Billie Brelok, poésie et uppercut

La rappeuse franco-péruvienne Billie Brelok revient avec un double album intitulé "Gare de l'Ouest". © DR

Malgré ses tresses sages, on décelait déjà une certaine rage dans la voix et les mots de Billie Brelok quand elle clamait être une Bâtarde en 2014. Le clip était devenu viral. Après un premier EP plutôt artisanal et 3 vidéos brillantes, la jeune rappeuse franco-péruvienne de Nanterre revient avec un nouvel opus, un double album, baptisé Gare de l'Ouest. Sa poésie n’a rien perdu de sa puissance et de son urgence. Un uppercut.

Avec ses initiales B.B, Billie Brelok dessine un sillon vraiment à part dans le hip hop français. Et même "dans le hip hop français au féminin" pourrait-on dire, tant les filles y sont rares. Mais Billie Brelok fréquente trop les lettres pour se laisser emprisonner par des mots, fussent-ils à la mode : "engagée et féministe, ce sont des mots pour lesquels j’ai beaucoup d’estime. Pour moi, féministe, ça évoque l’émancipation, mais cette étiquette peut vite devenir les quatre murs dans lesquels tu te laisses enfermer… Parfois je me dis, que je suis juste un détail, que c’est surtout l’époque qui est féministe. Et je regarde ça avec un œil plutôt optimiste !" rétorque la miss, qui a préféré s’appeler Billie Brelok plutôt que Billie Boca par peur de l’interprétation que pourraient avoir les hommes de son nom de scène.

"Dans Billie Boca, j'aimais bien la référence au bilboquet parce que c’est un jeu d’adresse et de précision, et qu’il faut souvent s’y reprendre plusieurs fois avant de réussir. Et puis, ça ressemble à un micro, mais un ami m’a dissuadée de prendre ce nom…". Une référence trop phallique dans l’"ambiance testostéronée du hip hop encore très masculin il y a dix ans". Alors, Billie a préféré la référence aux "breloques", à "ces petits objets désuets, ces porte-bonheur, ou petits cadeaux qui nous parlent même si on ne se souvient pas toujours de qui nous les a offerts. Il peut y avoir des souvenirs ou des grandes histoires derrière ces petites choses, je trouve que ça me correspond bien" explique la jeune fille, qui a commencé sa carrière de rappeuse sur le tard, après avoir d’abord écrit pour le théâtre.

Billie avait pourtant découvert le hip hop avant l’adolescence, dans les fêtes de quartiers de Nanterre, là où elle a grandi, mais aussi bien sûr à la radio et dans les cours de récrés. Billie a débuté dans les soirées open mic de Nanterre où elle se lançait seule au micro. Aujourd’hui, elle est accompagnée d'un beatmaker (High C), d'un guitariste (Dan Amozig) et d'un bassiste (Gaye Sidibé). Mais c’est surtout un clip qui l'a fait connaître, en 2014, presque quatre ans après ses débuts. Avec sa gouaille percutante, sa poésie imagée et dense, elle y détournait ce qui est généralement vécu comme une insulte urbaine : "Bâtarde".

"Ce titre raconte le carrefour que je suis. Beaucoup de gens ont interprété cette chanson comme étant féministe, tant mieux. Mais au départ, c’était plutôt un clin d’œil à La Marseillaise, et à son allusion "au sang impur qui abreuve nos sillons". Moi, j’ai un sang impur, même si je ne sais pas bien ce que ça veut dire. Mais je peux dire que j’appartiens à cette génération qui a de plus en plus conscience d’être un point de rencontre d’histoires et de géographies. Mes parents sont Péruviens, immigrés en France, et ils sont issus de milieux sociaux très différents, l’un plutôt bourgeois et l’autre vient d’un milieu populaire".

Ils auraient pu choisir l’Espagne ou les États-Unis pour leurs études comme de nombreux Péruviens, mais "la France avait une histoire qui leur parlait, une histoire révolutionnaire qu’on enseigne au Pérou. Et ils sont arrivés pas très longtemps après mai 68" explique Billie, qui a grandi en écoutant la musique importée par ses parents. Des chansons latino-américaines qui racontent des histoires et des mythes révolutionnaires, comme celles de la Péruvienne Susana Baca, de l’Argentine Mercedes Sosa, de la Chilienne Violetta Parra, ou du Cubain Sylvio Rodriguez, ont aussi nourri Billie. Aujourd’hui, elle qui rappe plutôt en français, chante aussi en espagnol.

"Mes parents me parlaient les deux langues, mais les engueulades et les mots d’amour venaient plus naturellement en espagnol" concède-t-elle… Billie n’hésite pas non plus à chanter quelques mots en allemand sur son nouvel album, Gare de l’Ouest, sur lequel elle invite des comparses beatmaker ou rappeurs à la rejoindre.

Comme dans son premier disque, on est encore renversé par sa poésie, brûlante comme un coup de sirocco et ciselé comme une prose de Céline qui bouleverserait les idées reçues sur la mixité sociale et les histoires de migrations, sans la haine bien sûr. On se laisse tantôt porter par sa colère et tantôt caresser par son souffle d’espoir fragile. Un sentiment bâtard, là aussi ? En tout cas, une émotion certaine et l’envie de décortiquer ses vers pour découvrir leur histoire, au-delà de la fièvre.

Dans Biafine, sur son premier album, L’Embarras du choix, Billie fait référence à cette pommade qu’une monitrice de centre aéré donnait à tout le monde pour la moindre douleur. "Ça semblait être la solution à tout ! Jusqu’à ce que je me rende compte que la Biafine soigne uniquement les brûlures." Billie en a fait une chanson en forme de métaphore sur l’inefficacité des solutions standard… Une bonne pommade sonore sur des maux divers.

Billie Brelok Gare de l'Ouest (Vesu/L'Autre distribution) 2019
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