Kaaris, le bruit de son âme

Alors qu'il a cartonné avec "Or noir" en 2013, Kaaris revient avec sa suite : "Or noir 3". © FIFOU

Fort d'un album, Or noir, qui rencontra un grand succès en 2013, le rappeur Kaaris, initiateur en France du style trap, poursuit sa route et revient avec Or noir 3 quelques mois seulement après ses démêlés avec Booba. Revue de détail.

Dangereux pari pour un artiste que de se référer à son œuvre la plus populaire en lui donnant une suite. Eminem a pris des coups pour avoir appelé son album de 2013 The MMLP2 (The Marshall Mathers LP 2). Mais Kaaris ose tout, y compris un troisième volume de cet Or noir qui reste l’opus le plus apprécié de sa carrière.

Laissons de côté le premier volume, qui fut un des initiateurs du style trap à la française, pour écouter sereinement ce cinquième album solo. Le titre Chien de la casse, produit par M. O. C. (également à la console pour Gun Salute et Tout était écrit), ouvre le bal avec du Kaaris classique.

Le "double rotor" multiplie les motifs d’autosatisfaction dans le plus pur style egotrip du meilleur aloi ("Dans la cabine, c’est minimum platine/ Je viens de Tatooine, accouché par une machine", "Pistolet Flobert, je suis vintage", "Je baise Gina sur le bureau de Tony"). Tout au long de cet album riche de 15 morceaux, on va naviguer entre ce rôle de surhomme fantasmé et le "vrai" Kaaris, Okou Gnakouri, Ivoirien orphelin de père peu après sa naissance qui débarque à Paris (avant Taverny et Sevran) à l’âge de trois ans.

Ainsi on imagine que c’est ce dernier qui parle quand il affirme "Ben ouais, j’étais triste à la mort de Kadhafi" dans Détails. Si on note quelques fulgurances plaisantes comme "Je vais faire jouir ma cellule à force d’y faire des va-et-vient" dans AieAieOuille qui évoque brièvement le regrettable incident d’Orly, les jeux de mots ne sont pas tous réussis : "L’anus porte conseil", dans Monsieur Météo, valait-il vraiment d’être répété 10 fois ? On pose la question.

Par contre, quand la formule est bonne, elle est excellente, comme quand il affirme "Le paradis n’est pas sur terre et y’a pas la clim’ en enfer" dans Livraison. On retrouve l’obsession des armes à feu de marques diverses (Kalachnikov, Tokarev, AK 47, Famas, les classiques) et une utilisation généreuse de l’autotune.

Le duo avec SCH, Cigarette, est une belle réussite. On y entend un SCH, libéré des trafics vocaux et qui n’avait pas été aussi intelligible depuis longtemps. "N’oublie pas qu’on fait du sale", réitère avec une certaine insistance le Double A sur Douane (et au cas où, il précise que "Faire du sale est un art" et, sur Ça on l’a, "On va faire ça salement"). Message reçu, loud and clear. Et pourtant, c’est quand il ralentit la cadence sur l’ultime piste Comme un refrain qu’on préfère Kaaris, 39 ans en ce mois de janvier, rappeur vulgaire, mais capable de nous faire entendre le bruit de son âme.

Kaaris Or Noir 3 (Def Jam France/Universal Music) 2019
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