Amina, entente magnétique

Amina. © Kilian Thomas

Longtemps disparue des radars sur le sol hexagonal, l'interprète il y a pile trente ans de C'est le dernier qui a parlé qui a raison lors du concours de l'Eurovision revient aux affaires sous la houlette de Leonard Lasry. Et donne une autre inflexion à sa voix avec l'authentique et attachant La lumière de mes choix.

Amina, le retour. Cette fois-ci, la formule n'a rien de galvaudé puisqu'il faut remonter à trois décennies pour trouver trace de chansons originales de la chanteuse franco-tunisienne. Annabi, son nom au civil, disque publié en 1999. Époque du bail chez Universal Music, de Mots bleus aux teintes électro et partagés avec leur géniteur. L'entendre dire au sujet de sa longue éclipse : “Cela correspond à un cycle saturnien pour les astrologues”.

Vite comprendre aussi au fil de la discussion qu'elle n'est pas carriériste, qu'elle a privilégié les élans intimes aux projecteurs. Son être plutôt que le paraître. Savoir encore la possibilité de la brancher sur la méthode de chant qu'elle a développée, alliage des chakras et du yoga du son. Une belle nature, enjouée et amicale, disponible pour retracer sa trajectoire.

Bien sûr, l'arrêt repère sur l'Eurovision. Dans la foulée d'un rayonnement à l'international - son premier album étant sorti dans vingt-deux pays - Amina accepte d'être la représentante française à condition d'imposer sur le titre son complice artistique du moment, Wasis Diop. Elle y interprète C'est le dernier qui a parlé qui a raison. Une chanson de contexte, politique, marquée par sa singulière mélopée au parfum d'Inde et d'Orient. “J'ai été choisie parce qu'on se trouvait en pleine guerre du Golfe. Ils avaient besoin d'une française d'origine maghrébine pour calmer les banlieues”.

Une première place ex-æquo avant l'annonce soudaine d'un nouveau point de règlement la rétrogradant à la seconde place. Le coup de gueule d'incompréhension de Léon Zitrone à l'antenne ne changera pas la donne, elle ne succédera pas à Marie Myriam. “Sur le coup, il y avait une légère déception. Mais avec du recul, c'est tant mieux, je n'aurais pas eu envie de porter ça indéfiniment”.

Instinct

Celle qui a débuté sur la scène du Palace à Paris ne surfe pas vraiment sur cette mise en avant. Et trouve, plus tard, point de chute en Suède, pays sacré lors de sa participation au concours. “Il y a un viking avec son drakkar qui m'a enlevée, je ne pouvais pas résister”. Là-bas, elle vit dans une maison en bois au milieu de la forêt, monte deux groupes de jazz, enchaîne les dates sur le territoire scandinave. “Je continuais à me produire, mais personne ne savait ce que je faisais”.

La retrouver également au sein d'un projet d’opéra pop avec Asian Dub Fondation, faire des vocalises arabisantes chez Decouflé, obtenir carte blanche de la part du metteur en scène

Luc Bondy pour les voix d'Helena à l'Opéra de Vienne. Ou des incursions au cinéma, derrière la caméra de Bertolucci, Lelouch, Maïwenn... “À chaque fois, des hasards. On m'appelait et je ne passais pas de casting. J'ai toujours marché à l'instinct et avec mon corps qui me donne des signaux. Pour cet album, je me suis sentie en totale confiance avec Léonard Lasry. Une rencontre de cœur. De toute façon, je ne peux pas travailler avec quelqu'un pour qui mon cœur ne vibre pas”.

Nouveau registre

Donc Léonard Lasry, orfèvre romantique et homme qui sublime le féminin, remarqué récemment par sa collaboration particulièrement active sur le dernier disque de Sylvie Vartan et dont on attend dans quelques semaines un duo en compagnie de Charlotte Rampling. “Lors de mon retour en France, il y a cinq ans, je suis repartie de zéro. Un ami m'a emmené voir un court-métrage. J'ai été happée par la beauté de la musique et le compositeur était Léonard”.

Première pierre à l'édifice de leur association, un morceau (Radwoi, présent sur l'album en deux versions) destiné à une publicité pour la Maison Cartier. De la douceur, de la rondeur, des ambiances cinématographiques illuminent les chansons de La lumière de mes choix. “Il m'a percée et est allé chercher ma fragilité. Je n'avais jamais été dans ce registre-là. On avait l'habitude d'une Amina à la voix puissante, rebelle”.

Hormis un hommage à Jeanne Moreau (Quand Jeanne M elle aime), écrit par Élisa Point, ici c'est variation sur le même thème, en l'occurrence le sentiment amoureux. “L'amour est décliné sous toutes ses facettes, comme un diamant qui s'allume : l'amour passion, l'amour compassion, l'amour trahison, l'amour séduction...”. Sensualité galopante western spaghetti (Tu joues si bien), délicate offrande sentimentale où les voix de Lasry et Amina s'embras(s)ent (On est prié de se plaire), clarté mélodique (Le soleil) enrobent les retrouvailles. Et le magnétisme de la femme se charge de valider définitivement ce nouveau ticket de voyage.

Amina, La lumière de mes choix (29 Music) 2021

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