Le pop art de Perez 

Julien Perez. © Yann Sofer

Après son groupe electro-rock Adam Kesher, Julien Perez a entamé une carrière solo plus pop. Tout en restant branché sur l'art contemporain. 

Julien Perez reçoit au 13ème étage d’une tour avec vue sur le Sacré-Cœur. Le jeune homme est monté à Paris il y a douze ans. Son passé bordelais est essentiellement punk et hardcore. L’influence de Cure, New Order ou At the Drive in l'a un peu assagi lorsqu'il crée en 2007, avec notamment un copain de collège Gaëtan Didelot, le groupe Adam Kesher (en hommage au film Mulholland Drive de David Lynch). La plateforme MySpace leur permet de se produire en Grande-Bretagne, en Allemagne, puis aux États-Unis. Julien Perez se souvient : "Nous avons commencé très jeunes, une période à laquelle nos goûts ont beaucoup évolué. Certaines compositions ou paroles nous paraissaient maladroites, difficiles à assumer. Je ne m’étais pas trop posé la question de la langue, par mimétisme, mais chanter en anglais m’a semblé être une sorte de charabia, de poulet sans tête". 

Art contemporain

Il se lance dans son projet solo, Perez, en optant pour la langue de Molière. Son premier maxi, Cramer, est publié par le label parisien Dirty, qui lui avait tapé dans l’oreille avec sa compilation Dirty French Psychedelics (Lavilliers, Ferrer, Fontaine…). Le choix de la pop lui permet d’y agréger d’autres styles, car le musicien est éclectique et touche à tout.

Après des études de philosophie, Julien Perez est resté proche du monde de l’art contemporain. Résident au Palais de Tokyo, commissaire d’exposition, il crée un disque pour une expo de Saâdane Afif dès 2005. "Cela m’a donné le goût des collaborations dans les arts plastiques, qui permettent d’expérimenter des formats autres que ceux de la pop, laquelle impose un circuit : disque, clip, radio, concerts…" Perez compose également avec le performer néerlandais Feiko Beckers ou avec l’artiste et réalisatrice Dominique Gonzales-Foerster, "Un album de collection" lui a été inspiré par les œuvres du Fonds régional d’art contemporain d’Île-de-France.

Avatar

Son premier album solo, Saltos (2015), révèle son goût pour la pop synthétique des années 80 et Play Blessures, l’album phare de Bashung. C’est d’ailleurs le producteur de ce dernier, Jean-Louis Piérot qui l’accompagne en studio aux côtés de Pierrick Devin (Phoenix, Lomepal…). Les deux albums suivants sont produits avec Théo Pożoga, alias Strip Steve, artiste installé à Berlin et signé sur le fameux label techno Boys Noize Records. Les deux amis ont une passion commune pour la musique minimaliste. 

Si Cavernes lorgnait clairement du côté de l’electro à danser, son troisième album Surex est moins introspectif, les mélodies et les harmonies plus riches. "Dans les projets solos en pop, la question de l’incarnation se pose. De même que j’ai du mal à creuser toujours le même sillon musical, j’ai du mal à voir ma tronche sur chacun de mes disques. Je ne suis pas à l’aise sur les réseaux sociaux pour documenter ma vie au quotidien ou poster des selfies. Mais on ne peut pas s’en passer en musique".  Julien Perez a été entièrement scanné afin de créer son avatar en 3D. On le voit s’animer sur les réseaux sociaux ou plus figé sur la pochette de Surex. Des doubles assez troublants qui figurent peut-être son inquiétude d’un futur proche.

Perez, Surex, (Étoile Distante/Differ-Ant) 2020
Site internet de Julien Perez / Facebook / Instagram
En concert à la Maroquinerie le 12 mars à 20h