Arthur Ely, volées gagnantes

Arthur Ely. © Sabine Villliard

Il casse les codes musicaux avec habilité, délivre poésie lasse et mélodies adhésives. Ce jeune garçon de 23 ans, qui a grandi à Strasbourg, inscrit son nom En 3 lettres du côté de ceux qui déballent une énergie folle sur disque comme sur scène.

Lors des dernières Francofolies de La Rochelle, Arthur Ely s'est révélé pour beaucoup comme une des découvertes heureuses du festival. Programmé pourtant à l'heure de la sieste, et en salle, il a emballé par sa fougue, son impétuosité, sa façon bien à lui d'arriver sans freiner sur les refrains et de déjouer avec panache les problèmes techniques rencontrés ce jour-là.

Seul sur scène, guitare en bandoulière, programmations sur ordinateur et belle expressivité d'une voix autant assurée qu'élastique. "J'avais tendance à donner beaucoup d'énergie et partir dans tous les sens. Le chantier des Francos (dispositif d'accompagnement, NDLR) m'a aidé à me recentrer et à être aussi intense en bougeant moins ou en restant derrière mon micro".

Le garçon a passé de nombreuses heures sur les courts de tennis strasbourgeois avant de se voir ses velléités de champion contrariées par une croissance trop rapide. Troc de la raquette contre une guitare à l'âge de quinze ans. Nouvelle obsession avec ses potes de lycée et volonté de copier les solos de Django Reinhardt ou Jimi Hendrix. "J'ai eu des expériences de groupe avant de monter à Paris il y a quatre ans. J'ai fait beaucoup de guitare-voix dans les bars où il me fallait aller chercher des gens qui mangeaient leur burger. Puis j'ai commencé à me lancer dans mes productions, un peu sous l'influence de Jacques, un pote à moi qui fait de la musique électro. Ça marchait bien pour lui et ça m'a motivé. Je voyais qu'il était autonome, qu'il ne dépendait de personne et c'est aussi à ce moment que j'ai commencé à écouter beaucoup de rap".

Arthur Ely fait partie de cette génération décomplexée qui explose les barrières architecturales sonores avec une modernité appuyée, à califourchon entre le hip hop, le rock l’électro et la chanson. Si son premier EP respectait les codes de l'ego-trip, son album est la pure expression des tourments qui l'habitent, ou plus précisément ceux ressentis entre l'hiver et le printemps dernier. "Ma jeunesse qui prend le large/Et moi qui prend de l'âge/J'ai le mal de l'horloge" (Le temps). "Plus j'avance, plus je mens/ Plus j'deviens cynique, c'est flippant/ Oh maman, tu m'entends/Petit, j'étais plus confiant". (Plus j'avance).

A l'euphorie de l'insouciance se succède désormais la gueule de bois du passage à l'âge adulte. "J'ai eu le sentiment de quitter une période dans laquelle j'avais des rêves indéboulonnables, des illusions, des idéaux très forts. J'ai enlevé le voile et je me suis rendu compte que je n'étais pas aussi fort ou si armé que je croyais, que je pouvais mourir. Je n'avais pas envie de me dévoiler ici à travers des métaphores cachées".

Les chansons aussi mélodieuses qu'éclatées accueillent une introspection parfois fataliste et exacerbée, des amours qui se perdent et un humour qui désamorce la mélancolie. Le moral (provisoirement) dans les chaussettes peut-être, mais toujours les bras ouverts et les poings en l'air. Arthur Ely, trois lettres dont on ne s'étonnera pas qu'elles grossissent vite en caractère.  

Arthur Ely En 3 lettres (Arista/Sony Music) 2019

En concert aux Etoiles à Paris le 27 novembre 2019
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