Di#se, la note parfaite

Dièse © Vittorio Bettini

Il a pris date avec l'avenir. Sensation scénique du printemps et des festivals d'été, Di#se confirme les sérieuses attentes placées en lui avec Parfum. À seulement dix-huit ans, il s'envole donc avec un premier album de haute voltige, épatant, éclaté, hybride, ouvert à mille esthétiques. Le rap hexagonal tient son nouveau prodige.

Sa carte de visite est déjà remplie de tampons estampillés de la marque "largement approuvé". Partout où il passe, Di#se affole cœurs, jambes et cerveaux. Bourges a célébré son Printemps en lui décernant son prix du jury des iNOUïS, Les Vieilles Charrues l'ont labellisé, Les Francofolies de La Rochelle lui ont offert un ticket pour le Chantier ainsi qu'un spot sur la grande scène entre Lomepal et IAM.

Charisme, fougue et bagou font péter tous les plafonds d'un futur radieux. Le jeune garçon déballe une énergie folle sur scène, félin, capable de prendre l'espace et le pouvoir, exhibant une plastique avantageuse et une large palette émotionnelle insolente pour son âge. Qui est ce brûlant gaillard, arrivé à Quimper du Cameroun il y a pile dix ans, qui se pose sans crainte ni complexe en potentiel héritier de Stromae, Damso ou Nekfeu ?

Désiré Eba Tolo a aussi bien déserté les terrains de foot – problème de croissance trop rapide – que les bancs de la fac - malgré un bac empoché avec deux ans d'avance - pour les salles de répétitions. "La manière d'apprendre ne me parlait pas. Ce n'était plus tenable de faire de la musique jusqu'à six heures du matin et de devoir être en cours quatre heures plus tard. J'ai rencontré un de mes deux producteurs AuxLow (l'autre est Romain Jouvion, NDLR), j'ai eu mes premières propositions de contrat, alors j'en ai profité pour exposer ça à la table de mes parents".

Chez lui, des premières collations musicales servies par un de ses frangins (ex-danseur de hip hop), une détermination à toute épreuve, des compétences élastiques et une quête de désir d'authenticité. "Ce qui compte réellement, c'est d'être totalement dans la véracité, d'être fidèle à ce que je suis et non pas par rapport à une image que je veux me donner. Même mon ego-trip s'éloigne rarement de ce que je pense".

Ce ressenti intime, lucidement sincère, secoué par des vices, ramène à la surface des rêves, des cendres, des réalités, de la confiance en soi, des sacs de remords personnels. Di#se s'en tient au dogme de l'urbain tout en explosant les barrières avec une modernité euphorisante, sous-tendue par des architectures sonores audacieuses et des mélodies adhésives. "Je ne cherche pas à coller à des mécanismes, j'essaie juste d'adapter mon environnement musical au message que je veux faire passer".

L'ADN de Di#se ne se géolocalise pas et perce un propos introspectif nuancé, incisif, percutant et qui ne cache pas une forme de fragilité. C'est un citoyen du monde, sans frontière, avec tellement de flows en stock et un chant en mouvement. De l'afro-trap, de la salsa, de la transe, des beats atmosphériques, des foyers d'incendie fatals (l'incandescente merveille JMA, en boucle) dégomment les multiples portes d'entrée des morceaux.

Le prodige télescope l'anxiété, la tension, la sensualité, l'intensité, les percutants refrains chantés au sein d'une production autant généreuse qu'ambitieuse. "J'ai trouvé le game jambes écartées/Genoux troués dans le parking/Il y a aura de l'écart fils/Je me retrouverai dans les classiques". Là encore, il dit vrai.  

Di#se Parfum (Urban Pias) 2019
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En concert au Mama à Paris le 16/10/2019