L’invitation au voyage d’Antoine Villoutreix

L'auteur-compositeur Antoine Villoutreix nous invite à la "Promenade", son nouvel album. © Chloé Desnoyers

Quatre ans après Paris-Berlin qui célébrait son amour pour ces deux villes, l’auteur-compositeur Antoine Villoutreix élargit ses paysages à l’Europe, et nous invite pour une Promenade. Un disque poétique et sensible, d’une fraîcheur vivifiante.

Il y a de curieux -et heureux- hasards en musique : Antoine Villoutreix nous raconte avoir terminé l’enregistrement de son troisième album quelques mois avant que la pandémie ne vienne mettre le monde au repos. Et pourtant il n’est question que de balades, de voyages, et de contemplations dans cette Promenade. Une bouffée d’oxygène, fruit de ses rencontres avec des musiciens de tous horizons, qui invite à rêver aussi bien des grands espaces américains sur une vertigineuse Falaise que des rues de Berlin dans Auf Deinen Straße que le chanteur- qui vit dans la capitale allemande depuis 15 ans- interprète en allemand.

Mais c’est en français et avec la célébration d’un Jardin municipal que le disque s’ouvre. Un morceau pétillant, qui swingue beaucoup et rappelle la gaité du Jardin extraordinaire de Charles Trenet. Lorsqu’on lui demande si le "grand Charles", comme on disait autrefois, est une influence, Antoine Villoutreix sourit, humblement flatté, et nous explique qu’il aime beaucoup Trenet. Une découverte plus tardive que celle de Georges Brassens (dont on retrouve l’inspiration sur Regenschirm (Parapluie) qui parle d’un couple marchant sous la pluie) Jacques Brel et Serge Gainsbourg que ses parents écoutaient beaucoup. Il a appris en écoutant ces chanteurs l’art de la versification, qu’il chante gaiement, accompagné au piano sur Le Docteur en rime. Il y sollicite, avec humour, un médecin pour retrouver l’inspiration: "J’ai mal aux quatrains, aux sonnets et aux pieds" mais "le podologue dit qu’il ne peut rien me prescrire en alexandrins".

Un chanteur européen

Et lorsque le moral est bas c’est avec une petite formule, "Ça ira mieux demain", une trompette et un banjo, qu’Antoine Villoutreix, de sa voix chaleureuse et grave, invite à retrouver le moral dans "la tempête du quotidien". Un banjo que l’on retrouve sur Old Town, qui rappelle les musiques des films de cow-boys. Même ambiance sur La Falaise, à la musique aussi rythmée que le trot d’un cheval, où le chanteur raconte se tenir  "devant l’horizon qui appelle à rêver. Les nuages à portée de main on s’imagine des lendemains incertains". Sans inquiétude.  Country toujours avec le très entraînant Wainting for a sign.

Car cet amoureux de Berlin se revendique volontiers comme un "chanteur européen", nous dit-il. Une Promenade en témoigne. Il y chante des chansons en français, en allemand (Die Wellen, Emotionen), en anglais (Old Town, Waiting for a sign) et en italien comme le très dansant Che Posso fare (Qu’est-ce-que je peux faire ?). Cette dernière, nous explique-il, est un hommage "à l’Italie, à la Toscane et aux rencontres amicales et musicales" qu’il y a fait.

Les voyages sont aussi ceux des autres dans Le Capitaine. Une belle balade, qu’il nous confie avoir créée "dans une sorte d’écriture automatique, sans penser à quelqu’un en particulier". Il y est question d’un capitaine de bateau, pilier de bar qui "savait très bien se mettre en scène" et tenir ses auditeurs en haleine au café où ils l’écoutaient. Une chanson qui salue la mémoire de ceux qui ne semblent vivre que pour être des phares dans les rêves des autres et qui disparaissent sans prévenir.

Solitudes

Mais les voyages peuvent aussi être immobiles. C’est le cas de Gris, chanson mélancolique et entêtante dans laquelle Antoine Viloutrex chante la solitude d’un "humain abandonné" qui contemple dans le silence d’une quiétude automnale, par la fenêtre, "quelques nuages qui glissent doucement. Et sur les toits les tuiles bien ordonnées penchent dangereusement". Cette chanson c’est, nous explique-t-il, "la solitude de l’artiste et, de manière générale, celle des gens qui vivent seuls et travaillent en 'free-lance'Ce n’est pas tous les jours qu’il se passe quelque chose."

Un autre voyage immobile dans La chambre, qui raconte les craintes et la solitude d’une personne âgée en maison de retraite, seul devant sa télévision. «Et c’est la mort dans l’âme/ que je feuillette le guide des programmes", chante Antoine Viloutreix, se mettant dans la peau du vieux monsieur. Un titre inspiré par son grand-père, nous confie-t-il. Le vieil homme y rêve de pouvoir retourner dans la forêt qu’il voit, lui aussi, depuis sa fenêtre.

Toute une Promenade suggère de prendre cette hauteur, cette dose d’espoir. Y compris dans Le Vacarme, invitation pleine d’élégance à la résilience, accompagnée d’une guitare électrique sensible. Antoine Viloutreix s’essayant décidément avec autant de succès et de passion à tous les genres, Die Wellen (Les Vagues), qui clôt Promenade, mélange les bruits de la mer et une musique vaguement électro pour chanter les vagues et leur entêtante puissance.  

Antoine Villoutreix Promenade (Sungrove Records) 2021

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