Les Louanges au 10e anniversaire du Festif!

Les Louanges sur la scène du Festif. © Marie-Hélène Mello/RFI

En à peine 10 ans, le Festif! est passé de 2 000 à près de 39 000 festivaliers. Retour sur cette édition anniversaire de l’événement musical qui, du 18 au 21 juillet 2019, a pris d’assaut Baie-Saint-Paul, un village de 7 500 habitants dans la région de Charlevoix au Québec. Et rencontre avec une des têtes d'affiche de cette édition, Les Louanges. 

Au Québec, l’été rime avec festivals de musique, et la province en compte des tonnes, pour tous les goûts. À l’opposé des festivals plus "anciens" et établis (comme le Festival d’été de Québec, les Francofolies ou le Festival de jazz de Montréal), il existe des événements plus "jeunes" qui proposent des formules de spectacle vraiment innovatrices et audacieuses, souvent à moindre coût.

Comme la plupart des artistes québécois passent l’été à tourner d’un festival à l’autre, les fans risquent de voir plus d’une fois un même artiste pendant la saison. Comment se distinguer alors, surtout lorsqu’on est un plus petit événement loin des grands centres ? Le Festif! a trouvé plusieurs réponses qui méritent que l’on s’y attarde.

Scènes inusitées et concerts surprises

Cette année, les têtes d’affiche du festival – Chromeo, Gogol Bordello et Les Trois accords – ont été très populaires : présentés sur la grande scène extérieure (la scène "traditionnelle" du Festif!), leurs spectacles affichaient complet. Mais en périphérie, toutes sortes d’événements originaux (souvent gratuits) étaient organisés, du midi jusqu’au petit matin.

Chaque avant-midi, les festivaliers pouvaient se rendre à la Scène du Quai, située à la marina de Baie-Saint-Paul : c’est là que des artistes comme Ariane Moffatt ou Tire le Coyote se produisaient dans un décor vraiment enchanteur. En après-midi, la nouvelle Scène flottante, inaugurée cette année, offrait un contexte de prestation encore plus inhabituel ! Ce ponton placé au milieu de la rivière a entre autres accueilli le quatuor rock-pop humoristique Bleu Jeans Bleu. Les musiciens étaient entourés de spectateurs installés dans des kayaks, le long du pont ou carrément dans l’eau, pour une baignade très salutaire en période de canicule aiguë. Un succès impressionnant !

Une autre innovation du festival est le Bus Festif!, qui balade dans le village un artiste et son public, dans un autobus transformé en piste de danse. Cette série gratuite ultra populaire a cette année permis de faire la fête avec le duo hip-hop féminin Heartstreets, le rappeur Robert Nelson, la chanteuse Sarahmée et la DJ Ryan Playground. Sans oublier la scène Garage du curé (un garage près de l’église), la scène Microbrasserie Charlevoix (un funérarium), un bar clandestin, une roulotte, quelques tentes, une scène "feu de camp" dans un camping (où nous avons eu la chance de voir Safia Nolin), et plusieurs autres types de lieux encore.

Une autre formule très populaire au Festif! est celle des concerts surprises, qui sont dévoilés une demi-heure en avance par le biais de notifications sur l’application mobile du festival. Ceux-ci peuvent se tenir en pleine rue (Bernard Adamus), sur le terrain d’une villageoise (Kevin Parent), sur une voiture (Marjo), à la marina (Guillaume Beauregard), ou même parmi le public entre deux concerts annoncés (fanfare Always Drinking Brass Band).

Encore une fois gratuits, ces shows font le bonheur des festivaliers qui ont la chance d’être disponibles et à proximité lorsque l’annonce est faite. Les événements mystères peuvent être livrés par des artistes déjà à l’affiche – en formation réduite, en mode acoustique, etc. – ou encore par d’autres qui sont de passage à Baie-Saint-Paul en tant que festivaliers.

