AaRON, que la lumière soit

Le duo AaRON sort son 4e album studio "Anatomy of Light". © Sylvie Castioni

Avec son 4e album, Anatomy of light, AaRON s’aventure dans les sonorités électroniques. Toujours très class, le duo formé par le chanteur Simon Buret et le musicien Olivier Coursier explore le spectre des sensations et mélange cette fois-ci l’anglais et le français.

À chaque fois, le cinéma n’est jamais très loin pour AaRON. Le duo formé par le chanteur Simon Buret et le musicien Olivier Coursier s’est fait connaître il y a quatorze ans en signant U Turn (Lili), un titre qui figurait dans le film Je vais bien ne t’en fais pas du réalisateur Philippe Lioret. En profitant du temps laissé entre chacun de leurs albums, il aura participé à des bande originales ou pour son chanteur, arpenté les plateaux de tournage en tant qu’acteur. Pas étonnant que ce nouveau disque ait été précédé de la chanson Ultra rêve, dont le clip est porté par un Jean-Claude Van Damme dansant et faisant des katas de karaté.

 

Comment s’est fait ce choix d’un acteur aussi connu pour ses films de gros bras que pour ses sorties télévisuelles ? Faut-il y voir un peu de malice ? "Ce qu’on voulait raconter, c’était l’icône Van Damme, non pas pour les trois phrases qu’on a coupé de lui et qu’on a montré en boucle, mais plutôt pour la charge émotionnelle que ça raconte. Cette icône de ce monde-là, de ces années-là. Quand j’étais petit, j’avais un poster de lui sur les murs de ma chambre. C’est la force de liberté inouïe que véhicule cette personne qu’on voulait. Cette poésie brute, c’est lui qui la porte", répond Simon Buret. Le chanteur parle de Van Damme comme d’une "icône-bouclier" qui puisse porter le message de la chanson sans que ce soit "doux et tranquille"

Un monde inspiré par la science-fiction

Dans cet Ultra rêve comme dans ce quatrième album, Aaron retrouve ses marottes. Le duo parle d’une planète futuriste qui a toujours à voir avec la science-fiction. Le point de départ de ce disque a été le film Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, pas tant pour la musique de Vangelis que pour son ambiance de fin du monde. "Je trouve très intéressant le côté ‘cyborg’.  L’histoire d’AaRON dans ses chansons, c’est ce monde intérieur confronté au monde extérieur. L’hyper urbain contre l’hyper nature, l’infiniment petit face à la puissance inouïe des éléments. Moi, j’aime bien questionner ma place d’humain dans l’espace. Comment l’homme peut oublier qu’il fait partie d’un tout, cela m’a toujours fasciné", explique Simon Buret.

S’il est avant tout question de sensations, il s’agit bien d’une "anatomie de la lumière" ici, de la première étincelle de The Flame jusqu’à Apollo. Les textes se perdent dans la lueur bleutée des villes, le reflet des miroirs, et parlent le plus souvent d’amours incandescentes. Peu importe que cet amour soit indéfini, qu’il n’ait pas de genre ou même, que ce qui pourrait passer pour de l’amour n’en soit pas exactement. Pour l’auditeur, il est question de faire son propre scenario avec ces morceaux aux sonorités électroniques. L’odyssée de ce disque résume bien le tournant pris, notamment pour les sons en droite lignée du hip hop.

Des chansons comme des paysages sonores

Toujours class, Aaron s’est nourri de machines et de grosses basses. Les pianos et les guitares ont fait la place aux synthétiseurs, qui ont pris tout l’espace. "Nos chansons, ce sont des paysages. On a toujours eu ce truc très photographique. On les construit en vallée, en montagne, en plein, en délié. Ce sont des lacs dans lesquels on plonge, des soleils qui nous brûlent. On aime parler comme ça quand on fait de la musique", estime Simon Buret.

Les voyages ont accompagné l’écriture de ce disque. "Au fur et à mesure des années, le travail évolue. Sur cet album-là, on a travaillé un peu plus à distance et à la fin, on s’est retrouvé en studio. Cette fois-ci, j’envoyais des gros bouts de maquettes à Simon. J’avais hâte de recevoir ses mélodies et d’avoir cette surprise. Par exemple, le premier morceau m’est venu sur la côte ouest des États-Unis, en plein désert", explique Olivier Coursier.

Pour les deux acolytes, le fait de "sortir de sa zone de confort" est passé par le mélange du français et de l’anglais. Une alternance de langues qui, paradoxalement, n’a pas semblé si évidente que cela au Franco-Américain Simon Buret. "Avec le fait d’habiter en France, j’ai toujours considéré l’anglais comme langue de l’intime. Comme on a beaucoup tourné à l’étranger, c’est devenu la langue dans laquelle je chante, dit-il. Pour nous, l’une des prises de risque était de faire sonner le français, tout en se glissant dans la peau d’Aaron et ne pas se retrouver à faire de la chanson française. Quand on a ouvert cette case, je me suis dit qu’on était libre de tout faire et bizarrement, je n’y avais jamais vraiment pensé. C’est quelque chose qu’on n'avait jamais fait avant. Donc, ça nous excite."

Le duo qui prévoyait de faire son grand retour au printemps a repoussé la sortie de ce disque à la rentrée à cause de la pandémie de Covid-19. Comme beaucoup d’artistes, il devra revoir la façon de présenter ses chansons sur scène et imagine mal faire face à une audience assise et masquée. Au moment où on les rencontrait, rien n’était définitivement écrit. Seule l’envie de retrouver la scène se faisait bel et bien sentir.

AaRON Anatomy of light (Birds in the Storm / Kid 74) 2020
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