Boubacar Traoré

Artiste rare, tant sur scène et en studio que pour son talent, qui lui a valu d’être l’idole des jeunes au moment de l’indépendance de son pays, Boubacar Traoré, le discret chanteur et guitariste malien, fait parler toute son expérience sur l’album Mali Denhou, porte d’entrée sur le monde du blues d’Afrique.

Mali Denhou

Artiste rare, tant sur scène et en studio que pour son talent, qui lui a valu d’être l’idole des jeunes au moment de l’indépendance de son pays, Boubacar Traoré, le discret chanteur et guitariste malien, fait parler toute son expérience sur l’album Mali Denhou, porte d’entrée sur le monde du blues d’Afrique.

Une image revient en tête : celle de Kar Kar, comme on surnomme Boubacar Traoré au Mali, assis sur son lit, la guitare posée sur ses genoux, la joue contre l’éclisse de l’instrument, caressant les cordes, le regard perdu au loin. La scène, extraite du magnifique film Je chanterai pour toi consacré à la vie du musicien de Kayes et paru en 2002, ne laisse pas indifférent, tant elle est porteuse d’émotion, dans une grande pudeur.

Le blues se vit, qu’il soit américain ou bambara, ou sinon il sonne faux. Et on peut difficilement imaginer plus authentique, naturel que celui de Boubacar Traoré, auteur à 69 ans de Mali Denhou, huitième album depuis sa renaissance artistique à la fin des années 1980.

Celui qui, au lendemain de l’indépendance, réveillait le pays avec ses chansons relayées par la radio nationale, comme ne manquent jamais de rappeler ses contemporains, a dû laisser ses lunettes de soleil, son cuir et ranger sa guitare électrique pour assumer des obligations familiales auxquelles même le rockeur local ne peut se soustraire.

Une vie très modeste, oublié de tous. La période a laissé des traces. Alors que Boubacar Traoré tentait un retour, la disparition de l’être aimé, son épouse Pierrette, a ajouté une douleur qui a fini de transformer l’homme, parti ensuite travailler comme ouvrier du bâtiment à Paris.

Son jeu porte les traces de tous ces moments, et l’enregistrement live des onze titres qui figurent sur le nouveau CD n’a pas gommé ces cicatrices. Dans les locaux du studio Moffou de son compatriote Salif Keita, à Bamako, il a invité entre autres Vincent Bucher, harmoniciste français souvent vu aux côtés du bluesman malgache Tao Ravao.

L’air du Mississipi se fait du coup plus présent, mais reste pour l’essentiel au second plan, sans déranger les eaux du large fleuve Sénégal qui donnent l’impression de défiler sous nos yeux en écoutant la guitare et la voix de Kar Kar.

Boubacar Traoré Mali Denhou (Lusafrica/Sony) 2011
En concert à la Cigale à Paris le 4 mars