du ministère de la Culture"

Le thème de la Cantate est la Méditerranée, un trait d’union tout bleu entre les cultures, un jardin d’expression de langues, de joie entre deux, voire trois continents, une mer qui a été une source d’inspiration pour notre duo. Romain Didier, le musicien et compositeur salue le travail de son comparse et ami Allain Leprest : "il a écrit sur la Méditerranée, sur ce que cette mer a dans le cœur, ce qui unit les peuples des deux côtés. On est en train d’enregistrer le spectacle mais il est difficile de le produire tout autour de la Méditerranée, car on est plus de 60 sur scène, à moins de prendre des forces musicales sur place. De toute façon, on ne le laissera pas s’éroder ce texte."

Sur scène, les 40 adolescents venus de Fès, se sentent portés par le mélange musical et vocal. En parfaite symbiose avec Enzo Enzo, ils alternent avec les parties solos de la chanteuse et s’unissent le temps de quelques refrains, "c’est un univers harmonique différent auquel je me suis attachée" dit Enzo Enzo, "car le fait de chanter sur une base rythmique composée pour des enfants ne situe pas les voix d’adultes à un niveau confortable." La chanteuse a relevé le challenge avec plaisir, par amour de la musique pour enfants, par amitié pour Leprest et Didier.

Cet après-midi, elle s’est transcendée sur scène. Sa voix s’est accordée avec cette polyphonie aiguë, la tête tournée vers le ciel, cette cantate a une force, un impact sur ce public métissé et de tous les âges. En parallèle, Enzo Enzo précise qu’elle a adoré "ce rapport direct avec ces jeunes. Je suis d’ailleurs en ce moment en train de reprendre pour les enfants de vieilles mélodies du répertoire français, un album pour les grands-parents qui ont envie qu’elles ne s’oublient pas".

Chanson ou illustration

Et si pour Françoiz Breut et Da Silva, la volonté de parler aux enfants n’était pas exactement la même que celle d’Enzo Enzo, il y a quand même un point commun avec la démarche de l’interprète de Quelqu’un de bien. Il s’agit de se rappeler comme le dit Emmanuel Da Silva "qu’un écrivain pour enfants écrit pour tous ceux qui ont eu cinq ans un jour et qui s’en souviennent encore aujourd’hui."  Dans le livre-disque Le Mystère des couleurs sorti dans la collection Toto Ou tartare chez Tôt ou Tard-Actes Sud, les deux artistes s’unissent pour faire parler leur enfance, leurs imagination. Françoiz s’occupe de l’illustration "car je n’ai que peu de chose à voir avec le monde de la musique… je suis illustratrice avant tout" dit-elle avec malice, elle qui croule sous les projets et commandes pour de l’illustration et peine légèrement faute de label à commencer l’enregistrement de son quatrième album.

Sur scène, la Cherbourgeoise, livre en main, se pose en conteuse pour petits et grands pendant que Da Silva impose un cadre, une voix qui sied au personnage de Coco le corbeau, un artiste-peintre qui voit tout en noir, une histoire où les références à l’enfance dans la Zup nivernaise où vivait Da Silva et ses différentes rencontres apparaissent. La suite est déjà prête avec Le peuple des dunes à sortir à la fin de l’année.

Bal populaire

Autre bonne nouvelle,  alors que nous sommes en pleine fête des enfants, l’esprit des bals populaires est bien vivant. Il est 20h passé et on vient de fêter l’anniversaire du petit Arthur au micro de la scène du Palais Royal. Les filles et les deux garçons de Bombes 2 Bal mènent la danse avec beaucoup d’expérience. A la sortie de scène du groupe toulousain, le public a la banane et continue de chanter.

On sait désormais que le Quartier enchantant (nom du livre-disque paru aussi chez Tôt ou Tard et produit par les Fabulous Trobadors et Bombes 2 Bal) existe, on en a parlé avec Lise et Aurélie du groupe Bombes 2 Bal, toutes deux d’accord pour dire qu’il est situé en plein cœur de Toulouse et qu’il s’appelle Arnaud Bernard. Claude Sicre, des Fabulous Trobadors conte cette histoire de quartier magique où vit Zaza. Un quartier-univers où les habitants forment une grande famille unie, où l’on chante à chaque déménagement, départ en vacances et arrivée de nouveaux venants, où l’on parle occitan et où l’on s’ouvre aux cultures du monde entier "qu’il s’agisse des peuples du Nordeste du Brésil, des berbères d’Algérie ou des Indiens du sous-continent, des peuples qui ont besoin de reconnaissance".

Bombes 2 Bal ne souhaite qu’une chose, que les personnes prennent le pouvoir dans leurs quartiers, les animent et les mettent en valeur. Chanter en occitan est un acte politique, mais chanter dans son quartier l’amour de son prochain, l’amitié avec ses propres voisins. "Avec Escambiar, on a un festival de cinéma et de musique dans le quartier, on une chorale civique, un atelier de percussions et une chorale, on aimerait que d’autres quartiers fassent la même chose."

Toujours dans un souci de faire la fête en communauté, Bombes 2 Bal anime "un bal indigène" du Palais Royal, très animé pour terminer la soirée, juste après un concert convaincant de Da Silva, qui a mis en valeur les chansons du dernier album du chanteur De beaux jours à venir, un concert conclu par un message de mise en garde du public sur ce que représente le travail des intermittents du spectacles, techniciens, éclairagistes, roadies et musiciens, égratignant au passage au sein même de l’institution qui finance cette fête de la musique, les auteurs des politiques remettant en cause le statut d’intermittent.

David Glaser