Hocus Pocus, une saison sur scène

Hocus Pocus © David Gallard/Clack

Ils font partie des groupes de rap qu’on voit le plus cet été dans les festivals français. Le collectif Hocus Pocus s’est reformé le temps d’une tournée, pas loin de neuf ans après que ses membres sont partis vers d’autres aventures. Avec leur hip hop mâtiné de jazz et de soul, ces garçons-là sont toujours emplis de bonnes vibrations. On a fait le point avec 20syl, à la veille de leur concert au festival de Carcassonne, dans le sud de la France.

La chaleur de la journée est tombée sur Carcassonne, ce jeudi 4 juillet. Le long du Canal du midi, le square André-Chénier accueille l’une des scènes du festival "off", une saison de concerts gratuits qui dure tout l’été. La gare est de l’autre côté du pont, mais Hocus Pocus, en pleine tournée des festivals, se déplace dans un "tour bus" qui le mène chaque soir de ville en ville.

Du premier concert, qui a eu lieu en juin sur l’île de la Réunion, jusqu’à l’automne, le groupe est à l’affiche de 21 festivals. Derrière Columbine ou les Belges Caballero & JeanJass, mais avec le même quota que Gringe ou Roméo Elvis, Hocus Pocus fait partie des groupes de rap que l’on voit le plus cet été dans les festivals français, selon le classement annuel des "squatteurs de festival" publié par le site Internet Sourdoreille. Une performance pour un groupe dont le dernier disque remonte à neuf ans et dont les membres ont été jusqu’ici occupés à autre chose.

Au cœur d’une nouvelle série de concerts, Sylvain Richard, alias 20syl, affiche la décontraction d’une force tranquille. "On a fait un concert à Nantes, à l’occasion de l’ouverture d’une expo qui avait lieu au château des Ducs de Bretagne, avec des musiciens de la ville, raconte le MC et leader d’Hocus Pocus. C’était l’occasion de rejouer ensemble, on a pris pas mal de plaisir à construire ce spectacle. On s’est dit : 'Tiens, pourquoi pas refaire une tournée...' Au début, on avait pensé faire des salles de concert et puis on s’est dit que le meilleur cadre, c’était l’été, les festivals. Cela permettait de ne pas se mettre de pression. C’est avant tout pour rejouer comme ça, parce que pour moi, l’écriture, ce n’est plus d’actualité. Je me suis plus tourné vers la composition et la production musicale." Selon toute vraisemblance, on ne verra donc pas de nouvel album d’Hocus Pocus.

Des puristes nourris de jazz et de soul

Avec son hip hop nourri de jazz et de soul, le groupe nantais a pourtant fait le bonheur de ceux qui aiment le rap pas trop énervé tout au long des années 2000. Jouant avec de vrais instruments comme les Américains de The Roots, il a creusé son sillon à l’écart des collectifs de la banlieue parisienne et de la planète Marseille.

Même pas si lointaine, cette époque semble à des millénaires, tant le rap a changé de visage en une quinzaine d’années. "Clairement, on est des extra-terrestres aux yeux de nouvelles générations qui n’ont écouté que des tempos 70 BPM et des voix autotunées, reconnaît 20syl. Moi, je suis très curieux de ce qui se passe et ça m’intéresse. Les rappeurs se sont affranchis de barrières entre les styles, qu’on s’imposait, nous, à l’époque. Fallait pas trop nous parler de techno, de rock, de r'n'b. On était un peu sectaires, hip hop new-yorkais et rien d’autre. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les beatmakers de hip hop sont des gens qui font autant de la techno, de l’électro, que des choses qui n’ont rien à voir... "

Hocus Pocus a célébré cette culture qu’il a découverte "en puriste", ne jurant "que par le jazz, la soul, le funk". Dans Hip-hop ?, il se moquait gentiment de l’évolution vestimentaire du genre, des looks très étudiés de Grandmaster flash au bling-bling actuel : "Hip-Hop ! Les diamants énormes sur les lobes / Bullshit ! Les tasses-pé qu'ont oublié leurs robes / J'suis pas convaincu mais au moins ça évolue / Un peu plus que leurs perfectos et leurs têtes velues / J'me dis qu'avec nos styles ridicules / Dans 10 ans on risque de s'marrer quand on s'reverra avec du r’cul."

Sous la plume de 20syl, le groupe a cultivé une bonne dose d’autodérision, et préféré cet humour détaché à une veine tout à fait "consciente". Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de revisiter J’ai le majeur qui me démange, ou dans une version reggae acoustique un Quitte à t’aimer avec lequel entre en résonance le "sort des réfugiés".

Dix personnes sur scène, pas de vidéos

Sur scène, Hocus Pocus a repris son histoire où elle s’est arrêtée, ni plus, ni moins. S’il revisite volontiers les arrangements de ses morceaux, le groupe joue la carte de la sobriété. On aurait pu penser que l’escapade de 20syl et de DJ Greem au sein du groupe de DJs C2C aurait apporté une touche plus électro, mais il n’en est rien.

Ce groupe très solide a gardé autour de 20syl les mêmes musiciens : DJ Greem aux platines, David Le Deunff à la guitare, Matthieu Lelièvre aux claviers, Hervé Godard à la basse, Antoine Saint-Jean à la batterie. Il s’appuie aussi sur un trio de cuivres, et invite chaque soir le très physique rappeur américain, Mr. J. Medeiros, aperçu avec AllttA et depuis longtemps dans le giron du label Onandon records (2), qui abrite tous les projets de la sphère Hocus Pocus.

La vidéo et les lumières qui faisaient partie intégrante des concerts de C2C, ont été réduites au minimum. Une tenture est posée en fond de scène, et le spectacle laisse surtout la place à la musique. Ce choix s’avère des plus pertinents, d’autant qu’Hocus Pocus ne manque pas de bonnes vibrations. Dix ans après, ses membres ont peut-être rangé leurs pantalons trop larges au placard, mais la magie opère. La prochaine étape pour 20syl ? Le retour en studio pour produire un disque en solo et puis la suite de C2C. Quant à une nouvelle série de concerts ? Pour l’instant, ce n’est pas prévu au programme.

Page Facebook / Twitter d'Hocus Pocus