Temenik Electric : "Little Hammam", intime et collectif

Temenik Electric © RXL / Ephelide

Little Hammam, troisième album des Marseillais de Temenik Electric, nettoie les pores de la peau et raffermit les liens entre rock et langue arabe.

"L’album devait sortir à l’automne 2020, tout était prêt" rétropédale Mehdi Haddjeri, le chanteur et guitariste de Temenik Electric avant de constater que sur la planète Mars, comme partout ailleurs, la Covid est venue bousculer un planning parfait. Il évoque dans la foulée les deux premiers albums du groupe marseillais : Ouesh Hada (2013) et Inch Allah Baby (2015) et remonte même jusqu’à la naissance du groupe il y a une dizaine d’années avec, à ses côtés, Jérôme Bernaudon qui tient aujourd’hui encore la basse.

Pour autant, les cinq musiciens de Temenik Electric n’ont pas arrêté de répéter : "deux fois par semaine, une fois en petit comité et une tous ensemble" précise Mehdi Haddjeri au sortir d’une résidence d’une semaine à Paloma (Nîmes), afin de fignoler le live en vue de leur concert marseillais de sortie d’album(*). "Nous avons toujours pensé que le disque et le live devaient sonner différemment. C’est encore plus vrai pour celui-ci au regard du délai entre les deux actes", avoue l’auteur-compositeur et interprète de cet album aux sonorités pop-rock-électro et au titre énigmatique : Little Hammam.  

Le point de départ

"Little Hammam, c’est une ville dans la ville comme il existe Little Italy à New-York, par exemple. Un endroit où tu es bien, un endroit où tu peux te raconter, dire des choses plus intimes, des choses qui peuvent parler à tout le monde" distille le chanteur aux cheveux et à la barbe noir de jais. "Tout est parti du titre. Ça a été le déclencheur tant pour les musiques, une quinzaine composée et maquettée, que pour les textes" relate-t-il.

"J’écris en français, parce que je suis français et que je pense en français" précise celui qui confie à sa mère et parfois à une de ses sœurs, la charge de les traduire en arabe dialectal. "Comme la langue anglaise, la langue arabe est plus directe que le français. Ça “matche” bien avec l’écriture rock" analyse-t-il avant de revenir sur ces moments privilégiés entre sa mère et lui, petit dernier d’une grande fratrie. "Au fil de nos conversations que j’ai pris l’habitude d’enregistrer, je me suis rendu compte que son histoire - elle est arrivée en 1954 et a aujourd’hui une quarantaine de petits enfants - recouvrait l’Histoire de France, qu’elles se chevauchaient. J’ai alors saisi qu’il était possible de raconter des histoires personnelles qui ne sont pas forcément les miennes, mais qui touchent tout le monde. De passer de l’intime à l’universel !"

"Chevalier des Arts et des Lettres, ok, mais n’oublie pas de descendre la poubelle !"

Cette phrase est un extrait d’une de ses séances qu’il glisse sur une musique en toute fin d’album. "Je venais de lui annoncer que j’allais être promu Chevalier des Arts et des Lettres et la conviais à la cérémonie. Ma mère, c’est la championne de la vanne. Elle n’a pas pu s’empêcher, par amour, de se moquer de moi. J’ai gardé tout ce qui n’est pas trop personnel." Sur scène, ce Chevalier ouvrira le show.

A l’écoute des 11 titres de cet album ou du show à venir, on piste les influences de Mehdi au cœur des sillons des albums de U2 ou de Neil Young, des sillons qu’il creuse, retourne et dans lesquels fleurissent cette dizaine de chansons arrangées avec le groupe. "J’aimerais un jour composer un titre épuré, juste guitare et voix. Un titre qui se suffirait à lui-même comme une évidence" confie-t-il comme s’il s’agissait du Graal.

Ni ange, ni démon

En attendant, le guitariste et chanteur ouvre l’album par M’cha O Jet. Il y parle d’un rendez-vous manqué entre un de ses frères et sa fille, un rendez-vous qu’ils n’auront jamais, mais qui est en lui à jamais. "Elle est née un peu après son décès, redonnant du sens à la vie" confie-t-il avec pudeur en écho à ce titre où les cordes de la mandole et des violons conversent à bas bruit, comme un murmure impose le silence et l’écoute. Ce sens de la vie, cet optimisme, ces jours meilleurs qu’il espère et chante, structurent le chanteur et son album. Il le sait, il n’est ni ange, ni démon.

Bilan introspectif, ce Manich Maleik fait office de premier single, clippé par le réalisateur marseillais Sylvain Morjane. "Souvent, on stigmatise des personnes pour leurs agissements, mais qu’a-t-on fait, nous, pour qu’ils puissent agir autrement ?" interroge le Marseillais. Ses propos, déterminés et responsables, nous renvoient à nos propres doutes et à nos choix.

Erlesh Jeou évoque l’exil et toutes les questions qui taraudent ceux qui ont tout quitté pour tenter de vivre mieux. Là encore la musique, les riffs de guitare épousent les inflexions de sa pensée quand gronde la rage du questionnement, du doute. Le groupe est au service de la musique, chacun contribue à la lisibilité du propos plus pop que punk : "demain dépend de nous" affirme avec constance et conviction Mehdi Haddjeri qui a pour habitude d’apostropher ainsi son public au micro : "On va se revoir, c’est sûr !"

(*) Le 11 février à l’Espace Julien avec le trio De La Crau qui célèbrera lui la sortie de Temperi, son propre album. Concert gratuit, réservation obligatoire sur www.espace-julien.com

Temenik Electric Little Hammam (Nomad’ Café Production) 2022

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