Lilly Wood and the Prick, monstre à deux têtes

Lilly Wood and The Prick publie un 4e album intitulé "Most Anything". © Nili Hadida et Benjamin Cotto

Après le succès du remix Prayer in C, Nili Hadida et Benjamin Cotto ont fait une pause avant leur 4e album signé Lilly Wood and the Prick, Most Anything. Retour sur ce tube qui les a un peu dépassés et sur leur nouvel opus. 

RFI musique : Entre cet album et le précédent (Shadows), presque six ans se sont écoulés. Vous en avez profité pour mener des carrières solo… 
Nili : C’était une tentative. Cet album solo, publié en 2018, j’avais besoin de le faire, il est sans compromis et plus personnel que ce que nous créons en duo. Je ne voulais écouter personne, peut-être comme un caprice ! (rires)  
Benjamin : Je me suis mis un peu plus tard à la création d’un album en solo, il sortira prochainement. C’est l’occasion de m’exprimer pour la première fois par le chant, de montrer une seule facette alors que Lilly Wood and the Prick est un monstre à deux têtes ! (rires) 
Nili : Cette pause nous a permis de digérer 10 années de tournées et d’albums. Nous avons été collés l’un à l’autre de 20 à 30 ans presque tous les jours. Nous avions besoin de ce moment pour mieux repartir ensemble. 

Votre chanson Prayer in C, remixée par Robin Schulz, s’est vendue à plus 3,5 millions d’exemplaires. C’est aussi le second titre le plus recherché de tous les temps sur Shazam… Ce succès vous a-t-il permis de faire cette pause ? 
Nili : Je dirais plutôt qu’à cause de ce succès, nous avions besoin de faire une pause.  
Benjamin : C’était difficile de s’arrêter à ce moment-là car tout le monde attendait que nous fassions exactement la même chose. Heureusement, ce succès n’est pas arrivé au début de notre carrière et nous en avions connus d’autres auparavant. Cela nous ouvert des portes pour tourner à l’étranger, notamment aux États-Unis. 
Nili : On s’est sentis un peu dépossédés de notre musique car ce remix n’est pas représentatif de ce que nous faisons. Cela brouillait notre identité de musiciens, d’autant que le titre a été modifié et qu’il a été diffusé partout. Ce remix qu’on entendait tout le temps, ça m’agaçait ! Il y a eu comme une forme de snobisme de ma part. Par esprit de contradiction, j’étais un peu négative, je n’ai alors pas mesuré la chance que nous avions.  

Le précédent album avait été, pour partie, créé au Mali. Pour celui-ci avez-vous eu envie de vous isoler à nouveau ? 
Benjamin : En juillet 2019, nous sommes partis durant 15 jours en Vendée pour écrire ensemble. Nous avons reproduit ce processus deux autres fois avant d’entrer en studio. 
Nili : Nous isoler nous permet d’être comme dans une bulle, sans aucune pollution extérieure. Nous nous imprégnons aussi des endroits où nous sommes, des rencontres que nous y faisons. C’est un endroit qui nous change du quotidien, un terrain neutre qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre. 

La pandémie de Covid a-t-elle influencé la création de cet album ? 
Benjamin : Oui, cela a ralenti les choses, mais nous a permis de prendre plus de temps, notamment lors de l’enregistrement. 
Nili : Nous avons forcément été touchés émotionnellement par les conséquences de cette pandémie, mais nous n’avons pas écrit sur ce sujet. Cela viendra peut-être plus tard…  

Quelles étaient vos envies pour ce quatrième opus ? 
Benjamin : On voulait revenir à notre première façon de faire : écrire une chanson qui fonctionne juste en guitare-voix ou en piano-voix.   
Nili : Au Mali, nous avions fait venir plein de musiciens, nous étions le nez dans des logiciels d’enregistrement, avant de nous concentrer sur les chansons.  

Cet album verse autant dans les chansons contemplatives que dansantes… 
Benjamin : Nous avons toujours aimé changer d’humeur ou de décor dans nos chansons. La pop est un genre décomplexé qui permet un large spectre d’influences, de possibilités ou de couleurs. Nous sommes pop. 
Nili : De ce point de vue, Most Anything ressemble beaucoup à notre premier album avec ce côté patchwork. 

Quels sont vos premiers émois musicaux ? 
Benjamin : Ils datent des années 1990 puisque nous sommes nés dans les années 1980. 
Nili : J’écoutais Skyrock, le 113 ou Shola Ama… 
Benjamin : Skyrock et Radio FG avec les DJ électro, les Red Hot Chili Peppers… 

Quel est le sujet de la chanson You want my money ? 
Nili : C’est plus une constatation qu’une protestation, car on se regarde aussi dans le miroir. Nous y évoquons la surconsommation et notre rapport à notre propre image. Notre attention et notre porte-monnaie sont constamment sollicités, notre ego est toujours sur le qui-vive. 

Lilly Wood and the Prick Most Anything (Cinq 7/Wagram) 2021
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