Les folks-songs d’Axelle Red

Avec Un cœur comme le mien, nouvel album enregistré à deux pas de Woodstock, la chanteuse belge Axelle Red délaisse la soul pour explorer les volets folk et country de la musique américaine. Révoltée toujours, elle y épingle, l’air de rien, la cruauté du monde, la voilant de textes poétiques et de chœurs enjôleurs.

Des poèmes en trompe-l’œil

Avec Un cœur comme le mien, nouvel album enregistré à deux pas de Woodstock, la chanteuse belge Axelle Red délaisse la soul pour explorer les volets folk et country de la musique américaine. Révoltée toujours, elle y épingle, l’air de rien, la cruauté du monde, la voilant de textes poétiques et de chœurs enjôleurs.

Nous avions quitté Axelle Red en lévitation dans sa bulle de bonheur avec Jardin secret, son album paru en France en 2006. Elle nous revient bien plus posée et grave avec Un cœur comme le mien, qui questionne la condition des femmes dans le monde. "Avec ce nouveau disque, j’ai trouvé l’équilibre. Jardin secret était artificiellement utopiste. Je l’avais écrit pour ne pas devenir misanthrope, à une époque où je voyageais et je m’engageais beaucoup et où j’ai eu de terribles déceptions. J’avais besoin de cette légèreté, de cet idéalisme. J’ai vite eu le contrecoup et écrit Sisters of Empathy, un double album protest en anglais hyperréaliste, sorte de documentaire musical sur les injustices faites aux femmes."

Passée d’un extrême à l’autre, du très léger au très lourd, la chanteuse a voulu dissoudre le documentaire dans la fiction sur Un cœur comme le mien. Elle nous y parle de femmes battues, de prostitution, de destins brisés, de guerre, mais jamais de façon trash, frontale. "Traiter de sujets lourds, c’est plus fort que moi. Mais j’ai voulu faire en sorte que les histoires que je raconte, soient digérables. Comme des contes de fées pour adultes. Quand j’évoque les violences conjugales dans La claque, le premier titre de l’album, je n’ai pas envie que les auditeurs aient en tête les images de ces spots de prévention sanglants diffusés à la télé. Je veux qu’ils pensent aux chansons de Bruce Springsteen, au réalisateur David Lynch, au film Thelma et Louise…"

Pour emmener nos oreilles dans ces différents univers, Axelle Red a misé sur la musique, fortement teintée de folk, de rock et de country. "Après 15 ans de collaboration avec les musiciens du label Stax, à Memphis, j’ai ressenti le besoin de quitter le Sud et de monter vers le Nord des Etats-Unis. J’avais en tête le son de The Band, le groupe qui a électrifié la musique de Bob Dylan. J’ai contacté Mark Plati, connu pour son travail avec David Bowie et Alain Bashung. Il m’a mise en contact avec le génial batteur Jerry Marotta, ainsi qu’avec deux très bons musiciens : le guitariste Stu Kimball, qui accompagne Bob Dylan depuis des années et le bassiste Byron Isaacs, qui joue régulièrement avec Levon Helm, le batteur et chanteur de The Band."

Un son roots

La petite équipe s’est isolée douze jours dans la studio-église de Jerry Marotta, situé à quelques encablures de Woodstock. "C’était pendant l’hiver 2009. Il faisait très froid, on ne pouvait pas sortir tellement il y avait de neige dehors, c’était parfait !, se remémore Axelle Red. Avec les musiciens, on s’est tout de suite compris. Vers la fin de l’enregistrement, ils ont tous accepté de faire des chœurs. Chanter avec mon band, je rêvais de ça, et ça faisait de tellement belles harmonies ces voix différentes, j’étais ravie !". Ravie jusqu’au premier mix de l’album, une vraie catastrophe : "Croyant bien faire, Mark Plati avait nettoyé plein de détails, et tout le son brut que j’avais recherché était perdu. C’était devenu du faux rock, j’étais malheureuse !" raconte la chanteuse. La sortie de l’album est retardée et le mixage retravaillé par Mark Plati et Axelle Red. Au bout de deux mois, celle-ci retrouve peu à peu le sourire et le son roots qu’elle visait.

Sur la version finale, sa voix grave ressort nettement sur les cascades de guitares, qu’on aimerait cependant plus inventives, plus accrocheuses encore sur certains morceaux. Mais il y a dans cet album du détail, de la finesse et de vrais beaux textes, signés par Christophe Miossec, Gérard Manset ou encore Florent Marchet. Axelle Red, elle, n’en a écrit qu’un : Présidente, qui rend hommage à toutes les femmes courage qu’elle a rencontrées et admirées pendant ses nombreux voyages humanitaires. "Ce n’est pas que je manquais d’idées, mais j’avais trop écrit sur les albums précédents, j’étais lassée par ma lourdeur. J’avais des histoires très précises à raconter, toujours sur le thème des injustices faites aux femmes. Mais cette fois-ci, j’ai voulu prendre des hommes à témoins, peut-être pour ne pas me faire traiter de sale féministe…"

Pourquoi ces auteurs précisément ? Axelle Red répond du tac au tac : "Christophe Miossec, je l’admirais depuis longtemps. Il a quelque chose d’Edith Piaf. Quand je l’entends, je pense aux marins, aux prostituées, au vent, aux peintures de Constant Permeke... Son style est à la fois daté et actuel. Florent Marchet, parce que c’est un féministe convaincu, on était sur la même longueur d’ondes. Et Gérard Manset, c’est tout simplement le plus grand auteur français ! " La diva flamande a de la chance : elle a voulu ces signatures recherchées, elle les a décrochées, elle a voulu le son de The Band, elle a eu ses musiciens. Malgré une présence médiatique plus discrète qu’avant, c’est la preuve qu’elle n’a rien perdu de son aura.

Axelle Red Un cœur comme le mien (Naïve) 2011
En concert le 19 mai 2011 au New Morning, à Paris.