La consécration de Les Louanges

Il est assez difficile à croire, en l’observant sur scène, que Vincent Roberge (alias Les Louanges) a lancé son tout premier album l’an dernier. Récoltant plusieurs prix majeurs, La nuit est une panthère a fait l’effet d’une bombe sur la scène québécoise, avec ses 14 morceaux qui combinent de façon inusitée ses influences pop, r'n'b, soul, hip hop ou jazz. C’est cet album en entier qu’il a interprété – avec énorme aisance – sur la plus grande scène du Festif!, en ouverture du festival jeudi dernier.

Le public connaissait par cœur les paroles de Westcott, de la chanson-titre de l’album, de Jupiter, Pitou et de DMs. C’était encore plus manifeste sur Tercel, le hit avec lequel il a terminé son concert, en laissant les festivaliers chanter pour lui. Un moment d’émotion pour ce chanteur-guitariste (et multi-instrumentiste formé en jazz) de 23 ans, qui, il y a très peu de temps, était encore inconnu du grand public.

Même si La nuit est une panthère est encore tout frais, Vincent a annoncé la parution cet automne d’un nouveau EP, dont il a donné un avant-goût au Festif! avec la chanson Attends-moi pas. Ne pouvant malheureusement pas offrir lui aussi un spectacle-surprise, car il s’envolait pour les Francofolies de Spa dès le lendemain, l’artiste nous a rencontrés au cœur du festival pour répondre à quelques questions.

Les Louanges : depuis sa parution en 2018, votre album se transforme-t-il au fil des spectacles ?
Il y a des gens qui pensent que le show va être un peu plus calme comme le disque, mais l’énergie est au top ! Il est évidemment encore tôt pour se réinventer complètement, et ça fait peu de temps que je suis vraiment satisfait de la formule en show… Sauf que j’ai récemment inséré une chanson de l’EP, et je trouve ça vraiment fun du point de vue créatif de jouer ce qui n’est pas encore sorti. C’est peut-être un peu cascadeur aussi ! (rires) Je fais aussi une chanson avec Qualité motel [groupe électro en prestation au Festif! tout juste après Les Louanges, sur la même scène].

Composez-vous en continu, malgré toutes les dates de tournée que vous faites depuis la sortie de l’album ?
J’ai peut-être un peu surestimé ma capacité de compartimenter ! (rires) C’est la première fois que j’ai un vrai "rush" de tournée. Je découvre, j’expérimente… En juin, je jouais au festival de Petite-Vallée [en Gaspésie, à 850 km de Montréal] et le lendemain, je déménageais. On apprend ! Je pense que j’ai besoin d’avoir du temps pour écrire. Quand je me pousse à bout, de nouvelles chansons sortent…

Quels sont les musiciens qui vous accompagnent ?
Le coréalisateur de l’album, mon bras droit qui fait presque office de grand frère, se nomme Félix Petit. Il est de Besançon et est arrivé en 2008 à Montréal. On est d’ailleurs allés jouer dans sa ville et c’était super ! En spectacle, il est saxophoniste, claviériste. C’est un peu mon garde-fou : j’arrive avec des chansons qui sont déjà très construites dans mon ordinateur, et il me propose des suggestions intéressantes. C’est très organique comme collaboration. Quand je n’arrive pas à prendre une décision, il se fâche presque et me pousse à essayer des choses. C’est à lui que j’ai donné carte blanche pour constituer mon band – ils gravitent tous autour d’un collectif de musiciens à Montréal, avec une approche un peu "DIY" et indépendante, qui ne fait pas de concessions. J’apprends beaucoup en travaillant avec eux. Je les appelle des "punks jazz" ! Je tiens à ce qu’on présente un show complet, qui est assez pop, mais avec des envolées beaucoup plus techniques, des solos, etc. C’est le contraire des shows de hip hop présentés avec seulement un laptop!

Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram du festival
Site officiel / FacebookInstagram de l'artiste Les Louanges