L’inoubliable discothèque du Mur de Berlin

1989 : Mstislav Rostropovich joue devant le Mur de Berlin © Archive INA / Capture d'écran

De David Bowie au violoncelle de Mtislav Rostropovich, en passant par Renaud et Nina Hagen, le Mur de Berlin a inspiré de nombreuses œuvres musicales. À l’occasion des 30 ans de sa chute le 9 novembre 1989, découvrez le florilège de la bande-son du Mur qui sépara l’Allemagne en deux pays durant plusieurs décennies.

Wind of change de Scorpions

Avec cet air entêtant siffloté dès les premières notes, la chanson Wind of change est reconnaissable entre toutes. Sortie en 1990, la ballade devient un tube international en 1991, et s’impose très vite comme "l’hymne" de la chute du Mur. Un statut conféré pour l’éternité quand, à l’occasion des cérémonies du dixième anniversaire en 1999, les rockers originaires de Hanovre interprètent leur tube, accompagnés par 160 violoncellistes sous la direction de Rostropovitch. Si le titre ne fait pas directement référence au Mur, ses paroles font en fait allusion au Moscow Music Peace Festival de 1989, premier festival rock donné à l’Est, auquel participa Scorpions.

Jean Sébastien Bach, Suite no 1 pour violoncelle, 1er mouvement par Mstislav Rostropovich

Apprenant la nouvelle de la chute du Mur, Mstislav Rostropovitch débarque à Berlin le 11 novembre 1989, son violoncelle à la main, direction Check Point Charlie. Une chaise est offerte au virtuose russe en exil que la plupart des personnes présentes au pied de ce pan du Mur ne reconnaissent pas. Dès que les premières mesures du 1er mouvement de la Suite pour violoncelle de Bach s’échappent de son instrument, la foule fait silence pour l’écouter. "Je suis venu jouer ici pour que l’on se souvienne de tous ceux qui sont morts à cause de ce Mur", déclare sobrement Rostropovitch avant de s’éclipser. En 1978, il avait été déchu de sa citoyenneté soviétique par Léonid Brejnev pour "actes portant systématiquement préjudice au prestige de l'Union soviétique". Le 16 janvier 1990, Mikhaïl Gorbatchev signa le décret de réhabilitation du musicien.

Looking for freedom par David Hasselhoff

Héros du petit écran notamment avec la série Alerte à Malibu, David Hasselhoff dont le patronyme laisse deviner une éventuelle ascendance allemande participa en 1989 à un concert du Nouvel An à Berlin près de la porte de Brandebourg, quelques semaines après la chute du Mur. Protégé du froid berlinois avec une écharpe aux motifs de portée de piano et arborant une veste en cuir bariolée de lumières scintillantes façon guirlande de Noël qui ne s’éteint plus, l’acteur et chanteur américain entame Looking for freedom, un vieux tube allemand des années 1970. "Chercher la liberté", un titre suffisamment évocateur de la liberté retrouvée des Allemands de l’est pour que la chanson s’inscrive comme un emblème des événements de novembre 1989. Preuve supplémentaire s’il en est de l’impact du titre sur les Allemands, un musée dédié à David Hasselhof a ouvert ses portes à Berlin il y a quelques années.

99 luftballons de Nena

Lors du mythique concert des Rolling Stones en 1982 à Berlin Ouest, le guitariste du groupe allemand Nena, Carlo Karges, aperçoit un vol de ballons dans le ciel. Peut-être sous l’effet de substances psychotropes, il imagine des navettes spatiales flottant au-dessus du Mur de Berlin, côté Est. Emporté par son inspiration, il écrit une chanson, 99 luftballons (99 ballons de baudruche) interprétée par la chanteuse éponyme du groupe, Nena. Tube planétaire en 1984, le titre dénonce la course à l'armement entre Est et Ouest durant la guerre froide. À l’exception des Allemands, le monde entier s’est déhanché sur les rythmes du titre, sans vraiment en comprendre les paroles militantes : "99 ballons, en route vers ton horizon, c'est pour cela qu'un général a envoyé une escadrille d'avions à leur trousse, c'était pour donner l'alarme s'il a fait ça, et pourtant, il n'y avait là, à l'horizon, que 99 ballons."

Another brick in the wall de Roger Waters

En dépit de son titre qui semble se référer directement au Mur de Berlin, l’énorme tube des Pink Floyd paru en 1979 n’a en fait aucun rapport avec la choucroute berlinoise de novembre 1989… À ceci près que quelques mois après la chute du Mur, Roger Waters, bassiste du Floyd et surtout compositeur de l’album The Wall, organisa un gigantesque concert sur la Potsdamer Platz de Berlin. Accompagné du groupe Scorpions, de Cyndi Lauper, Bryan Adams et Van Morrison, il interprète une version chorale et mémorable du titre emblématique Another brick in the wall. Pour l’occasion, une réplique exacte du Mur, longue de 170 mètres, est détruite sur scène devant 350 000 Allemands de l’Est et de l’Ouest en liesse totale.

