Mélanie Laurent chante

Le premier album d’une des comédiennes françaises les plus talentueuses de sa génération révèle une voix douce et un univers personnel assez serein. Avant Cannes, Mélanie Laurent nous livre son autoportrait, celui d'une romantique soyeuse.

Le joli début d'une actrice

Le premier album d’une des comédiennes françaises les plus talentueuses de sa génération révèle une voix douce et un univers personnel assez serein. Avant Cannes, Mélanie Laurent nous livre son autoportrait, celui d'une romantique soyeuse.

Quand on est actrice, il est presque impossible d’échapper aux remarques sur le rite de l’actrice qui chante, aux comparaisons avec Brigitte Bardot ou Jeanne Moreau, aux soupçons de mercantilisme, aux critiques discourtoises sur l’éternel féminin. Mélanie Laurent n’y coupe pas, évidemment.

Qu’elle soit hautement bankable pour l’écran, qu’elle ait une carrière impeccable (elle a tourné avec Philippe Lioret, Quentin Tarantino, Jacques Audiard…), qu’elle soit la prochaine maîtresse de cérémonie du festival de Cannes, qu’elle ait réalisé tout récemment son premier long métrage, Les Adoptés… Tout cela n’incite pas à l’indulgence médiatique. La jeune femme de vingt-huit ans semble protégée par trop de bonnes fées. Mais son premier album, En t’attendant, est de belle facture, même si on peut lui faire un reproche courant au stade du premier album : une excellente moyenne, des talents flagrants mais aucune très grande chanson – pour l’instant.

Intermittences du cœur

Mélanie Laurent a préféré l’artisanat à l’industrie, la précision d’un travail intime aux certitudes des bons faiseurs. En effet, elle a collaboré avec l'artiste irlandais Damien Rice, en prenant son temps : deux ans, mais avec de courtes sessions de travail, des chansons écrites à la maison et développées lentement, une esthétique parfois ouvertement petit budget. Un signe : l’album s’ouvre sur un instrumental joué par un piano sage de jeune fille romantique et équilibrée. De chanson en chanson, elle fait une sorte d’inventaire de sentiments doux-amers, comme avec Pardon, chanson de rupture sans agressivité aucune, ou Papa, qui s’adresse avec tendresse à un père parfait. Elle ose parfois tomber le masque de la jeune femme heureuse et douée, en poussant par exemple quelques hurlements sur Je t’attendrai, premier single assez imparfait, ou en décrivant ses montagnes russes émotionnelles sur Insomnie. On entend les intermittences du cœur d’une jeune femme sincère et plutôt apaisée, les contemplations d’une âme tranquille et moins torturée par la vie que par l’amour.

Damien Rice, auteur-compositeur-interprète infiniment respecté par la critique mais particulièrement peu prolifique (deux albums seulement depuis 2002), a réalisé le disque de Mélanie Laurent avec beaucoup de soin pour la voix et en cherchant à mettre de l’espace autour d’elle. Dans leurs deux duos, Everything You’re Not Supposed To Be et Uncomfortable, il s’accorde une production plus touffue, plus foisonnante, plus accidentée. Celle-ci banalise curieusement la voix de Mélanie Laurent en la confrontant à une couche musicale plus spectaculaire que sa propre expression personnelle. Au final, l’album est souvent séduisant, encore que la nouvelle chanteuse ait besoin de muscler son personnage – ou tout au moins celui qu’elle fait s’exprimer dans ses textes.

Mélanie Laurent En t’attendant (Naïve) 2011
En concert le 15 juin 2011 à la Cigale, à Paris.