L’envol de Joseph d’Anvers

Joseph d'Anvers, le Parisien d’adoption prend des risques. Il a réalisé seul Rouge Fer, ce troisième album, sur lequel il assume pleinement l’imbroglio de ses émotions et de ses goûts musicaux : rock, pop, trip hop, chanson anglophone et francophone... Un tourbillon auquel il a su donner une irrésistible cohérence.

Rouge Fer

Joseph d'Anvers, le Parisien d’adoption prend des risques. Il a réalisé seul Rouge Fer, ce troisième album, sur lequel il assume pleinement l’imbroglio de ses émotions et de ses goûts musicaux : rock, pop, trip hop, chanson anglophone et francophone... Un tourbillon auquel il a su donner une irrésistible cohérence.

Le premier titre de l’album, Ma peau va te plaire, est une claque : Joseph d’Anvers y incarne, de sa voix grave, une fille de joie plus toute jeune. Il fait siennes ses pensées, ses angoisses, ses envies, sa solitude… Les mots sont si justes, la réflexion si sobre, la musique si puissante (l’orchestre philarmonique de Budapest et ses quarante musiciens accompagne le chanteur) qu’il s’écoute le cœur serré. L’impression étrange que les confidences de cette prostituée nous sont susurrées à l’oreille.

Ce morceau, destiné à l’origine au Bleu pétrole d’Alain Bashung, avertit l’auditeur qu’il va plonger dans un monde brut, torturé, cérébral. Le monde de Joseph d’Anvers, qui ne laisse tranquille ni le conscient ni l’inconscient de celui qui veut bien l’écouter : l’enfant que nous étions est-il toujours en nous ? Deux amoureux peuvent-ils jamais vraiment se séparer ? Que pense celui qui se suicide avant de mourir ? L’enfer, est-ce bien les autres ?, demande-t-il dans ses chansons.

Ces questionnements abyssaux pourraient être pesants s’ils n’étaient pas portés par des arrangements somptueux, élaborés par Joseph et ses comparses (Tahiti Boy aux claviers, Alex Maillard et Cédric Le Roux à la guitare, Ludovic Legros à la basse et Raphaël Séguinier à la batterie). Laissant parler leurs influences et leurs désirs, ils livrent ici une mélodie pop, avec vieux claviers et chœurs enlevés (Paranoid), là un titre plein de pulsations trip hop à la Radiohead (La Résilience), là un duo à la limite du hip hop métal (Exotic Bird)…

On imagine la bande s’amuser en studio à bidouiller guitares et claviers vintage, à trouver des harmonies vocales et des rythmiques variées capables de s’accoupler à la poésie tragique de Joseph d’Anvers. Pour l’heure, un seul secret de fabrication a filtré : le désespoir. Vu l’état de l’industrie du disque, Joseph d’Anvers dit avoir conçu cet album comme si c’était le dernier. Résultat, lui et son équipe ont tout donné. Ça s’entend.

Joseph d’Anvers Rouge Fer (Atmosphériques) 2011En concert le 16 mai 2011 à la Maroquinerie