Sur les traces des Nubians

Les Nubians en concert au City Winery, à New York, à l'été 2022. © RFI/Michael Oliveira Da Costa

Véritables instigatrices de la vague Nü Soul déferlant sur les ondes FM durant la fin des années 90 et une partie des années 2000, Celia et Hélène Faussart du groupe bordelais Les Nubians continue son évolution, bien loin des feux des projecteurs, explorant de nouvelles pistes créatrices tout en conservant la même passion pour l’expression des mouvements faisant la promotion de l’Afro-péanité et de l’Afro-Diasporisme. Toujours avec le partage et l’échange comme philosophie.

Vingt-quatre ans sont passés depuis la sortie de leur premier opus Princesses nubiennes, et onze, après la sortie de leur dernier, Nü revolution. La présence des Nubians sur la scène musicale se fait bien moins sentir, mais l’esprit du groupe garde toujours une empreinte sur l’imaginaire et la conscience collective des aficionados des sœurs Célia et Hélène Faussart. "Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas sorti d’album, et que l’on est moins active sur scène, mais on reçoit un grand nombre de messages de fans, qui nous demandent ce que l’on fait, des messages de sympathie aussi. Et même après nos concerts aux quatre coins du monde il y a de longues années, l’amour que l’on ressent est encore très fort. Cela nous touche vraiment, car cela veut dire que notre message, notre philosophie traverse le temps", affiche Célia, tout sourire. Hélène, acquiesce. La complicité entre les deux princesses nubiennes est toujours au beau fixe, malgré des chemins de vie et des parcours individuels qui les séparent dorénavant d’un océan. Toujours aussi engagé, le duo poursuit son aventure bien loin des États-Unis, après plus d’une décennie sur la côte Est du pays, entre Philadelphie puis New York.

En 2018, la présidence Trump bat son plein, avec son lot d’expressions xénophobes et un climat tendu comme rarement à travers le pays, les Nubians se posent alors des questions concernant leur prochaine étape, leur prochain port d’attache. "Nous sommes toutes les deux portées par une soif constante de voyage, de (re) découverte de soi et d’évolution", souligne Hélène, "on a grandi avec des parents voyageurs, et on a gardé cette fibre. En 2018, on pensait déjà partir des États-Unis pour vivre autre chose, et l’année suivante, on a décidé de faire le pas... On a bien fait, car juste après, la pandémie du Covid-19 a frappé…"

Mais l’étape américaine des Nubians reste l’une des expériences les plus constructives et progressistes des sœurs, qui gardent toujours une partie de leur cœur de l’autre côté de l’Atlantique. "On a grandi, beaucoup appris sur les autres, mais aussi sur nous-mêmes durant nos années américaines. Ce pays nous a donné une opportunité énorme, on a pu travailler avec de nombreux artistes, Pharrell Williams, Coolio, The Roots, Talib Kweli, et plein d’autres encore... Mais surtout à atteindre un niveau d’exposition et de visibilité de notre musique et de notre philosophie comme jamais on n’aurait pu avoir ailleurs. Gagner des prix comme Lady of Soul Train Awards, être nominé aux Grammy Awards, être Disque d’or dans ce marché aussi compétitif, faire des concerts devant des milliers de personnes et devenir un exemple d’inspiration pour des personnes qui ne parlent même pas notre langue, mais qui ressentent notre vibe et notre état d’esprit, ça vous change à jamais. Les États-Unis resteront toujours dans notre cœur" déclare Célia, la benjamine. La page américaine se tourne, et en 2019, les Faussart retournent à Paris, dans le cocon familial. Une nouvelle étape dans la vie des Nubians, avec comme toujours en toile de fond, une quête constante de développement et d’expressions de l’Afropéanité et d’Afrodiasporisme.

France, Afrique, Caraïbes, mais aussi toujours un peu d’Amérique…

Célia décide de prendre des cours d’acting, mais aussi d’exprimer sa créativité par d’autres moyens. "L’écriture de poèmes, le coaching musical, mais aussi la participation à des ateliers créatifs sur Paris et Bordeaux, par exemple. Je continue de faire de la musique un peu en solo, mais aussi avec Hélène, avec qui on a écrit, puis enregistré plusieurs titres en 2019, qu’on aimerait sortir dans les prochains mois", précise la benjamine du duo. Pour Hélène, l’accumulation rapide de miles sur sa carte de fidélité de transport aérien continue, pour celle qui "cherche constamment à se laisser porter par les rencontres, et qui veut découvrir par l’expérience du voyage".

Après une parenthèse parisienne, direction Chicago, avant de quitter le pays de l’Oncle Sam pour aller au Cameroun, puis aux Caraïbes, en Guadeloupe. "J’avais depuis quelque temps l’idée d’aller là-bas, et je suis vraiment épanouie ici", sourit-elle, avant d’ajouter "je fais de la musique avec des groupes locaux, j’apprends le Ka, j’ai bossé sur les bandes sons de documentaire, dont Being BeBe, sur la cause LGBT, mais je cherche aussi à explorer le développement corporel et spirituel, en donnant des cours de yoga et de méditation. Nourrir le corps et l’esprit, ça fait partie de moi".

Les deux sœurs explorent et vivent les expériences afropéenne et afro-diasporique pleinement, et remarquent de profonds progrès, en France, mais aussi ailleurs. "Quand on est parti de France et d’Europe, les expressions de l’africanité et des cultures diasporiques étaient très marginales, mais avec plusieurs mouvements sociaux et d’affirmations des minorités, on se rend compte que les choses avancent. Les femmes se laissent pousser, gardent leurs cheveux naturels afro, comme un retour aux sources. On nous regardait comme des extra-terrestres lorsque l’on faisait cela dans les années 90 ! (Rires) Ce genre d’exemple me donne beaucoup d’espoir pour la suite, et m’encourage aussi à continuer le travail, mais montre aussi que notre message d’acceptation des cultures que l’on prône depuis plus de vingt ans maintenant n’était pas si insensé que cela" sourit Célia.

La vie de scène leur manque, même si l’épanouissement se fait ailleurs. Il y a un an environ, une fan les contacte et les aide à mettre en place une tournée américaine l’été dernier. Plusieurs dates sont décidées pour ce Back @ Ü Tour, qui les amènera de Chicago à Philadelphie, en passant par Washington et New York. "On a retrouvé des fans de la première heure, mais aussi de nouvelles têtes, mais l’essentiel était toujours là : l’amour de nos musiques, et le partage avec les autres. Cette tournée nous a ramenées en arrière, et ce fut un véritable bonheur de retrouver la scène avec nos fans américains. On a croisé beaucoup de nouvelles princesses nubiennes !", confirme Hélène.

Même si l’aventure des Nubians est considérée comme "un hiatus" selon Célia, le message du duo continue de se diffuser dans les mouvements de musique afropéenne et afro-diasporique, mais aussi dans le monde de l’éducation, avec la sélection de leurs meilleurs titres dans les programmes scolaires des lycées français en Amérique du Nord. "On ressent une énorme fierté car on voit que notre parole est encore partagée, et Les Nubians reviendront, parce qu'on prépare beaucoup de surprises…." concluent-elles.

Facebook / Twitter / Instagram / YouTube