Hey Djan, comme un air d’Arménie

Le groupe Hey Djan, sur la scène du festival Rock en Seine, près de Paris, août 2022. © Edmond Sadaka / RFI

Ils se sont produits le 27 août à Rock en Seine, mais on les avait déjà repérés au creux de l’hiver. Hey Djan, groupe parisien qui mêle rock et musique de la diaspora arménienne, a déjà sorti une poignée de chansons et se révèle diablement communicatif sur scène. Grande découverte avec son leader, Adrien Soleiman, et sa chanteuse, Anaïs Aghayan.

RFI : Adrien Soleiman, vous avez une carrière de saxophoniste et de chanteur en solo. Puis, vous avez découvert la musique arménienne grâce à votre femme. Comment est venue l’idée de monter Hey Djan ?

Adrien Soleiman : Je suis musicien professionnel. J’ai des projets perso et j’accompagne des vedettes de la variété (Philippe Katerine, Juliette Armanet…). Pendant le confinement, j’ai concrétisé une idée que j’avais déjà en tête : faire des reprises de musiques arméniennes. Cette idée m’était venue quand je suis allé à mon premier mariage arménien. Tout le monde dansait, c’était hyper festif. Ce n’était pas comme les mariages "français", où l’on reste assis, où il y a tout un protocole et dans lequel un DJ passe de la musique. J’ai découvert l’existence des orchestres qui animent les mariages et les fêtes. J’écoutais déjà beaucoup de musique arménienne populaire, folkorique, et même liturgique. Quand j’ai vu ce groupe, je me suis dit que ce serait bien de reprendre ces chansons, mais de faire des concerts et pas de l’animation.

L’idée était de faire une musique de danse...

A. S. : C’était une réaction au confinement et à l’humeur générale qui était assez triste. C’était aussi une réaction au fait d’être dans des grosses tournées où tout est très calé. J’avais envie de m’amuser, de m’enlever de la pression, et de faire de la musique comme quand on a commencé avec les potes au lycée. En plus de cela, c’est une musique de danse. Et c’est comme ça que j’ai proposé ce projet aux copains : on va monter un groupe, on va faire des reprises, et on sait très bien qu’on va pas gagner d’argent avec ça. C’est vraiment une soupape !

Vous avez fait très peu de concerts tous ensemble jusqu’ici. À quoi ressemble Hey Djan sur scène ?

A. S. : On est cinq sur scène, quatre musiciens avec Anaïs au chant. Arnaud (Biscay) et Maxime (Daoud), le bassiste et le batteur jouent avec Malik Djoudi. Adrian (Edeline), le guitariste, joue avec moi sur les tournées de Juliette Armanet. Il jouait avant cela sur les tournées de Clara Luciani. Il y a des vieux amplis, des vieilles guitares, des vieux claviers, des vielles batteries. Tout est vintage parce qu’on veut se faire plaisir. On reste attachés à cette esthétique.

Comment avez-vous trouvé ces chansons ?

A. S. : C’est un répertoire connu de la communauté arménienne, et encore... Je suis tombé dans le cliché de l’étranger qui "diggue" ( rechercher de vieux disques et de vieilles musiques.- NDLR ) une musique qui n’est pas la sienne. Je connais plus la musique arménienne que mon beau-père. Mais c’est normal, j’ai cherché. C’est comme les Américains qui viennent en France nous donner des leçons de vin et de fromage.

 

 

Quels sont les thèmes abordés dans ce répertoire ?

Anaïs Aghayan : Pour la plupart, ce sont des chansons d’amour. C’est souvent de l’amour à sens unique ou un amour qui finit mal. Il y a pas mal de tristesse. Il y a un titre que l’on chante qui dit : « Je te maudirai jusqu’à la fin de l’éternité ». Parce que la personne s’est faite quitter. C’est un peu le paradoxe, il y a des paroles très dramatiques sur des rythmes très dansants.

A. S. : Il y a un côté loose sur fond de fête et d’ivresse, avec des chansons "too much". C’est très poétique. Tu te dis "Évidemment, qu’elle est partie, t’en fais trop. Et puis, t’es bourré. Et ton costard rose fluo, c’est juste pas possible...". Il y a ce côté nostalgique qui est très séduisant.

Quelle est la particularité musicale de ces titres ?

A. S. : Ce n’est pas vraiment de la musique traditionnelle. On s’inspire surtout des chansons des années 1960 aux années 1980 de la diaspora. Ce qui a donné des chanteurs arméniens du Liban, arméniens d’Iran ou arméniens des États-Unis. Les gars arrivaient dans leur pays d’accueil et ils se nourrissaient de la mode locale. C’est déjà une fusion de vieilles chansons qui sont passées entre les mains de pleins de gens. On ne sait pas qui a écrit ces chansons. Chacun faisait sa popote avec l’endroit où il était. Pour ceux de Beyrouth, c’était de la musique arabe, et pour ceux de la côte ouest des États-Unis, il y avait des influences mexicaines ou même des délires western.

A. A. : Par exemple, pour Hoy Nazan, qui existe dans une version de Komitas, le prêtre arménien enterré au Père Lachaise, cela fait plus de 100 ans que cette chanson est là. Elle a voyagé, il y a eu des versions dans ce qui est la Turquie actuelle et maintenant, il y a la nôtre. Mais à la base, c’est un chant liturgique !

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Hey Djan Hey Djan (Hey Djan) 2021