Mesparrow suit ses voix

Mesparrow. © Fabien Tijou et Izumi Idoia

Mesparrow utilise sa seule voix comme matière sonore de sa musique. Artiste solitaire, elle revient accompagnée pour son second album et son retour sur scène. Et passe de l'anglais au français.

Marion Gaume a quitté Tours il y a quelques mois pour Paris, où elle habite au pied de la butte Montmartre, là où se posent plutôt les pigeons que les moineaux. Âgée de 33 ans, la jeune femme publie un second album, comme le premier essentiellement basé sur sa voix et ses modulations. "Mon travail de composition est souvent solitaire. J'utilise ma voix comme un instrument classique. Avec un micro, elle devient matière sonore."

En 2007, celle qui n'était pas encore Ms Parrow (Melle Moineau) ni Mesparrow avait quitté famille et amis pour tenter l'aventure seule à Londres. Elle se souvient : "Je voulais m'éloigner, parler anglais, rencontrer des artistes, refaire le monde… "Dans ma colocation, quand je revenais de mon boulot de serveuse, je passais des nuits dans ma chambre à enregistrer ma voix grâce à une pédale de boucles, un ordinateur et un ampli. Je n'avais pas de guitare, je la faisais avec ma voix. Et un jour, un ami m'a proposé de faire une première partie dans un club."

Génération de l'ennui

Après deux années passées dans la capitale britannique, Mesparrow compose un premier album, naturellement en anglais, Keep this Moment Alive, en 2013. En scène, elle est comme dans son home studio, seule aux commandes, avec pédale à boucles et machines, interprétant tout un chœur ou tout un orchestre.

Sur cet album épuré et aérien, elle chante notamment la Next Bored Generation, "J'avais le sentiment que notre génération bénéficiait d'un certain confort, que tout lui était facile. Même avec peu d'argent, on peut facilement s'expatrier en Europe, nous n'avons pas de cause pour laquelle nous battre, nous sommes dans l'immobilité… En 2016, j'ai sans doute un peu plus envie de me battre, car les attentats ont touché le monde de la musique. Je me sens plus ancrée dans le réel"  explique celle qui partage avec Héloïse Letissier (Christine and the Queens) une certaine ironie.

Piano-voix

Marion a laissé son vélo à Londres, Paris étant une jungle automobile. Elle préfère y pratiquer du Pilates en club de sport et profite de la capitale pour assouvir sa soif de cinéma. Née dans une famille de mélomanes, Marion s'est mise au piano très jeune, suivant ainsi son père. "Comme je ne jouais pas dans un orchestre, je faisais de la chorale. J'ai adoré le travail des voix et des harmonies, contrairement au piano, peut-être à cause de ma professeure très exigeante et parce que je jouais trop à l'oreille."

À la maison, on écoute Jacques Higelin, The Beatles ou Barbara. Sa grande sœur lui fait découvrir le rock, avec Nirvana ou Red Hot Chili Peppers. "Petite, j'écrivais des poèmes et je dessinais beaucoup. J'ai décidé de m'orienter vers les arts appliqués puis d'entrer dans une école de mode textile, mais cela était trop fermé, trop tourné vers le commerce. D'où les Beaux-Arts, avec quelques groupes en parallèle dans lesquels je chantais."

Sa voix un peu éraillée est toujours la matière première de sa création dans son second album, mais elle est davantage retravaillée. Mesparrow n'est plus tout à fait seule : Nicolas Bourrigan, du groupe Isaac Delusion, a assuré les arrangements, nettement électroniques, en retravaillant la voix de Mesparrow comme l'ont fait James Blake ou plus récemment Bon Iver.

Découpée, accélérée ou distordue, la voix de Marion se fait caméléon. Et Mesparrow ne sera plus toute seule sur scène non plus, mais accompagnée de Lionel Laquerrière (guitare et claviers) et de Fabien de Macedo (basse et percussions).

Après Dominique A

Mais la petite révolution est linguistique : Mesparrow ne chante plus dans la langue de Shakespeare, mais dans celle de Molière. Elle qui se demandait dans le magazine les Inrockuptibles : "Comment écrire en français après Dominique A ?" semble avoir trouvé une voie : "Je voulais chanter comme je parle, avec des accents toniques, tout en conservant une certaine sensualité. Le chanteur brésilien Rodrigo Amarante m'a inspirée. Je me suis sentie plus libre dans ma langue maternelle. Elle est plus difficile à faire sonner, mais j'y ai plus de mots"  explique celle qui cite Antonin Artaud pour son travail sur les mots.

Des mots qui disent encore son regard désenchanté, comme dans Fantômes : "Croulent et se soûlent ces types-là mènent leur vie sourde, routinière, fade, désenchantée/ Tourne autour de la foule sans œillères/ La vie est bien plus belle dans son intégralité́".

Des mots et des sons qui se bousculent à la façon de Camille ou de Suzanne Vega avec Mes onomatopées : "Même si j'aime tant jouer de ma bouche/ Toutes mes onomatopées tournent en boucle/ Cric doo ah, cric doo ah."  Mesparrow a encore bien des voix à explorer.

Mesparrow Jungle contemporaine (Yotanka/Pias) 2016

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