Marsh au soleil

Emilie Marsh, 2019 © Gil Lesage

Remarquée aux côtés de Dani en tant qu'arrangeuse et guitariste hors pair, Émilie Marsh est désormais une voix qui compte. Son album éponyme est source de plaisir et de désir charnel. Plaisir encore décuplé sur scène et notamment ce jeudi 26 septembre au Café de la Danse à Paris.

De la trempe, de l'audace, une posture déterminée. Ceux qui l'ont vue sur la grande scène des dernières Francofolies de La Rochelle - le temps d'un court, mais intense intermède de trois morceaux entre les concerts de Jérémy Frérot et Zazie - peuvent en témoigner. Émilie Marsh est une performeuse aussi racée que fiévreuse.

Ce soir-là, dans sa ville d'origine, elle avait brandi son spectre, cette fidèle guitare qu'on retrouve sur la pochette de l'album. Son arme, son bouclier, sa baguette magique. "Je ne me vois pas sans. C'est le prolongement de mon corps et ce qui fait aussi que j'ai cette façon de chanter et de bouger". Ce lien intense avec son instrument, ainsi qu'une première partie de La Maison Tellier au Trianon, l'a finalement convaincue de renoncer à ses premières velléités de formule en trio. "J'ai changé mon fusil d'épaule et le fait d'être seule me permet d'appréhender différemment l'espace et le rapport au public. Je suis obligée d'être tout le temps avec les gens et cette communication est beaucoup plus forte".

Envol en solitaire donc pour cette fougueuse fille de 32 ans, consacrée en 2015 au Pic d'Or à Tarbes (tremplin réputé qui compte aussi à son palmarès Radio Elvis ou Barbara Weldens) et qui a pris le temps de sceller son style. "J'avais besoin d'expérimenter, d'essayer mes chansons sur scène pour trouver la bonne couleur. Au départ, il y avait une énergie très rock, mais j'ai senti qu'il fallait que je trouve un équilibre, que je me fonde aussi dans le format chanson et mon goût pour la pop".

Émilie Marsh est loin d'être une novice, elle qui est partie en cavale avec ses consœurs Joko et Cécile Hercule au sein du projet Bodie (dont deux premières parties de Souchon à venir au Palais des Sports à Paris) et a joué un rôle prépondérant dans le retour en grâce de la chanteuse Dani.

Entre elles, un rapport exceptionnel d'amitié et une complicité musicale criante. "Dani, c'est à la fois une grande tendresse et un côté punk assumé. C'est une immense interprète et j'ai beaucoup appris à ses côtés. J'ai écrit tous les arrangements pour elle et construit toutes les parties de guitare pour que ça fonctionne avec son timbre à elle". Pas question alors que Dani n'apparaisse pas sur cet album et que leur alchimie si profonde ne soit pas célébrée. "Nos fils se touchent/Sur les ondes/Sur la route". Texte de Pierre Grillet, fidèle de Dani et parolier aussi d'Alain Bashung, de Michel Delpech, de Marc Lavoine, pour deux voix ardentes qui se répondent.

L'album aux légères inflexions mélodiques à la Farmer est la première livraison de Fraca, label qu’Émilie Marsh a monté avec ses amies Katel (réalisatrice d'ailleurs de l'opus) et Robi. Label solidaire, indépendant, féministe et ayant fraîchement fêté son premier anniversaire.

Fraca ? Entendre par là, "Fraternité Cannibale". "C'est un nom dont on nous a taxées alors qu'on travaillait ensemble de manière pas encore officielle. Pourquoi entre mecs, c'est tout simplement fraternité, et entre femmes, ça devient cannibale ? On s'en est servies comme nom de guerre à la création du label. On ne se bouffe pas les unes et autres, mais on se nourrit entre nous". Il y a sur ce disque une chanson décomplexée, gourmande et dont le clip s'avère sensuel à souhait. Elle s'appelle J'embrasse le premier soir. Étreinte aussi pour nous à son écoute. 

Émilie Marsh (Fraca!!!) 2019

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