Dutronc & Dutronc : accord majeur

Thomas Dutronc et Jacques Dutronc lors des 37e Victoires de la la musique, le 11 février 2022. © Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images

Jacques Dutronc et son fils Thomas sont sur le devant de la scène avec un double projet : une série de concerts et Dutronc & Dutronc. Un album studio, joyeux, fidèle et caustique, qui revisite certaines de leurs chansons respectives les plus célèbres.

RFI Musique : Pourquoi reprendre les chansons de Jacques Dutronc en sa compagnie pour un album studio ?
Thomas Dutronc
: J’ai toujours été fan des chansons de mon père et je trouve qu’elles sont intemporelles. L’idée, c’est plutôt de vivre une aventure père/fils. Au départ, on pensait plutôt à un live – qu’on enregistrera plus tard- mais la maison de disque trouvait qu’un album studio, avec quelques inédits, serait une bonne chose. C’était l’opportunité de lui faire travailler des chansons, notamment les miennes, pour préparer les lives avec lui et les musiciens tout en livrant des versions différentes ou des chansons qu’il n’interprète pas sur scène. Comme A la vie à l’amour, la chanson préférée de ma mère. Les autres chansons ont des arrangements qui diffèrent un peu. Gentleman cambrioleur qu’on joue en guitare voix sur scène, est arrangée de façon plus soul. Paris s’éveille est empreint de flûte. On a pris d’autres directions que celles du live. C’est comme un disque complémentaire.

On dit que votre père était réticent à enregistrer ces chansons de nouveau. Pour quelles raisons ?
Non, il était réticent au fait de travailler (Sourire) ! Comme moi, dans un premier temps, il ne voyait pas le sens. On l’a enregistré en Suisse, je l’ai prévenu la veille alors qu’on était bien installés, tranquillement tous les deux. Je lui ai dit : "J’ai un copain qui va venir demain avec un studio nomade pour enregistrer les chansons". Il a d’abord un peu râlé…Et puis il a adoré, on était que deux avec un très bon et fin musicien qu’il a bien aimé. Il n’y avait que nous trois. On s’est bien amusés.

Pourquoi ouvrir l’album sur L’Opportuniste ?
Cela correspondait au début de l’aventure et à l’actualité avec les élections présidentielles car les premiers concerts étaient en avril. C’est un titre assez fort et j’aime bien sa réactualisation.

Comment avez-vous choisi les chansons ?
Je n’ai pas voulu faire nos chansons les plus connues :  Les Playboys, J’aime plus Paris, et La Fille du Père Noël ne sont pas présentes, par exemple. Parfois aussi, des textes des années soixante comme L’Idole ou La Publicité ont des paroles un peu plus primesautières, des blagues un peu désuètes... Je savais que mon père préférerait chanter les chansons qu’il estime "en béton armé".

Mais Paris s’éveille, Et moi, et moi, et moi, ou encore Les Cactus sont très célèbres. Appréhendiez-vous de les parer de nouvelles orchestrations ?
Bien sûr ! C’est compliqué de donner un coté moderne à des chansons intemporelles mais qui ne tente rien n’a rien. Le travail sur L’Opportuniste m’a vraiment conforté car il était très réussi.

Qu’est-ce que votre père a apporté au rock n’roll français ?
C’est un peu le pionnier. Quand il a sorti La fille du père Noël ou Et moi et moi et moi c’était le premier, en France, à avoir cette attitude un peu insolente avec des chansons originales, en pleine période yéyé. Ce n’était pas des textes cul-cul comme à l’époque ! Johnny et Eddy faisaient des reprises pas des créations. Retiens la nuit ou Souvenirs Souvenirs, j’aime bien aussi mais ce n’est pas tout à fait le même registre…

La reprise de J’aime les filles est très swing.  En revanche, il n’y a pas tellement de jazz manouche sur ce disque, alors que c’est un peu votre signature…
C’est la musique que je préfère. Django [Reinhardt, ndlr], c’est mon musicien fétiche mais Django a joué du swing parce que c’était son époque…. C’est une sensibilité, pas forcément un style et je ne veux pas m’y cantonner.

Chanter ensemble sur scène, est-ce une façon de rattraper le temps perdu ?
Non, il n’y a pas de temps perdu. L’idée, c’est plutôt de gagner du temps. Ce sont des moments extraordinaires, privilégiés et un peu vertigineux. Avant, on se voyait souvent avec mon père. J’allais le voir régulièrement en Corse mais ce n’est pas pareil d’être sur les routes ensemble. Ça me fait le connaître encore un peu mieux. Et de voir qu’on se ressemble sur beaucoup de choses sans être totalement pareils. Les trois premières dates de concert, il était aussi stressé que moi ! Aujourd’hui, on a pris un rythme de croisière, on partage le plaisir d’être avec l’équipe des musiciens, de parler de la vie, de plein de choses. C’est génial sur scène mais les "à cotés" sont aussi très beaux.

Site officiel de Dutronc & Dutronc
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