Hey Hey My My ne meurt jamais

Hey Hey My My © Stéphane Manel

Après dix ans d’absence, le duo publie son troisième album, British Hawaii. Retour sur quelques épisodes punk, folk ou surf de leur carrière.

Le clin d’œil a des allures de blague pour initiés, British Hawaii, titre du troisième opus du duo Hey Hey My My est le nom du groupe que les deux Julien (Garnier et Gaulier) avaient créé 18 ans plus tôt. C’est aussi une allusion aux influences britanniques et américaines qui bercent depuis toujours leur musique. Pêle-mêle : les Beatles, les Pixies, Pavement, Beck…

Il y a aussi ce nom de groupe un peu étrange, mais familier des fans de Neil Young, qui connaissent la chanson. Julien Garnier confie : "C’est une référence commune, même si je connaissais moins Neil Young que Julien. C’est une chanson particulière aux phrases fortes, un titre qui existe en deux versions, acoustique et électrique. La sonorité nous a plu, et ces doubles initiales rappellent les nôtres…"

J.G. et J.G., Julien Garnier et Julien Gaulier se sont rencontrés sur les bancs d'une école de gestion et de management à Bordeaux en 1998. Les deux étudiants montent Migraine Institute, "un groupe aussi mauvais que son nom". Julien Gaultier compose, ce qui distingue le jeune groupe des sempiternelles reprises. Ainsi naît quatre ans plus tard British Hawaii, lorsque les deux étudiants montent à Paris. Pas de réelle sortie à leur actif, mais on peut encore retrouver sur certains sites de streaming un album de douze titres concis et affûtés.

Folk français

En parallèle de ce projet "punk-pop", les deux garçons se retrouvent les dimanches derrière un ordinateur pour se ressourcer autour de compositions plus calmes, clairement folk. Tous deux écrivent et chantent. Le 1er album voit ainsi le jour : Hey Hey My My.

Julien Garnier se souvient : "Nous avons eu la chance d’être signés par le label Sober & Gentle, qui nous a accordé de confortables conditions d’enregistrement et du temps sur la foi d’une démo. Enregistré fin 2005, l’album est sorti début 2007, il a totalisé 10000 ventes et une soixantaine de dates de concerts." Avec un van acheté en Suède, le duo tourne avec deux autres musiciens, en France, en Belgique, en Suisse. Ils joueront également à New York. En 2007, la France connaît un renouveau folk, avec des groupes comme Cocoon ou Moriarty.

Les deux Parisiens se lancent ensuite dans la composition d’une bande originale, celle de 8 fois debout du réalisateur français Xabi Molia. "Cette opportunité vient du label. Le réalisateur nous a donné les clefs de la musique de son film. Ce sont des titres peut-être plus risqués et immédiats, sans doute moins évidents. Pour nous, c’est un véritable second album" explique Julien.

Surf et famille

Changement de cap pour le troisième opus ou deuxième album, comme le laisse présager son titre : A Sudden Change of Mood. Aux sonorités folk et boisées succède une énergie électrique et rock. Le duo s’est offert les services de l’Américain Tony Hoffer (Supergrass, Beck, Air…) pour mixer le disque. "On ne se reconnaissait pas dans ces nombreux projets folk à la française, trop normés, parfois hippie-chic… Nous, nous aimons la pop. À notre côté "do it yourself" et bricolé, Tony Hoffer a apporté une patte un peu plus pro. Cela nous a un peu décoiffé à la première écoute. Mais finalement on s’y est fait. Le côté plus rock a sans doute décontenancé quelques-uns de nos fans."

Après une tournée, le duo se met en pause… pour dix ans. Du moins publiquement, car les deux potes se retrouvent de temps en temps pour jouer et composer.

Julien Garnier, qui s’est mis sur le tard au surf, part aux quatre coins de la planète, au plus près des vagues, du Portugal au Maroc, en passant par le Nicaragua ou le Sri Lanka. Julien Gaulier fonde une famille et participe à différents projets, comme Mother of Two, dont les trois membres sont ensuite débauchés par Radio Elvis, dont Julien devient le manager. Il dirige également Vietnam, le label de musique du groupe indépendant So Press de Franck Annese, sur lequel paraît ce troisième album de Hey Hey My My.

Des titres enregistrés entre un studio dans le Perche et celui de Julien Gaulier à Paris, auxquels Étienne Caylou (Eddy de Pretto, Clara Luciani…) a apporté sa touche lors du mixage. Julien Garnier raconte : "Nous avions peur de perdre la spontanéité ou la naïveté technique de notre premier album. Nous avons craint la faute de goût, l’harmonisation des méthodes de production musicale. Alors nous avons tenté de rester d’éternels débutants."

Côté musique, le duo assume à la fois sa part folk et sa part rock. Côté textes (toujours en anglais), l’imaginaire ou l’anticipation ont inspiré Plastic Life, une jolie étrangère a suscité Egija, quand Bottleman sent le vécu d’une soirée arrosée qui finit mal. On espère que les deux musiciens n’attendront pas dix ans avant leur prochain album.

Hey Hey My My British Hawaii (Vietnam/Because) 2020.
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En concert le 3 novembre à la Boule Noire à Paris.