Le lyrisme sombre d’Aaron

Après le succès fulgurant de leur premier album, les deux membres d’Aaron parviennent avec leur nouvel album Birds in a Storm, à faire évoluer leur musique sombre et onirique vers des ambiances changeantes. De quoi tourner la page de U-Turn (Lili), le tube qui les avait révélés en 2006, pour poser une identité musicale forte.

C’est en 2004 que Simon Buret et Olivier Coursier se rencontrent grâce à une amie commune, Vanessa Filho, qui deviendra la grande ordonnatrice de leurs clips et de leurs photos. Simon est comédien, il écrit des textes de chansons en anglais. Olivier est musicien, il a notamment été le guitariste du groupe hardcore, Mass Hysteria, de 2000 à 2005. Il se souvient : "J’étais arrivé au bout de quelque chose, d’un style musical, et cela me fait vite peur." Un peu forcé à jouer du piano par ses parents lorsqu’il était plus jeune, il les remerciera plus tard, après s’être mis à la guitare basse et aux programmations électroniques.

Simon, lui, n’a pas une grande formation musicale, mais il a joué du violon pendant très longtemps. De père américain, il maîtrise parfaitement l’anglais, et écrit donc très naturellement dans cette langue. En studio, Olivier et Vanessa lui demandent de chanter, le résultat est plutôt probant. Entre tournées pour Olivier et tournage pour Simon, les deux compères composent leur premier titre, Endless Song, qui pose les bases de leur quête musicale : des ambiances sombres, où se côtoient piano et effets électroniques, portant des paroles désenchantées.

Les deux jeunes hommes se ressembleraient presque physiquement, deux grands bruns, souvent élégamment habillés. Tous deux ont étudié le dessin et le graphisme. Mais c’est dans la musique qu’ils s’engagent. Le duo devient Aaron, soit Artificial Animals Riding On Neverland, en hommage au peintre américain Jean-Michel Basquiat.

 

Leurs influences musicales vont de Janis Joplin à Nina Simone pour Simon, "The Doors, les Cure, des choses pas spécialement gaies. Mais surtout, Portishead est un très grand groupe pour nous deux, cela a été un tournant" confie Olivier. La parenté entre le trip hop de la formation anglaise et la pop onirique du duo français est toujours aussi évidente.

U-Turn (Lili)

En une année, Olivier et Simon composent une vingtaine de chansons, mais ne trouvent aucune maison de disque. Ils proposent alors leur musique sur leur site MySpace et à la vente sur l’iTunes Store. Simon poursuit sa carrière de comédien, il joue dans un film de Philippe Lioret, aux côtés d’une amie, Mélanie Laurent. Cette dernière fait écouter le titre d’Aaron U-Turn (Lili) au réalisateur, qui tombe sous le charme de cette complainte mélancolique. Au point de rebaptiser l’héroïne de son film Lili, et d’utiliser la chanson comme symbole du frère disparu. Sorti à l’automne 2006, Je vais bien, ne t’en fais pas attire bientôt un million de spectateurs et sa chanson leitmotiv entraîne le public vers l’univers d’Aaron, dont le premier album autoproduit, Artificial Animals Riding On Neverland, devient Disque d’or.

Simon fait ses premiers pas sur la scène d’une salle de concert. Aaron part sur les routes de France, puis à l’étranger. Sur les planches, ils tentent de dépasser la version discographique en réinventant leur musique pour la scène. On les retrouve avec un quatuor, uniquement avec des machines, avec un chœur d’enfants ou encore un orchestre symphonique. "Ce succès a changé notre quotidien : nous sommes partis sur les routes, nous avons rencontré beaucoup de gens. Après toute l’énergie donnée dans ces tournées, nous avons voulu nous retrouver dans une bulle de solitude. En studio, une fois que nous sommes lancés, tout va très vite, cela devient instinctif, obsessionnel et fiévreux. On ne s’était pas dit : on va faire un second album. On a fait de la musique. La seule chose, c’est que texte et musique doivent être fusionnels et s’illustrer l’un l’autre." Les deux hommes ont passé quatre mois dans le home-studio d’Olivier, renouant avec la formule intimiste qui avait fait leur succès.

 

Pour cet attendu second album, le duo n’a pas abandonné le piano, mais celui-ci cohabite avec des guitares. La voix de Simon est plus affranchie, utilisée comme un instrument à part entière. Certains titres flirtent avec le blues, très intériorisés (Waiting for the Wind to Come), quand d’autres sont plus dans l'urgence (Inner Streets). "Nous avons construit cet album comme un cycle, comme une journée qui défile. L’ordre des morceaux est très important, avec un début, Ludlow, et une fin, A Thousand Wars. Le titre Birds in Storm est une sorte de synthèse de ces différentes facettes de l’album."
Fantômes, mensonges, rêves, vent, pluie, orage… ce second album erre entre états d’âme et éléments naturels. Aaron est toujours aussi désenchanté, mais encore plus fougueux.

 

Aaron Birds in Storm (Cinq7/Wagram) 2010

En tournée à partir du 21 octobre. En concert à Paris les 14 & 15 décembre au Casino de Paris