Le dancehall millimétré et fédérateur de Blaiz Fayah

Blaiz Fayah. © Franck Blanquin

Révélé par une poignée de chansons qui ont circulé à travers la planète depuis quelques années, le Français Blaiz Fayah fait sensation sur la scène dancehall qu’il alimente de ses productions peaufinées dans le studio familial. De retour d’Amérique latine et tout juste programmé pour la prochaine édition du festival Solidays, le chanteur au parcours plus long qu’on ne l’imagine est à l’affiche de l’édition 2022 du Printemps de Bourges.

Pas un endroit où on ne le demande en photo. Partout, sa seule présence fait instantanément grimper la température : il y a cinq semaines, lors de sa deuxième série de concerts au Costa Rica, Blaiz Fayah s’est rendu compte qu’il avait franchi là-bas une nouvelle étape en termes de notoriété. Idem au Chili et en Colombie, où les premières notes de ses chansons suffisent à faire réagir le public.

"À vivre, c’est agréable", commente-t-il sagement. "Avant, les gens connaissaient mes sons, mais pas ma tête. J’ai plus vendu ma musique que mon image, même si maintenant j’essaie d’y remédier", explique le jeune trentenaire qui cherche à conserver un flou relatif sur son âge exact, pour ne pas risquer d’être vu dans quelques années comme "le vieux qui chante en boîte de nuit", et préfère être appelé par son nom d’artiste pour préserver sa vie personnelle.

L’homme connaît les codes et sait le succès fragile, dans cet "océan de propositions musicales" qui engloutit la planète et en particulier dans son secteur où la concurrence est particulièrement vive : "Ce sont des musiques de club. Ça va très vite. Si on s’oublie, on s’éteint." L’auteur de Bad, son plus grand succès à ce jour avec plus de 30 millions de vues au compteur en un an (un score auquel on peut ajouter les neuf millions supplémentaires du remix signé Buskilaz), avait d’ailleurs raccroché depuis quelques mois quand le vent a enfin tourné en sa faveur en 2018.

La Route est longue, son premier album cinq ans plus tôt, avait tout du titre prémonitoire. Un projet aux couleurs reggae plutôt conventionnelles, séduisant sur le plan de la production, mais que Blaiz juge avec sévérité, à l’aune de ses connaissances et de son expérience acquises depuis. Flop total. Il rejoint son frère à Londres, et comprend qu’il lui serait utile d’abandonner le français pour ses textes : "Au début, c’était très scolaire. J’ai fait entre vingt-cinq et trente titres avant d’avoir un son qui soit potable en anglais."

Dans la boîte de nuit où il travaille, il teste la nouvelle direction dancehall de son répertoire, mais la frustration de ne pas voir l’horizon se dégager finit par le gagner. Il manquait encore un élément pour "trouver la brèche" et s’engouffrer dedans. Après quelques essais, le chanteur met au point la bonne formule sur une ultime tentative : "Call the police when she wine" (appelle la police quand elle bouge ses fesses, NDR), lance-t-il d’une voix soudain devenue grave. Effet garanti.

Résolument festif

Cette faculté à multiplier les rôles au micro ouvre le champ des possibles à celui qui reconnaît "s’ennuyer assez vite" et aime "mettre du relief" dans ce qu’il fait. Le gimmick devient une des clés majeures de son identité artistique, dans la lignée des combinaisons qui ont fait le succès de nombreux Jamaïcains : Chaka Demus & Pliers, Shaggy... Pour Blaiz, l’influence a pour titre Love Dem Bad, de Buju Banton en duo avec Red Rat, "l’une des plus grosses voix de Kingston avec la plus petite".

Son créneau ? Résolument festif, quitte à paraître en rupture avec la philosophie critique de Bling Bling, sur son premier album. "Les gens ont trop de problèmes pour que je leur en amène d’autres. Donc on appuie sur play, on s’éclate, mais ça reste solide", indique-t-il. En studio, il passe des heures à faire, défaire, refaire. "Je ne suis jamais satisfait", confie l’artiste exigeant, qui raconte avoir "mangé avec la musique toute sa vie" – son père, le saxophoniste Bruno Ribera, a collaboré entre autres avec Kassav’, Johnny Hallyday ou encore Michel Sardou.

Lorsque Call The Police et Best Gyal rencontrent un succès frémissant, Blaiz commence alors à occuper le terrain avec régularité, sort des titres comme on sème des graines sans savoir laquelle germera. "Parce que j’aime ça, plus que par stratégie", assure-t-il. De quoi constituer une discographie déjà imposante, de compilations et autres mixtapes. "Aujourd’hui, je ne prends plus de risques. J’ai essayé et j’ai compris. Je sais où je suis efficace. Je ne vais pas faire du Tory Lanez ou du PNL même si j’aime ça", poursuit le chanteur.

Pour satisfaire ses envies créatrices, sans se brider, il s’est mis depuis quatre ans au service de la jeune chanteuse française d’origine capverdienne Andreia, Talent RFI dont le premier mini-album Nha Mundo est récemment paru. "Ça me permet d’avoir un équilibre", résume-t-il. Une association à bénéfices réciproques.

Blaiz Fayah Mad Ting 2 (Blaiz Fayah) 2021 

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