Roni Alter, affaire de famille

Roni Alter sort un nouvel album intitulé "Be Her Child Again". © Amit Israeli

Journée riche et émotionnelle à double titre pour Roni Alter. Nommée ce 8 février aux Victoires de la musique, dans la catégorie Révélation album sur la base de la publication cet été de son EP, l'artiste israélienne sort également aujourd'hui son troisième disque Be Her Child Again. Une pop organique, intime et élégante.

Elle dit que c'est "une grande et bonne surprise". Elle dit aussi que c'est "un choc". Excepté son label Warner - récidiviste qui avait déjà réussi le tour de force de propulser l'an dernier Aliose dans la même catégorie - personne n'avait misé sur elle. Ne pas prendre cette considération sur le compte de l'artistique. Roni Alter est aussi précieuse que talentueuse. Mais elle est nommée ici sur la base de son EP. Au cours de la conférence de presse des Victoires, quelques voix dissidentes se sont fait entendre. Une des raisons entendues : l'appellation Révélation album. La chanteuse israélienne contre-argumente : "Je ne suis pas la première à qui cela arrive". Il suffit juste de remonter à l'édition précédente et la présence de Fakear (musiques électroniques) pour son EP Karmaprana. Fin du débat.

Ce vendredi 8 février, à la Seine musicale, Roni Alter interprétera Devil's Calling, une chanson pop raffinée et accrocheuse. Chanson dans laquelle elle aborde le harcèlement sexuel vécu durant son enfance. "Cette histoire était enfouie en moi depuis des années. J'en ai parlé à mon psy et tout est remonté à la surface. J'ai écrit ce titre comme un monologue. Paroles et musiques sont venues en même temps. J'ai contacté des amies d'enfance pour savoir si elles avaient été intimidées par cet homme. L'une m'a répondu oui. Grâce au mouvement féministe #MeToo, c'est plus facile de parler de ce sujet, il n'y a plus de honte".

C'est une enfant de la balle parce que Roni Alter est née à Tel-Aviv dans un environnement totalement artistique. Mère comédienne, père cinéaste et compositeur renommé dans son pays. "J'ai appris à chanter avant de parler. Mon papa écrivait spécialement des chansons pour ses enfants". Elle a intégré une chorale d'enfants qui s'est exportée mondialement, puis elle s'est inscrite au département jazz de son école et a même fait partie d'un groupe d'electro-pop.

Cet éclectisme est revendiqué et elle refuse de faire rentrer sa musique dans une case définie. "Je suis riche de beaucoup d'influences. Je n'aime pas qu'un seul style. J'ai aussi bien une passion pour Billie Holliday ou Ella Fitzgerald que pour Randy Newman". Son bail initial de six mois en France joue les prolongations.

Elle est désormais installée à Paris depuis sept ans et jouit d'une amitié solide avec sa compatriote Keren Ann. "Mon compagnon, photographe de mode, l'a shootée pour les pochettes de ses deux derniers albums. J'ai beaucoup d'admiration pour elle".

Si par ailleurs, son père avait collaboré à son premier album, en hébreu, sa mère est ici au centre de Be Her Child Again. Pas seulement vocalement – la comptine israélienne Fragments of Lullaby –, mais surtout à travers le propos qui traverse le disque. "Elle et moi avons une relation compliquée. C'est un peu de l'amour-haine. Quand on se retrouve, ce n'est pas toujours agréable. Une chanson comme Save me est assez dure à son encontre. Mon frère et ma sœur l'ont trouvée sublime, mais ils m'ont dit que je ne pouvais pas la sortir. Pour moi, la question ne s'est pas posée, c'était une nécessité".

Aux manettes, on trouve le très prisé Clément Ducol (Vianney, Delerm, Camille), qui magnifie les élans créatifs et les incursions pop, folk, électro et jazzy de la jeune femme. Des chansons délicates, personnelles, ardentes. Elles touchent le cœur.  

Roni Alter Be Her Child Again (Warner music) 2019
En concert le 16 mai 2019 au Café de la Danse

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