Kamel El Harrachi, au nom du père et du chaâbi

L'artiste algérien Kamel El Harrachi signe son 2e album international : "Nouara". © Laurent Hermouet

Fils de l’immense Dahmane El Harrachi, créateur de 130 titres dont Ya Rayah, tube chaâbi mondialement dansé, Kamel El Harrachi signe Nouara son deuxième album international. Ce recueil de 11 titres qui fait la part belle aux pièces de son regretté père, soit neuf titres réarrangés pour l’occasion et deux compositions du fiston.

Kamel El Harrachi est de la "génération 73", comme il dit. L’expression suffit à géo-localiser sa naissance de l’autre côté de la Méditerranée, "à Alger" confie-t-il. Plus tard, il expliquera avoir officiellement démarré la musique dans les années 90. "Officiellement" signifie pour lui entrer en musique par la grande porte ; mais pour ce qui est des petites portes dissimulées ou pas, et autres fenêtres qui vous mettent en contact avec cet art aux formes multiples, on peut penser que Kamel les a empruntées dès son plus jeune âge.

Être le fils de Dahmane El Harrachi est comme la serrure d’une porte magique. Si elle a évidemment pu lui faciliter les ouvertures, elle peut tout autant la maintenir irrémédiablement fermée plaçant dans ton dos une sorte de statue de commandeur qui assombrit chacun de tes gestes alors que c’est de lumière que tu as besoin. Être le fils de… n’a pas que des avantages.

Mon père, cette icône du chaâbi

C’est en tout cas à ce père attentionné qu’il a finalement peu connu du fait de ses concerts, qu’il fait acte d’allégeance. Un père auquel le fils reste attaché au point de partager son nom d’artiste.

Chanté par toute une génération et respecté comme un des maîtres du chaâbi, genre musical algérois qui s’est répandu à travers tout le pays et même au-delà de ses frontières naturelles, du Maghreb aux pays d’émigration, Dahmane El Harrachi est apprécié et dansé sur les 5 continents depuis que Rachid Taha a mondialisé dès 1997, son Ya Rayah écrit et composé l‘année de naissance de Kamel ("Génération 73" disait-il).

C’est à ce père et au chaâbi dans lequel il a grandi, dans cette histoire parallèle d’Alger comme on a l’habitude de dire, que Kamel Amrani trouve sa voie depuis son tout premier opus publié à ses débuts en Algérie, puis sur Ghana Fenou, son premier album international publié (2009) ou sur ce tout nouvel opus intitulé Nouara.

Auteur, compositeur, chanteur et joueur de mandole

Installé en France depuis bientôt 25 ans, Kamel El Harrachi vit à Paris. "Quand je suis arrivé, comme tous les anciens, je me suis produit dans les arrière-salles des cafés où se retrouvaient par affinités ou par origines géographiques les populations émigrées" se souvient Kamel El Harrachi.

Ce musicien, auteur, compositeur et joueur de mandole, l’instrument de prédilection de son père, parcourait quelque temps auparavant, au début des années 90, toutes les wilayas (régions) d’Algérie, de concert en concert et se produisait dans les plus grands festivals du pays.

Au-delà de l’attrait pour les chansons du paternel qu’il reprend, adapte avec soin et respect ; son public appréciait déjà, aussi, ses chansons, celles que le fils avait écrites dans un style, il est vrai proche de celui du père, des chansons qui comme souvent dans le chaâbi (mot qui veut dire "populaire") racontent en arabe de la rue pour que tout le monde comprenne la vie des gens ; des chansons qui étaient de lui, à lui.

"Comme mon père qui m’a laissé un trésor, je suis attaché à la chronique sociale, aux choses vraies de la vie. Mon père était une sorte de Brassens algérien" précise celui qui se délecte des chansons d’amour comme en attestent de nombreux titres de ce nouvel album : Mahalak Nouara (un de ses deux propres titres), Bacherni Bel Khir, Ana Loughram…. "Il en faut en ce moment" glisse-t-il.

Un corps, un visage, un regard et une voix

Parmi les points communs qu’il partage avec son père, outre la ressemblance physique, ce corps filiforme ce visage émacié, ce regard perçant et sa voix qui avec le temps s’approche peu à peu du grain rocailleux de celle de son géniteur, Kamel tient à marquer de son empreinte le chaâbi, une empreinte aux traits clairs.

"Comme pour mon père, le fait de vivre en France de côtoyer d’autres musiciens, me nourrit, m’inspire forcément" relate celui qui n’a pas hésité à convier par exemple lors des séances d’enregistrement Philippe Soriano et sa contrebasse. "Même quand je reprends ces chansons, je reste libre, libre de changer de tonalité, libre d’accélérer ou de ralentir le tempo, d’accentuer la frappe du percussionniste" commente-t-il sagement.

Des inflexions que seules les spécialistes du genre sont à même de remarquer, d’apprécier. Pour tous les autres. Nouara est un album de chaâbi, un genre aujourd’hui un "chouya" moins populaire.

Kamel El Harrachi Nouara (Kamiyad) 2021

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En concert à l'Institut du monde arabe à Paris le 5 juin 2021