Pauline Croze reprend des couleurs

Pauline Croze. © Julie Trannoy

La voix grave et pleine de groove de Pauline Croze s’est posée sur son sixième album studio Après les heures grises. Un disque teinté de pop urbaine et marqué par de nombreuses collaborations. Pauline Croze s’y affirme plus que jamais comme une chanteuse éclectique et sensible.

C’est d’abord dans le Loir-et-Cher, seule dans sa chambre, entre et pendant les confinements, que Pauline Croze a commencé à écrire et composer certaines chansons d’Après les heures grises. Un disque qui se joue des styles musicaux (entre autres funk, pop, électro, r’n’b, piano-voix), pour lequel elle s’est ensuite entourée de nombreux artistes : Fils Cara, Nk.F (Nikola Feve, l’un des plus importants ingénieurs du son du rap français), Charlie Trimbur ou encore Romain Guerret (du groupe Aline) et Pierrick Devin (Phoenix, Lomepal). La plupart sont jeunes, un choix assumé. "Je n’ai pas seulement fait appel à de jeunes artistes pour qu’ils apportent une teinte contemporaine et urbaine. Chacun apporte un angle inexploré. C’est une palette qui m’apporte plus de couleurs, si je peux dire", sourit-elle. Force est de constater que cette ouverture musicale et thématique se retrouve bien sur tout l’album.

Si Je suis un renard s’écoute comme un délicat autoportrait au piano, qui se comprend à travers une série de contrastes mutins et touchants, "je suis une comptine, une gamine (…) une vague/une dague", le reste du disque part du particulier pour s’ouvrir au général. "Le confinement et l’épidémie ont donné une dimension plus sociale à certains textes", nous raconte Pauline Croze. "Comme Solution, qui parle de quelqu’un au pied du mur. J’ai "dézoomé" en partant de la problématique personnelle, vers les gens qui cherchaient des solutions à la crise sanitaire que l’on traversait", précise-t-elle.

La crise (et parfois l’angoisse-mondialisée) on la retrouve sur Kim (co-écrite avec Romain Guerret), une chanson pop, faussement amoureuse et fascinée adressée à Kim Jong-un (dirigeant de la Corée du Nord, ndlr.) "Lorsque j’ai vu à la télévision en été 2019 qu’il menaçait les USA, je me suis sentie très vulnérable. Cela m’a fait penser à l’état amoureux où l’on est happé par l’autre, ses moindres signes de vie. J’ai eu envie de faire une jonction entre la vulnérabilité amoureuse et celle du danger. C’est du 36e degré".

 

La façon dont le monde pénètre nos vies à travers les écrans, Pauline Croze s’en défie. C’est le thème majeur du dansant Crever l’écran, où elle se met en scène en femme abandonnée par un compagnon "pris en otage par ces millions d’images", qui "cavale sur son cheval de toile". Elle confirme : "cela détruit, isole et peut séparer un couple".  

Spectatrice du monde

L’agacement de Pauline Croze envers les écrans se retrouve également dans Phobe, où elle évoque les forêts que l’on regarde brûler depuis nos téléphones. Pour autant, la chanteuse se défend de faire des textes à vocation écologique. "Je suis concernée bien sûr, c’est tellement évident ! Mais je ne suis pas une donneuse de leçon, je préfère en parler par petites touches". Aussi est-elle sincèrement surprise lorsque l’on évoque la dimension écologique de La Rocade qui met en scène la rupture amoureuse d’un couple qui tournait en rond, inlassablement. Et où elle décrit des "arches et des girafes en feu" et "des roseaux de fer". "Pour moi c’est le mobilier urbain, les objets très élancés dans le ciel, en métal" développe-t-elle, et aussi "La Girafe en feu de Dali que je regardais souvent".

La peinture l’a également influencée pour Hippodrome, un morceau électro-pulsionnel, plein de suspense, sur lequel on entend le galop d’un cheval. Pauline Croze, fascinée par l’équitation, est hantée depuis l’enfance par les peintures d’un artiste de la fin du XIXe siècle dont elle ne retrouve plus le nom qui peignait des courses de chevaux. "Les courses sont un mélange des couches sociales très fort. Des gens viennent pour l’amusement et d’autres y passent des heures à espérer gagner de l’argent. Ils misent énormément sur cet espoir. Ce parallèle entre la vie et les courses de chevaux s’applique à notre époque où les actions deviennent des paris sans certitudes".

Mais tout n’est pas que courses, danses et frénésie dans Après les heures grises. Ainsi le déchirant Nuits d’errance écrit par Tim Dup est-il une ballade introspective au piano-voix, qui rappelle Barbara. La douceur plane également sur le mélancolique et aérien No Derme, où de sa voix légèrement voilée, la chanteuse invite à rêver et renaître de ses blessures. Après les heures grises, Pauline Croze prend un nouvel envol.

Pauline Croze Après les heures grises (Universal Music) 2021

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