Petula Clark, toujours enjouée

Petula Clark lors d'un concert à Genève en Suisse, novembre 2014. © Getty Images/Lionel Flusin

Pétulante Petula qui, à 86 ans, déborde encore de projets. Un album enregistré au Québec, une comédie musicale à venir pour l'interprète inoubliable de Chariot, Downtown et La Gadoue. Nous l'avons rencontrée en juin dernier lors de son passage aux Francofolies de Montréal. Confessions pétillantes entre passé et présent.

RFI Musique : Qu'est-ce qui vous fait encore courir ?
Petula Clark : J'aime ça, tout simplement : chanter, le contact avec le public, le travail avec les musiciens. Parfois je me rajoute de la nervosité comme ici à Montréal où j'ai monté un tour de chant en français. Tout ce travail pour une seule soirée ! (rires).

Et sans prompteur...
J'ai horreur de ça, on perd en spontanéité et en naturel. Je préfère la bataille intérieure dans ma tête. Mais j'ai cette chance aussi d'avoir une bonne mémoire. Ce sont des chansons que j'adore, même les nouvelles, donc c'est plus facile à retenir.

Pourquoi cet album à Montréal Vu d'ici, réalisé par Louis-Jean Cormier et Antoine Gratton ?
C'est tombé comme ça. Une idée de Lionel Lavault, mon imprésario qui vit à Montréal. Les chansons ont commencé à venir, des bonnes, des moins bonnes, certaines avaient besoin d'un traitement différent. Louis-Jean et Antoine se sont chargés de tout ça. Je ne les connaissais pas, on s'est rencontrés en studio et c'est la première fois que je travaillais avec deux réalisateurs à la fois. Contrairement à Paris et mon disque Petula (2012, NDLR) pour lequel je n'ai pas pris de plaisir, il y avait une belle dynamique.

Vous n'avez pas aimé travailler avec Benjamin Biolay ?
(Elle grimace puis susurre). Je ne suis pas très fan... Et je ne l'ai jamais vu pendant l'enregistrement.

Comment expliquez-vous que vous soyez moins présente en France ces dernières années ?
Je travaille ailleurs et beaucoup déjà. Je suis quelqu'un qui reste tranquille aussi, je ne suis pas show-biz. Quand je suis sur scène, la sensation est merveilleuse, je donne tout. Mais je ne vis pas ma vie pour être chanteuse. Je ne suis pas tout le temps en train de penser à ma carrière. Jamais je n'ai fonctionné de la sorte. Dernièrement, j'ai reçu un coup de fil de Londres pour une nouvelle production de Mary Poppins. J'ai hésité bien sûr parce que c'est pour six mois. Mais c'est bien, j'ai un petit appartement aussi à Chelsea (elle vit à Genève, NDLR), ça me changera des hôtels et ça me permettra de dormir dans mon lit. Le spectacle commence fin octobre, les répétitions en septembre.

Est-ce vrai que vous avez d'abord refusé de venir en France ?
On me dit : "Une chanteuse qui s'appelle Dalida a copié vos deux derniers disques, elle a un gros succès. Il faut venir en France défendre votre répertoire." Je ne savais pas qui était Dalida et j'ai répondu que j'étais ravie pour elle. Me rendre à Paris ne m'excitait pas du tout. J'y étais allée deux fois en touriste, ça ne sentait pas très bon. J'ai fini par accepter, c'était en novembre et pour un Olympia. Là aussi, j'ignorais tout de cette salle, il n'y avait pas plus anglaise que moi. J'avais un énorme rhume, je ne pouvais presque plus parler. La veille du concert, on m'a emmené voir un médecin qui était fan de Napoléon et qui m'a prescrit des suppositoires. Je me suis dit : "Des suppositoires pour la gorge ? Je suis vraiment en France" (rires). Il n'empêche que ça a marché et le médecin en question est devenu par la suite notre médecin de famille.

Vous avez été la mascotte de l'armée anglaise pendant la guerre. Avez-vous conscience de ne pas avoir vécu une enfance traditionnelle ?
Bien sûr. Je passais beaucoup de temps dans des abris. Les avions passaient, je chantais au milieu des bougies, c'était une vie curieuse. Pour moi, c'était normal. Les enfants sont résilients, vous savez. Quand ça allait trop mal, ma sœur et moi partions chez nos grands-parents au Pays de Galles.

Le pouvoir de votre voix sur les gens, vous le sentiez ?
Je ne pensais à rien, je chantais, j'aimais ça. La première fois que j'ai chanté en public, c'était dans une chapelle aux Pays de Galles. J'ai senti là qu'on pouvait toucher avec la voix. Ce n'était pas une voix extraordinaire, mais toujours juste, toujours dans le rythme. J'ai réécouté les enregistrements de la BBC et je me suis dit que c'était pas si mal que ça (rires). Julie Andrews faisait également ça. On voyageait dans les trains avec les soldats, dormait dans les soutes à bagages. On ne savait pas où on était mais on chantait. Ça faisait partie mon enfance. Je suis devenu vedette à la BBC grâce aux émissions pour les soldats. Ma destinée est née de la radio.

Au moment de votre tube mondial Downtown en 1964, vous élevez des enfants de deux et quatre ans. Difficile de concilier vie privée et vie professionnelle ?
Je me suis mariée avec un français. Le lendemain matin de l'Olympia, j'avais rendez-vous à la maison de disque de Vogue. On voulait à tout prix que j'enregistre en français. Un homme est entré dans la pièce, je suis tombée tout de suite amoureuse de Claude. Dix-huit mois plus tard, je l'ai épousée, j'étais déjà enceinte de notre premier enfant. Et soudain, j'ai eu ce succès en France auquel je ne m'attendais pas du tout. Je me produisais dans tous les pays francophones, en Italie, on était obligé de prendre une nurse. Claude m'a guidée dans cette folle aventure. Même lorsque je travaillais en France, Tony Hatch continuait à diriger mes séances d'enregistrement. Un jour, il est venu à Paris en insistant pour que je chante à nouveau en anglais. Au piano, il me montre alors une chanson qu'il a composée, Downtown. Je me rappelle que j'ai en train de préparer du thé dans la cuisine. Je reviens dans le salon, je lui dis que s'il trouve des paroles aussi excellentes que la mélodie, je fonce. Deux semaines plus tard, on a fait trois prises en live à Londres. Les États-Unis se sont emparés de la chanson et Downtown est aussi devenu numéro un là-bas.

Vous avez chanté les mots de Chaplin, Gainsbourg, Brel, Vian, connu Lennon et Presley. Un honneur ?
Absolument mais, en même temps et en toute humilité, je fascinais également. C'était excitant pour moi mais pour eux aussi apparemment. Lorsque je suis arrivée à Los Angeles avec Dowtown, les gens chuchotaient et se donnaient du coude : "Tu as vu, c'est elle !". J'arrive au restaurant et Steve McQueen me lance : "I love you". En arrivant aux États-Unis, j'ai été plongée dans une autre dimension. Dans le show-biz, c'était très chaleureux. La jalousie là-bas devait certainement exister, mais elle était mieux masquée qu'ailleurs (rires).

On peut vous qualifier de légende ?
Il ne faut pas me demander ça. Je ne sais pas ce que c'est de me regarder sur scène, je suis juste une passeuse d'émotions. Il y a des personnes qui n'aiment pas mon travail, je le sais. Je suis qui je suis, je ne peux rien faire d'autre (rires). Vous savez à quoi je pense là ?

Dites-moi ?
Que j'espère vous avoir dit quelque chose d'intéressant. 

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