Marie Davidson, de la techno solo à la chanson en trio

Pochette de l'album "Renegade Breakdown" de Marie Davidson © DR

Artiste ayant écumé les clubs de la planète, la Québécoise Marie Davidson abandonne l’electro expérimentale qui a fait son succès pour un album de chansons avec ses deux acolytes de l’Œil Nu, intitulé Renegade Breakdown.

Fin août 2019, un post Instagram sonnait comme des adieux : "Le jour est venu pour moi de quitter la scène des clubs pour explorer de nouveaux horizons." expliquait la musicienne Marie Davidson, mettant fin à sa carrière solo. Depuis Montréal, elle raconte : "J’étais épuisée par les voyages et les concerts seule. C’était le prix à payer du succès, mais je n’y trouvais aucun plaisir. Et cette 'culture des aéroports' a eu un réel impact sur mon humeur : se retrouver seule avec tout mon matériel dans cette fausse ambiance de détente dans ces temples bruyants de la consommation."

La pochette de son dernier album, Renegade Breakdown, suggère les conflits intérieurs de la musicienne, tiraillée entre deux silhouettes, la rebelle et la perfectionniste. Marie a baigné dans le jazz que son père écoutait. C’est son premier amour dit-elle. Le suivant est sans aucun doute le groupe Fleetwood Mac qu’elle écoute encore aujourd’hui.

Techno

Après avoir appris le violon enfant, Marie veut devenir comédienne. Mais elle arrête vite ses études à 19 ans pour se lancer dans la musique. "Je l’ai fait de façon expérimentale et autodidacte. J’avais un boulot alimentaire de serveuse à côté, j’étais persuadée que je retournerais un jour à l’école." Au lieu de cela, la jeune Québécoise crée en 2006 son premier groupe, les Momies de Palerme, un duo avec Xarah Dion. Voix trafiquées, violon passé par des pédales d’effets… une musique artisanale et contemplative qui passe alors un peu inaperçue.

Marie Davidson rencontre Pierre Guérineau, un Français expatrié à Montréal, avec lequel elle donne naissance à Essaie Pas, un trio devenu duo porté sur un blues-rock psychédélique de plus en plus électronique. Après le projet DKMD avec David Khristian, Marie Davidson saute le pas de l’électro en duo avec Ginger Breaker sous le nom de Sleazy, une techno-punk destinée à faire danser les foules dans les hangars.

En solo, sa musique assimile des sonorités synth-pop, EBM, ambient ou techno, sur lesquelles elle pose des paroles souvent scandées en anglais ou en français, aux limites de l’intime. Des atmosphères souvent plus sombres et expérimentales que joyeuses et dansantes.

Travailler

Depuis son titre electro-robotique Excès de vitesse (2015), le succès a été grandissant pour Marie Davidson, qui multiplie les concerts en solo avec machines et micro, jusqu’à l’épuisement. En 2016 déjà, son album Adieux au dancefloor semblait augurer de son revirement. Un trait sur des années de fêtes et de drogues, marquées par le remix de Work it signé du duo belge Soulwax, qui devient rapidement un tube en 2019 ("Work, work it/ Work, work to be a winner"). Mais ce que beaucoup prennent pour un hymne au travail est en fait un questionnement et un appel à travailler… sur soi.

Après avoir exploré rythmes et textures sonores, la musicienne se tourne vers la chanson avec Pierre Guérineau (devenu son mari) et Asaël R. Robitaille. Le premier est autodidacte et ingénieur du son, le second vient du jazz. Marie a composé la plupart des paroles et des mélodies.

Il en ressort une multitude d’influences (disco, rock, variété…) réunies autour de la voix de la chanteuse et d’une structure pop couplet-refrain. C’est donc reparti pour de nouvelles aventures musicales et peut-être quelques escales en aéroports, mais cette fois-ci en bande.

Marie Davidson et l’Œil Nu Renegade Breakdown (Ninja Tune/Pias) 2020
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