Rock en Seine 2019, entre stars et découvertes

Le duo Mauvais Œil sur la scène Île-de-France, le 25 août 2019. © RFI/Nicolas Dambre

Du 23 au 25 août, le festival francilien a réuni un peu moins de 100 000 spectateurs, dont bon nombre de fans du groupe The Cure. Au-delà des têtes d’affiche (Foals, Major Lazer, Aphex Twin…), beaucoup de jeunes groupes étaient à découvrir, comme Mauvais Œil avec sa pop orientalisante.

Les plus de 50 ans semblent plus nombreux que d’habitude en ce chaud vendredi. Beaucoup ont ressorti leur t-shirt à l’effigie de The Cure. Car ils sont venus voir LA tête d’affiche de cette 17e édition, pour l’unique apparition du groupe britannique en France en 2019.

Vendredi soir, les 2h15 de concert seront à la hauteur des attentes du public avec plus de vingt titres retraçant une bonne partie de 40 ans de carrière : A Forest, Pictures of You, Fascination Street… Robert Smith, le leader du groupe, a bien sûr vieilli, sa musique beaucoup moins. Tout de noir vêtu, il est toujours grimé, les cheveux en bataille, mais surtout, sa voix est intacte. Le groupe livre une prestation parfaite et termine par l’émouvant Boys Don’t Cry.

Dans le public on trouve une fan, Silly Boy Blue, qui a écrit un mémoire sur le groupe. Un peu plus tôt sur la scène des quatre vents, la jeune femme, habillée tout en noir, arborait elle-aussi un t-shirt à l’effigie de ses idoles. On s’est laissé emporter par les chansons mélancoliques teintées de cold wave de cette jeune femme couronnée au Printemps de Bourges. Non loin, se produisait Lee-Ann Curren, une Franco-Étasusienne issue d’une dynastie de surfers qui a abandonné la planche et les vagues non pour la surf music, mais pour une pop solaire. De l’autre côté du site du festival, les Belges de Balthazar étaient de retour pour la troisième fois, sur la grande scène, tout comme Jeanne Added. Elle livre un concert tout en énergie, avec des sonorités tantôt funky, rock ou robotiques, et la présence du chœur Accentus.

Parmi les quelques révélations françaises, le garage-punk énervé de We Hate You Please Die ou la pop psychédélique et sophistiquée de Biche. De son côté, Süeür, et dans une moindre mesure Bagarre, ont dû se contenter des rares spectateurs qui n’assistaient pas au concert de The Cure. C’est le duo Kompromat qui clôt la soirée avec sa techno martiale.

Samedi, le rap de la Canadienne Tommy Genesis et du Français Alpha Wann ont conquis davantage que leurs fans, avant la soul de Jorja Smith et le retour des très funky Jungle. Le duo français Polo & Pan a lui-aussi maintenu le groove, avec son electro colorée et un spectacle qui l’était tout autant. La soirée se termine avec un show à l’américaine signé Major Lazer, plus fort visuellement que musicalement.

Dimanche, il faut arriver tôt pour découvrir des groupes en devenir comme la Chica (latino-pop), Cannibale (psycho tropical rock) ou Décibelles (punk en français). Le duo Mauvais Œil puis Agar Agar, avec son électro pop tantôt survitaminée, tantôt sous morphine, reçoit un très bon accueil. Rock en Seine se termine par les élucubrations techno du Britannique Aphex Twin, icône des musiques électroniques. Moins expérimental et déstabilisant qu’à ses débuts, mais toujours plus original que bien des artistes electro actuels.

 

Trois questions à Mauvais Œil

RFI Musique : Quel est votre bagage musical ?
Sarah : Nous n’avons pas du tout le même ! Chez moi, on écoutait du funk ou de la musique orientale. Petite, j’ai chanté en écoutant Etta James ou Billie Holiday, puis je suis devenue une fan absolue de Britney Spears. Il y a un point commun entre des chanteuses de r’n’b comme Mariah Carey ou Whitney Houston et le chant oriental, c’est le mélisme [une figure mélodique de plusieurs notes portant une syllabe, NDLR]. Plus tard, la cold wave m’a décomplexée sur le fait de ne pas avoir eu de formation musicale.
Alexis : J’ai appris la flûte baroque, pour ne pas dire la flûte à bec, au conservatoire. Ado, je me suis mis à la guitare et j’ai écouté pas mal de surf music, de rock et de ska. Par la surf music j’ai découvert le rebetiko grec, il y a une connexion, comme dans le Misirlou popularisé par Pulp Fiction. À partir de là, je me suis intéressé aux musiques du monde.

Chanter en français était-ce naturel ?
Sarah : J’ai longtemps écrit et chanté en anglais, notamment lorsque j’habitais New York. Avec Mauvais Œil, je chante en français, il n’y a plus cette distance, on est à nu, authentiques.

Un de vos titres, Constantine, est très personnel, pour quelle raison ?
Sarah : Cette chanson évoque une personne qui arrive à un certain âge et qui recherche des pièces manquantes de son identité… C’est tout l’objet de ce groupe : nous étions la pièce manquante dans le puzzle de l’autre.
Alexis : Nous avons tourné le clip en Algérie à Constantine, ce qui nous a rapprochés, alors que Mauvais Œil n’existait que depuis 4 mois. On s’était rencontrés un an plus tôt, un 1er janvier autour de quelques verres de pastis.
Sarah : À Constantine, j’ai rencontré une partie de ma famille que je n’avais encore jamais vue, c’était très fort. Tout ça grâce à la musique.

Mauvais Œil Nuits de velours (Entreprise) 2019