Jaojoby : le retour du maître de l’île Rouge

Le « pape » du salegy malgache n’avait plus fait chalouper la planète avec son rythme 6/8 endiablé depuis 2008. Jaojoby fait aujourd’hui son retour avec son sixième album, Mila Anao, qu’il présente dans le cadre d’une tournée internationale. Un disque à son image : chaud et engagé. En concert à l'Emeraude de Fleury-Merogis samedi 7 mai 2016 !

Mila Anao («Besoin de toi») est le sixième opus de Jaojoby. Attendu depuis quatre ans, c’est l’album de la maturité : l’artiste malgache, grand amateur de rythm’n’blues et de soul, y marie naturellement ces ambiances aux sonorités rock et au salegy, rythme emblématique des hauts plateaux malgaches dont il est l’un des maîtres. Cet album de 14 titres, Mila Anao, présente toutes les facettes du talent de Jaojoby.
Sur Ti Hisoma, il propose ainsi un rythme antosy 4/4 avant de revenir à son terrain de prédilection, le 6/8. Autre titre phare : Prezida («Président»). S’il était à la tête de l’État, s’exclame-t-il, il enverrait plutôt les soldats combattre les feux de brousse parce que “le vrai fléau de Madagascar, c’est la déforestation !”. Sur le titre Resinao Zaho Niany, il donne carte blanche au guitariste soliste, Elie Lucas, son fils. A noter, une petite séquence nostalgie avec Maniny Ny Aminay, et Tsaiky Joby, deux reprises parues sur son premier 45 tours, en… 1976 !

L’un des fondateurs du salegy moderne

© Teza Ramiandrisoa

Né en 1955 dans une famille catholique, Eusèbe Jaojoby fréquente assidûment l’église et réalise très jeune, en chantant des cantiques, qu’il possède une voix claire, puissante et énergique. En septembre 1970, son père l’envoie étudier à Diego Suarez, la capitale du Nord de la Grande île, ancien repère de pirates très apprécié des marins français. Dans cette ville réputée pour ses nuits animées, Eusèbe ne met pas longtemps à se retrouver sur les planches. Dans les cabarets, on le laisse chanter chaque fois qu’une occasion se présente. Informés de la situation, ses parents décident de laisser le jeune garçon de quinze ans suivre sa vocation. Une double vie commence : la scolarité et la musique.

Il se produit dès 1972 avec le groupe Los Matadores. La clientèle veut des tubes et des rythmes de la pop internationale. Progressivement, Eusèbe et les musiciens y intègrent des éléments de la culture traditionnelle qu’ils revisitent en version électrique. Guitares, basse, batterie et claviers remplacent l’ancestrale kabosy à quatre cordes, l’accordéon et les hochets. Le salegy moderne – devenu aujourd’hui la musique fédératrice de Madagascar – est en train de prendre forme. S’il en est l’un des fondateurs, Jaojoby n’en a pas la paternité exclusive, qu’il partage avec d’autres artistes tel que Tianjama, surnommé "le grand maître du salegy".

En 1975, le chanteur change de formation et rejoint les Players, moins expérimentés mais plus ouverts. Avec une sono et le groupe électrogène du commerçant chinois qui leur sert de manager, ils tournent sans cesse dans la région et animent tous les bals des villages. Après quatre ans, le groupe implose, laissant derrière lui deux 45 tours au succès incontestable.

Journalisme et musique

Assez vite, Eusèbe rejoint la capitale, Antananarivo, pour y terminer ses études. Pendant deux ans, il suit les cours de sociologie à la faculté. Fin 1980, il est recruté comme journaliste par la radio nationale. Nommé à Diego Suarez comme chef du service provincial de l’information, Eusèbe met sa carrière entre parenthèses à partir de 1984 jusqu’à ce qu’un Français, Pierre-Henri Donat, l’invite en studio en 1987 pour participer à la compilation Les Grands Maîtres du Salegy. Sa chanson Samy Mandeha Samy Mitady devient un tube sur l’île rouge. Un quotidien le surnomme alors "le roi du salegy".
De retour dans la capitale en 1988, il met en place sa propre formation pour répondre aux demandes de concerts. Avec des artistes dont il se sent proche, comme Saïd, guitariste des Players, ou Jean-Claude Djaonarana, un ancien de Los Matadores, qui a fixé le rythme du salegy moderne à la batterie, l’artiste commence à se produire sous le nom de Jaojoby tout en conservant, entre 1990 et 1993, son emploi d’attaché de presse au ministère des Transports. En 1992, le producteur anglais Ian Anderson, qui l’a enregistré lors d’une session radio deux ans plus tôt, lui offre l’opportunité de faire son premier album dans un studio multipistes d’Antananarivo.

Des albums, enfin !

Jaojoby: Salegy ! fait découvrir ce style musical et ses variantes (basesa, sigoma...) au-delà de Madagascar. De nouveaux horizons s’ouvrent au musicien. En 1994, il bénéficie d’un environnement plus professionnel pour son second album, Velono, que supervise Hervé Romagny car le guitariste de Ray Lema connaît Eusèbe et sa musique depuis de nombreuses années. Ce disque le lance sur le circuit des festivals des musiques du monde. Au Portugal, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France notamment pour le festival Musiques métisses d’Angoulême, au MASA d’Abidjan en 1997, Jaojoby sait faire danser. "Machine à rythmes implacables, ouragan de sons à l’appel lancinant", lit-on à son sujet. Le salegy est taillé sur mesure pour cela !

© Teza Ramiandrisoa

E Tiako, son troisième enregistrement paru en 1998 lui donne une autre dimension à Madagascar. La chanson Malemilemy, dérivée du folklore traditionnel, ne quitte pas les ondes pendant plus d’un an. Jaojoby est élu artiste de l’année en 1998 puis en 1999. Conscient de sa popularité, il met sa notoriété au service du Fond des Nations unies pour la population en assumant un rôle d’ambassadeur de bonne volonté.
Au cours de l’été 2000, en cinq jours et dans des conditions proches du live comme à son habitude, il enregistre Aza Ariano qui sort un an plus tard. En décembre 2001, à quelques semaines des élections présidentielles, Jaojoby joue devant plus de 50 000 personnes.

En 2004, avec son cinquième opus Malagasy, enregistré à la Réunion, il invite à la paix, à la réconciliation : "Dans le titre éponyme de l'album, "Malagasy", j'invite tous mes compatriotes à garder confiance dans l'avenir. Ils doivent lutter pour améliorer leur cadre de vie et contribuer au redressement du pays". Dans la foulée, Jaojoby entame une tournée de deux mois en France, avant de partir pour les Etats-Unis et le Canada.
En juin 2006, en rentrant du festival Donia de Nosy Bé, au nord de Madagascar, l’artiste est victime d’un grave accident de voiture avec sa famille. Un grand élan de solidarité s'organise. Il reste immobilisé de nombreuses semaines.

En mars 2008, il sort Donnant-Donnant, Sa musique est toujours souriante, les chœurs très présents et les paroles romantiques. Le 20 septembre 2008, Jaojoby monte sur les planches de l’Olympia, à Paris, pour un concert mémorable. Après quatre ans d’absence discographique, son retour risque de faire de nouveau bouger ses fans…

Avec rfimusique.com

Retrouvez les artistes RFI Talent sur Facebook

Retrouvez Jaojoby sur Facebook