Amewuga, l’intime bataille d’Elom 20ce

Elom 20ce. © Emerson Lawson

"L’être humain est plus précieux que les biens matériels", Amewuga en langue éwé ! C’est le titre et le message du nouvel album du rappeur togolais Elom 20ce. Blessures, batailles et amour. En 16 titres aux notes jazzy et aux rythmiques traditionnelles africaines, Elom 20ce explore le politique par l’intime. Rencontre avec un homme de conviction.

RFI Musique : Amewuga, c’est le titre de votre nouvel album sorti début février. Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Elom 20ce : Amewuga (en langue éwé) veut dire "l’être humain est plus précieux que l’argent", mais j’ai une définition que je trouve plus poétique ... C’est "l’âme pèse plus que le corps". Ce n’est pas qu’une phrase, c’est tout un programme ! C’est dire que nous vivons dans une société où les biens matériels prennent de plus en plus le pas sur les relations humaines et qu’il serait intéressant de se recentrer sur l’humain. Et de remettre l’humain au centre de tout.

Ce nouvel album est aussi plus intime que les précédents. Dans l’un des titres, Ubuntu, à la question "pourquoi l’homme est sur terre ?" on entend votre fils qui répond "pour apprendre de nouvelles choses" ?
Oui, c’est intime parce que je pense que toutes les grandes révolutions partent de l’intime. On s’intéresse souvent à la vie des grands leaders de ce monde. De leur vie politique, de tout ce qu’ils ont pu réaliser. Mais souvent, on ne raconte pas leur vie intime. Et je pense que nos vies intimes façonnent beaucoup la manière dont nous voyons le monde ! Donc ce qui m’intéressait vraiment sur cet album, c’est de ne pas montrer simplement l’homme-artiste, mais de montrer aussi l’homme-homme. 

Vos chansons sont des compositions musicales élaborées. Vous rappez, et accordez beaucoup d’importance aux mots. Quel message voulez-vous faire passer à travers votre album ? Et il s’adresse à qui ?
Amewuga c’est un message au monde entier. Dans le morceau Amewuga, la première partie parle de l’esclavage. L’autre partie, de la manière dont nous mourrons dans nos hôpitaux souvent en Afrique quand on n’a pas les moyens de payer les frais d’hospitalisation etc. Ce n’est pas particulier au Togo. C’est le cas dans beaucoup de pays africains. Donc je me dis – et c’est la critique que je fais à ma société à la base – c’est "comment dans des sociétés où l’on chante que l’homme a plus de valeur que l’argent, comment on a pu pratiquer la déportation transatlantique ?" ; on peut mourir à l’hôpital aujourd’hui si on n’a pas d’argent pour payer. Je suis persuadé que les gens qui sont peut-être à Libreville, à Accra, à Johannesburg peuvent se retrouver dans ce que je dis dans ce morceau. Dans quel monde vivons-nous ? Est-ce qu’on est homme parce qu’on est riche ? Ou est-ce qu’on est homme parce qu’on a des valeurs ? Après je suis parti de la perspective africaine d’où je vis. En critiquant ma société, en la lisant. Mais c’est un message au monde entier.      

En parallèle de cet album, vous sortez en 2020 une fresque documentaire vidéo. Pour l’instant, il y a 6 épisodes, 6 portraits de Togolais et Togolaises d’une dizaine de minutes. De quoi il s’agit ? 
Moi à la base, je voulais faire un clip documentaire sur l’un des morceaux seulement. Et en décembre dernier, à "Lomé+", le curateur de l’exposition Sénamé Koffi Agbodjinou m’a demandé si j’aimerais en faire d’autres. Ce qui m’intéressait là-dedans, c’était de montrer Lomé à travers des portraits de gens qui l’habitent. Et ces gens sont des personnes "aux impossibles imminents". 

Elom 20ce Amewuga (Asrafo records) 2020
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