Saint Michel, made in Versailles

Le nouvel album éponyme de Saint Michel. © Sales Gosses Records

S’il ne renie pas la ville qui l’inspire, Philippe Thuillier, aujourd’hui seul aux manettes de Saint Michel, se détache des musiques électroniques. Rencontre avec un jeune homme qui se livre désormais en français dans son 3e album eponyme. 

 

Le groupe a été la nouvelle sensation électro-pop de Versailles, dans le sillage de Phoenix, Étienne de Crécy ou Air. Une étiquette un peu fourre-tout, comme celle de French touch, qui a été vite collée par les journalistes aux hérauts d’une nouvelle vague française de musiques électroniques. Originaire de la cité du Roi Soleil, Saint Michel en a fait partie, dès la parution de son premier album, Making Love & Climbing, en 2013. 

Il existe peut-être un point commun à ces artistes versaillais : le temps, voire l’ennui (que rappait le Klub des Loosers). Philippe Thuillier le confirme : "C’est une ville où il y a du temps, de l’espace et une lumière particulière. Il y règne une quiétude, qui peut provoquer un certain ennui, d’autant que les endroits où jouer de la musique y sont rares. Mais c’est une cité inspirante, entourée par des parcs et des bois, un peu comme Central Park à New York, avec la moitié de sa surface d'espaces verts ou naturels." Si bien qu’il a même décidé de quitter Paris pour retrouver Versailles où il avait passé une partie de son enfance. 

Enregistrement

Rapidement, le jeune Philippe n’a pas voulu faire comme les autres, ne pas être à la place où on l’attendait. Son père, militaire, joue du piano. Le gamin pianote. À 12 ans, lorsque ses parents se séparent, sa mère lui achète une guitare, mais il abandonne vite les cours particuliers, trop classiques, pour pratiquer en autodidacte en s’exerçant sur The Doors ou Nirvana. L’autre grande découverte, avant même la musique, c’est la magie de l’enregistrement. Sans doute grâce au lecteur cassette pour enfant FisherPrice. 

Afin de ne pas trop brusquer sa famille, Philippe s’engage dans des études d’ingénieur du son, avec le secret espoir de vivre de la musique. Après les traditionnels groupes de rock au lycée, il se lance avec d’autres dans un ambitieux projet pop rock façon Radiohead, intitulé Milestone.

Mais leurs mélodies ne rencontrent pas le succès. Émile Laroche est le dernier guitariste à rejoindre la bande, il sera le premier à rejoindre l’aventure Saint Michel. "Milestone n’intéressait pas les maisons de disques. J’ai fait écouter à l’une d’entre elles quelques boucles réalisées avec Émile, un responsable a flashé sur ces sons. Cela n’avait aucun sens, mais la musique est une histoire de goût et de tendances…" 

Succès 

Les deux musiciens ont deux mois pour finir un maxi de quelques titres. Ils ne s’y mettront qu’au dernier moment, enfermés une semaine entière dans le studio où Philippe travaille comme ingé-son. Le duo Saint Michel est né. "Tout s’est enchaîné très vite. La maison de disques nous a envoyé enregistrer dans un énorme studio, nous avons reçu les conseils de mixage de Chab qui a effectué le mastering des Daft Punk, nous avons rencontré Alex Gopher…" Les deux musiciens décrochent aussi la musique d’une scène de fête de La Vérité si je mens 3. Les interviews et les concerts se succèdent.  

Mais le succès donne de (mauvaises) idées à la maison de disque qui veut transformer le son du duo en une pop commerciale à l’américaine. "Cela ne nous rendait pas heureux et ça a un peu tué notre relation avec Émile. Sans renier le second album, que j’ai fait tout seul, le troisième, au titre éponyme Saint Michel, est un peu comme un premier disque. J’ai souhaité revenir à quelque chose de plus naturel et plus sincère" explique Philippe Thuillier. 

Mise à nu

Après The Two of Us (2018), c’est donc aussi en solo que Philippe a créé ce troisième opus, dans son appartement versaillais durant les confinements de 2020 et 2021, avant d’y enregistrer, sous les toits, dans la chaleur de l’été. Son voisin est passé jouer du cor anglais. Un guitariste et un saxophoniste ont ajouté leurs mélopées.  

 

Comme l’annonce le titre Je chante en français, les paroles ne sont désormais plus en anglais, mais dans la langue de Molière, ce qui renforce la mise à nu et une certaine mélancolie, que le musicien versaillais a tiré de sa vie amoureuse et familiale.  

Adieu la pop électronique, ce troisième album analogique et acoustique sonne pop-rock, avec les influences des années 70 ou de Christophe. Une sorte de retour aux premières amours musicales de Philippe, quitte à déstabiliser ses premiers fans. Encore une étiquette de laquelle il est difficile de se défaire.   

Saint Michel Saint Michel (Sales Gosses Records) 2022
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