Christian Escoudé, le jazz selon Brassens

Pour célébrer les 30 ans de la mort de Georges Brassens, le célèbre guitariste de jazz français Christian Escoudé reprend quelques standards incontournables du maître, dans l’album Au bois de mon cœur : une relecture classieuse, prodige et virtuose, que n’aurait certes pas reniée le poète.

Album, Au bois de mon coeur

 

Pour célébrer les 30 ans de la mort de Georges Brassens, le célèbre guitariste de jazz français Christian Escoudé reprend quelques standards incontournables du maître, dans l’album Au bois de mon cœur : une relecture classieuse, prodige et virtuose, que n’aurait certes pas reniée le poète.

 

 

 

 

Trente ans déjà que les moustaches et la pipe les plus célèbres de la chanson française disparaissaient avec leur propriétaire, Georges Brassens, poète révolté, tendre esthète, icône à la guitare : un anniversaire national, ponctué de nombreux hommages. Depuis le 15 mars et jusqu’au 21 août, l’exposition Brassens ou la Liberté à la Cité de la Musique, conçue par le dessinateur Joann Sfar et la productrice Clémentine Deroudille, incarne un héritage, dont le flambeau fut porté sur les planches par le fleuron des chanteurs hexagonaux (Bertrand Belin, Thomas Fersen & JP Nataf) le 16 mars dernier.

 

Le prestigieux label Universal a, quant à lui, choisi ses propres sentes pour commémorer l’événement : reprendre Brassens en jazz, une orientation logique, naturelle et bien pensée. De son vivant, Tonton Georges possédait ainsi la discographie complète de Django Reinhardt, avait tâté de la guitare aux côtés de Lionel Hampton, puis vu ses œuvres prendre une allure cuivrée, swinguée, sous la houlette du batteur Moustache, avec la participation d’illustres jazzmen américain (le disque Brassens-Moustache jouent Brassens en jazz, autrement appelé Giants of Jazz Play Brassens)... Ni une, ni deux : Jean-Philippe Allard, président d’Universal Music Publishing, demande au Français Christian Escoudé, jazzman invétéré aux origines gitanes, guitariste prodige et improvisateur bop hors-pair, de se charger de l’hommage.

 

En toute liberté

Comme tout enfant de France, Escoudé grandit bercé par cette chanson, poème de Paul Fort, Le Petit Cheval. Mais à l’exception de cette comptine, sa relation à Brassens se résume jusqu’alors à quelques bribes de tubes, nichés dans la mémoire collective : "Mon orientation musicale a pris très tôt des routes éloignées de la chanson française", avoue-t-il humblement.

 

 

 

"Entre Georges et moi, il n’y avait pas de liens directs". Pourtant, lorsqu’Universal lui fait parvenir l’intégrale de son œuvre, il se pique d’amour pour sa tendresse, sa poésie, y voit la matière à d’infinis chemins de traverse : "Ce qui m’a frappé d’emblée, reste son génie mélodique, à la fois simple, limpide et terriblement efficace. Sur cette base solide, j’ai ensuite pris toutes les libertés : harmonies enrichies, tempi modifiés, longues plages d’improvisations..."

 

Sur les standards de Brassens, ce patrimoine commun, Escoudé crée donc un terrain de jeu. Entouré de ses fidèles comparses, Fiona Monbet au violon, André Villégier à la clarinette, Jean-Baptiste Laya à la guitare électrique, Pierre Boussaguet à la contrebasse et Anne Pacéo à la batterie, ses doigts agiles, virtuoses, offrent une relecture pertinente et tout en finesse du legs magistral.

Ici, plus besoin de mots, mais de la musique avant toute chose, soutenue par un phrasé impeccable, aussi nerveux que lyrique, un sens de l’humour tenace et le goût de la fronde ! Avec un esprit que n’aurait pas renié le Quintette du Hot Club de France, il fait danser ces monuments incontournables – Au bois de mon cœur, Je me suis fait tout petit... –, donne de la rythmique chaloupée sur une Non-demande en Mariage jouée up-tempo, médite en solo et en arpèges sur Il n’y a pas d’amour heureux, convoque le spectre coltranien sur Les passantes, entre majeur et mineur, qui accueille au passage le génial Biréli Lagrène... puis clôt l’album du triomphal Les copains d’abord. Ce faisant, Christophe Escoudé esquive tous les clichés, joue de la dentelle et de la poigne, surprend de ses harmonies : en bref, une interprétation pleine de (bon) goût !

 

Brassens, le gitan

 

D’ailleurs, la qualité du projet tient sûrement aux points communs qu’il entretient avec Brassens, ainsi relayés : "Son personnage peut être assez proche de ce que je suis, connecté à l’esprit gitan : son côté ours, bourru, s’accommode d’une immense tendresse, qui ne se dévoile pas d’emblée. J’aime infiniment sa sensibilité, son humanisme, et en même temps, son côté libertaire, son goût de la liberté" ! Et c’est bien cela qu’a essayé de retranscrire Christian Escoudé, par ses enfilades de notes croquées, ses improvisations ourlées, et son jeu élégant. De bien belles balades en perspectives, des errances pleines de rencontres, à découvrir dans les méandres du Bois de Mon Cœur...

 

 

 

 

 

 

Christian Escoudé Au Bois de Mon Cœur (Universal Music Jazz) 2011
Concert à l’Européen (Paris), le 26 avril 2011