Nikita de Elton John

Sortie en 1985, Nikita décrit les sentiments amoureux du chanteur -Elton John- pour une garde-frontière d'Allemagne de l'Est qu’il ne peut rencontrer, car il n'est pas admis dans le pays. Directement inspiré par la guerre froide, le titre met en scène le Mur de Berlin dans le clip. Cinq mois avant la chute du Mur, Elton John donna un concert à la Deutschland Hall à Berlin, où il chanta notamment Nikita, et ces paroles qui ne font pas mystère de l’éloignement et de la séparation que le Mur a pu engendrer entre de nombreux cœurs : "Oh je t'ai vue près du mur, dix de tes maigres soldats de plomb alignés, avec un regard comme de la glace sur du feu, le cœur bien enseveli sous la neige". 

Heroes de David Bowie

Quand David Bowie s’est éteint le 10 janvier 2016, il devient la première rock star à recevoir les hommages du ministère allemand des Affaires étrangères par le biais d’un tweet émouvant : "Au revoir David Bowie. Tu es maintenant parmi les Heroes. Merci d'avoir aidé à faire tomber le Mur". Le tube interplanétaire du Thin White Duke fait partie de sa trilogie berlinoise, trois albums composés par l’artiste à la fin des années soixante-dix à Berlin, où il résida pendant deux ans. Heroes relate la vie de deux amants qui se réunissent à l'ombre du "Mur de la Honte" : "Moi, je me souviens, debout au pied du mur, et les fusils tirant au-dessus de nos têtes, et nous nous embrassions comme si rien ne pouvait arriver, et la honte était de l'autre côté".  Mais l’histoire de Bowie et du Mur ne s’arrête pas là. En juin 1987, le chanteur se produit à proximité du Mur, côté Ouest, et les enceintes de la sono sont volontairement dirigées vers l’Est, où des jeunes Berlinois scandent "Le mur doit tomber!" avant que n’éclatent des affrontements avec la police de la RDA.

Sonderzug nach Pankow par Udo Lindenberg

En 1983, le rockeur allemand irrévérencieux Udo Lindenberg se voit interdit de se produire en Allemagne de l’Est. Il écrit alors Sonderzug nach Pankow  (Train spécial pour Pankow) sur une reprise de Glenn Miller, un titre provocant qui s’en prend directement au secrétaire général de la RDA, Erich Honecker, représenté en despote incurable qui écoute en cachette la radio de l’Ouest… Bien que craignant l’influence d’Udo Lindenberg sur la jeunesse est-allemande, le régime lui envoya une invitation à se produire à l’Est quelques mois plus tard, à condition de ne pas chanter Sonderzug nach Pankow

La lambada par Kaoma

Difficile au premier regard d’établir un lien entre le zouk chaloupé du groupe caribéen et l’effondrement du Mur de Berlin. Tube de l’été 1989, c’est presque par hasard que la chanson entre dans la playlist des musiques du Mur. Un soir de novembre 1989, au pied de la porte de Brandebourg, des Berlinois en liesse remuent les hanches sur fond de Lambada, un policier en uniforme se joint à eux pour esquisser quelques pas de danse. La scène, immortalisée par une caméra de télévision, propulse la chanson à la première place du hit-parade allemand et comme un symbole de la joie des retrouvailles d’un peuple coupé en deux.

Greta de Renaud

C’est en 1975 que Renaud publie Greta, le dernier titre de son tout premier album, Amoureux de Paname. Une chanson d’amour sur une relation impossible entre un Berlinois de l’Ouest et une Berlinoise de l’Est séparés par le Mur, écrite dans le plus pur style du "chanteur énervant" en intervertissant les syllabes entre les vers : "Dis-moi pourquoi Greta, dis-quoi pourta gremoi, dis-ma pourqua gros tas, y'a un mur entre toi et moi, dis-moi warum Greta, dis-moi pourquoi Greta, pourquoi qu't'habites à Berlin-Est, pourquoi qu'j'habite à Berlin-Ouest". Plus de 15 ans après, Renaud a rendu hommage à Mikhaïl Gorbatchev dans sa chanson Welcome Gorby  : "T'as fait tomber l'mur de Berlin, si tu sais pas quoi faire des parpaings, pour ta gouverne y'a d'la place ici mon pépère, autour de tous les ministères, toutes les casernes, ça évit'ra qu'le populo un jour nous pende tous ces barjots".