Avec Pas d’casque : un "trip" d’amis

Avec pas d'casque. © Jérôme Guibord

Quatre ans après Astronomie, qui a valu à Avec pas d’casque toutes les accolades, la formation folk-country québécoise revient cet automne avec Effets spéciaux. Conçu en partie dans un chalet, cet album doux et intimiste permet de renouer avec la plume évocatrice du chanteur et guitariste Stéphane Lafleur, qui mène aussi en parallèle une carrière de cinéaste.

RFI Musique : Avant de lancer Effets spéciaux, pourquoi avoir fait paraître le mini-album Dommage que tu sois pris ?
Stéphane Lafleur
 : Quand on a enregistré Astronomie, il restait des chansons. On n’est pas très "DJ shuffle" dans le groupe : on aime les albums qui s’écoutent bien du début à la fin. Je crois beaucoup à ce concept-là, un peu comme un film, avec un point de départ et un point d’arrivée. On aimait les chansons de Dommage que tu sois pris, mais elles avaient été mises de côté parce qu’elles ne s’intégraient tout simplement pas dans l’ordre ou le corpus d’Astronomie.

Est-ce que les choses se sont passées de la même façon à l’enregistrement d’Effets spéciaux ?
Cette fois, on a mis de côté des trucs qu’on ne considérait pas assez achevés. On essaie toujours de faire un ensemble de chansons qui se tient, qui s’appellera éventuellement un album. Tout ça est relié par quelque chose de très mince, par contre. On ne part pas avec une thématique précise. Toutes les chansons d’Effets spéciaux ont été composées après la sortie de Dommage, donc dans les deux dernières années.

Votre son a changé depuis les débuts. Astronomie a été un album charnière et Effets spéciaux semble poursuivre dans cette voie…
Avec Astronomie il y a eu plusieurs changements en même temps. D’abord, l’ajout de Mathieu [Charbonneau, multi-instrumentiste ; NDLR] dans le groupe comme quatrième membre officiel, a offert la possibilité de donner plus de place à la musique par rapport aux textes. N’étant pas un guitariste qui peut être soliste, si je ne chante pas, il ne se passe pas grand-chose ! (rires) En travaillant avec des gens qui savent mieux jouer que moi, je peux faire des textes plus épurés, laisser place à la musique. Ensuite, pour la première fois, on a eu des sous pour faire mixer l’album, ce qui change vraiment le son. Avant, on le faisait nous-mêmes, faute de moyens et peut-être par pudeur.

Pour Effets spéciaux, vous avez fait appel à Sébastien Blais-Montpetit pour le mixage. Quel effet ça vous fait d’avoir l’oreille de quelqu’un d’autre ? Est-ce comme réaliser un film, mais sans faire soi-même le montage ?
C’est exactement comme ça. Il y a toute une gamme de talents techniques, de connaissances que je n’ai pas et que je n’ai pas envie d’avoir non plus. C’est un métier, être mixeur. Certains font un peu leur propre show : ils font l’album qu’ils ont envie de faire. D’autres, comme Sébastien, vont comprendre ce que tu as envie de faire et le faire mieux techniquement, avec plus de doigté. Effets spéciaux a des tounes fragiles et l’équilibre silence/musique est important. Ce qui ne change pas, c’est qu’on n’a toujours pas fait appel à des réalisateurs. On est déjà quatre à avoir des idées dans le groupe et on trouve que c’est assez ! C’est un trip d’amis, ça fait partie du plaisir de travailler ensemble.

Du côté des textes, est-ce que votre manière d’écrire a évolué ?
J’ai toujours un peu l’impression d’écrire la même chanson : des textes qui se poursuivent d’une chanson à l’autre. Mais en même temps, ça se peaufine, ça se précise. J’aime l’idée d’épurer, de ramener à moins de mots, de décomposer quelque chose, comme le fait Jimmy Hunt dans la chanson Nos corps sur Maladie d’amour. C’est tellement incroyable comme texte. Il ne dit presque rien, mais on dirait que tout est dit. J’aime quand en écriture, on arrive à en dire autant avec très peu de mots, et aussi en laissant de l’espace à l’auditeur. C’est satisfaisant des deux côtés : autant pour celui qui fait la chanson que pour celui qui la reçoit.

Est-ce que certaines chansons d’Effets spéciaux se sont transformées de façon tout à fait inattendue ?
Les gloires du matin. Fait étonnant, c’est Nicolas [Moussette, le bassiste du groupe Avec pas d’casque ; NDLR] qui a trouvé la ligne de synthé de la fin. J’aime cet album-là parce que c’est le plus bel effort d’équipe du groupe depuis le début. On dirait qu’en vieillissant, je suis moins directif. Avec les années, le groupe a su me surprendre sur des chansons, comme Talent sur Astronomie. C’est vraiment le travail de tout le monde qui a emmené la chanson à ce niveau. Effets spéciaux s’est vraiment bâti comme ça. Pour Les gloires du matin, on avait tout, mais il manquait vraiment quelque chose à la fin. On a essayé plein d’affaires et on approchait du mix. Puis Nicolas a envoyé cette ligne de synthé. Je ne sais pas ce qui lui a pris, il dit qu’il a sniffé des huiles essentielles…

Avec pas d’casque Effets Spéciaux (Grosse Boîte) 2016

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