Sinik, invincible et de retour

Quatre ans après l'album "Immortel II", le rappeur Sinik est de retour avec "Invincible". © Adrien Kremer

Si son nom évoque immanquablement les années 1990 et son amitié avec la rappeuse Diam’s, Sinik n’est pourtant jamais parti très loin du rap game. Après avoir été chroniqueur sportif à la radio et avoir ouvert son propre salon de tatouage, le voilà de retour avec Invincible, un disque solide et à l’ancienne avec quelques touches de modernité trap. L’occasion de discuter avec "Mals’1 l’assassin", un rappeur bientôt quadragénaire, mais qui a toujours gardé le sens de la formule et le goût de la narration rapologique.

RFI Musique : Alors, ce nouvel album, c’est un come-back ?
Sinik : Mon retour en 2019 est considéré par les médias comme un come-back et forcément, dès que tu reviens, c’est comme ça que les gens te voient, mais pour moi, dans la démarche, ça n’est pas du tout ça. Tout s’est fait progressivement : j’ai sorti un EP digital, Drone, en 2017, parce qu’il y avait toujours un gros soutien même si je m’étais arrêté. Je voulais juste faire kiffer les gens et j’ai été surpris par les réactions à ce projet. J’ai fait une tournée dans toute la France et une mini tournée au Canada, durant lesquelles tout le monde me demandait un album. C’est le peuple qui m’a redonné envie, mais l’idée n’est pas de redevenir n°1 des ventes. Quoi qu’il arrive, tout ce qui viendra sera pris avec plaisir parce que c’est du bonus.

En 2016, vous déclariez "Le train est passé, je n’ai pas honte de le dire"…
On peut être dans un état d’esprit en 2016 et avoir complètement changé trois ans plus tard, pour plein de raisons. Je venais d’ouvrir mon salon de tatouage, dans le XIVe arrondissement de Paris. J’y étais tous les jours, je n’étais pas du tout en mode "musique".

En fait si on regarde votre discographie, vous n'êtes jamais parti plus de deux ou trois ans…
Tout a changé. Aujourd’hui, dans la musique, deux ans, c’est une éternité. Certains font six albums en deux ans !

Il n’y a que deux featurings sur ton nouvel album Invincible : le rappeur québécois Souldia sur Bousillé et le jeune Rémy sur Enfants terribles. Comment s'est faite la rencontre ?
Souldia, je l’ai rencontré avec son équipe de producteurs, Farfadet Beats, lors de ma tournée canadienne. Rémy était géré par l’équipe à Mac Tyer, que je connaissais déjà bien, et c’était un gage de qualité. J’ai suivi les "Rémynem", les freestyles qu’il a lâchés. Et pour moi, c’était évident. Dans la nouvelle génération, il n’y a pas beaucoup de gens avec qui je me voyais bosser, et lui, il a tout : la modernité dans le flow et la maîtrise de l’autotune. En plus il kicke, il dit de vraies choses. On sent qu’il a du vécu aussi. J’ai un peu l’impression de me voir à son âge.

Votre style a toujours été assez sombre…
J’ai grandi avec Mobb Deep, MOP, des ambiances assez hard. En vrai, je ne sais pas faire le reste, je n’ai jamais été un rappeur aux gros tubes radio. Les BPMs rapides, ça n’est pas mon truc. De temps en temps, je mets des petites variantes, mais le "dark", c’est ce que je fais le mieux.

Sur ce nouvel album, tu as un morceau comme Mitraillette qui va vers la trap, mais tu restes fidèle à ton style années 1990. C’est dur de choisir ?
C’est le problème qui se pose pour tous les rappeurs qui ont commencé avant la trap : faut-il rester sur son style d’époque, mais avec un public qui se fait rare, ou aller vers un nouveau public, quitte à perdre celui qui est le tien ? C’est l’éternel dilemme. Moi, j’ai choisi de faire ce que je savais faire, mais j’aime bien montrer que je sais faire de la trap. Même si je ne me vois pas faire un album uniquement dans ce style.

Il y a plus de dix ans, tu rappais souvent avec Diam's. Il y a eu un projet d’album en duo, je crois ?
Oui, on avait même commencé à l’enregistrer, mais ça a capoté, car des gens du business ne voulaient pas que ça se fasse. On avait déjà sept ou huit morceaux. C’est le côté dégueulasse de ce métier qui a fait qu’on n’a pas pu aller jusqu’au bout. Comme elle vendait des millions et que nous on n’était "que" à 300 000, des gens ont estimé qu’elle nous donnait plus de force… Bref, histoires de contrats, d’image, de choses que les artistes ne maîtrisent plus, mais qui stoppent un projet. On n’entendra jamais ces morceaux, ils sont enterrés. C’est dommage, mais c’est le business qui est comme ça.

Tu penses quoi de l’évolution du rap français vers un modèle plus ouvert et plus commercial, avec beaucoup de refrains chantés et de hits populaires ?
On a franchi quelques étapes et ça, c’est plutôt positif. On n’est plus une musique confidentielle de voyous qu’on n’appelle que quand il y a des émeutes en banlieue. Ça n’est pas encore tout à fait ça, mais on commence à être considérés à notre juste valeur. Quand tu vois des Gims, Nekfeu, Jul qui vendent et qui sont au top, bien plus que les artistes de variétés, c’était logique que les portes s’ouvrent. Après, l’évolution musicale… Quand j’entends des mecs fredonner à l’autotune, en toute honnêteté, je suis moins fan, je ne suis pas de cette école.

Tu penses encore qu'aujourd’hui, le rap doit défendre des causes, parler de politique ?
C’est pertinent, mais je ne sais pas si c’est possible. Moi-même, en le faisant, j’ai bien conscience que ça n’est pas du tout la tendance. Aujourd’hui, il faut ambiancer. Je comprends que ça ait changé, mais c’est dommage qu’on ait perdu ce truc-là. Il y a encore des choses à dénoncer, il faut éduquer les petits frères. On a quand même un rôle à jouer, même s’il est minime. Il faut faire bouger les choses et ça n’est pas juste en faisant des tubes dansants qu’on pourra y arriver.

Sinik Invincible (Addictive Music) 2019
En concert le vendredi 3 mai à La Cigale (Paris)
Facebook / Twitter / Instagram