Bramsito: "Le rap est sorti du ghetto"

Bramsito. © UMG

Deux ans après son premier hit phénoménal, Sale mood, aux 114 millions de vues Youtube, Bramsito, dans le civil Brian Massamba, petit protégé de Booba, revient avec un 2e opus, Losa, où défilent les invités, tels Niska, Timal ou Leto. Le rappeur y confirme sa signature musicale, le trap zouk, et sa façon de rapper et chanter l’amour, sur des beats taillés pour les clubs. Pour RFI Musique, il revient sur son enfance, son succès et sa façon de voir le hip hop actuel. 

RFI Musique : Moins d’un an après votre premier disque, vous sortez un deuxième opus. Y avait-il une urgence ?
Bramsito : Oui, le milieu du rap est hyper productif… Il fallait suivre la cadence ! Avant, les artistes prenaient le temps de réaliser un projet. Là, au bout d’un an, le public te jette à la poubelle. Donc faut booster, faut y aller, ne rien lâcher ! 

Cette précipitation vous donne raison, puisque quinze jours seulement après sa sortie, votre clip Criminel atteint les 22 millions de vues sur Youtube… Cela vous étonne-t-il ?
J’hallucine un peu de ce succès, mais au fond, je savais que le son était bon, qu’il allait plaire. Il possède tous les ingrédients : il parle aux femmes en couple avec des "mauvais gars", il parle aux mecs... Surtout, en plus-value, il y a le featuring de Niska. Son public se conjugue au mien. Et même avant la sortie du disque, le morceau se hisse au rang des hits de l’été. Ok… c’est fou !

Depuis fin 2018, et la sortie de votre tube avec Booba, Sale mood (114 millions de vues Youtube, ndlr), votre vie a-t-elle changé ?
Oui, on me reconnaît dans la rue, sauf si j’enlève ma teinture capillaire... Mais ce qui a changé, surtout, c’est qu’aujourd’hui, on apprécie mon taf à sa juste valeur. Quand tu composes un hit comme Sale mood, ça t’ouvre des portes, ça te permet d’avancer dans le milieu, d’écrire pour d’autres personnes, etc. 

Du coup, dans quel état d’esprit avez-vous abordé la composition de ce nouveau disque ?
Sur cet album, j’ai voulu davantage laisser la place à d’autres producteurs, des gars lourds comme SaySay. Je me suis mis en retrait sur la création musicale. Je désirais de nouvelles sonorités, des couleurs différentes, même si tout s’est fait plus ou moins au feeling. Je reprends aussi les mêmes thèmes, les mêmes motifs que sur mes disques précédents – l’amour, les ruptures… Je reconnais quand même une différence de taille. Pour le premier, je ne savais pas où j’allais. Pour le deuxième opus, je me suis dirigé là où mon public m’attendait : vers des sonorités dansantes, estivales, qui passent en club, même s’il y a des titres plus mélancoliques, avec des lyrics sérieux et engagés, comme Jeunesse oubliée... 

Vous avez aussi énormément de featurings sur ce disque…
Oui, avec Niska, on avait vraiment plein d’amis en commun. On s’est parlé sur Insta, je lui ai envoyé des trucs, qui répondaient à son envie de faire du trap-zouk. Naza, c’est un Congolais et j’aime ce qu’il fait. Leto, c’est l’homme du moment, il est carrément incroyable ! Timal, il a son style à lui, du pur rap. Avec Naps, je voulais rajouter une touche de Sud, établir la connexion Paris-Marseille...

Que signifie le titre, Losa ?
En fait, un "losa", c’est le verlan de "salaud": c’est un mec déterminé, malin, rusé. Et puis, c’était le nom de mon groupe. Ce mot représente beaucoup pour moi…

Vous vous définissez vous-même comme quelqu’un de déterminé. Votre succès est ainsi le fruit d’une longue histoire. Quand et comment avez-vous commencé la musique ?
J’ai commencé à l’âge de sept ans, par le piano, enfin, plutôt, par un petit clavier, une sorte de jouet. Au début, je tapotais dessus des musiques d’église parce que ma mère est hyper chrétienne… Puis je me suis mis à reproduire des sons de Chris Brown. Mon surnom, Brams, vient de là, du piano. Mon oncle, fan de classique, me surnommait ainsi, en hommage à Johannes Brahms. Et Bramsito, c’était le petit Brams. Enfant et ado, j’écoutais de la rumba congolaise, Tabu Ley Rochereau, du zouk façon Princess Lover, de la variété française comme Jean-Jacques Goldman, et aussi beaucoup de rap français, dont La Comera et Booba. J’ai commencé à faire des instrus à 14 ans. Et à 16, j’ai réalisé l’album de mon cousin. À 20 ans, je me suis mis au rap, pour demander pardon à une go à qui j’avais fait une dinguerie (je l’avais trompée). Et puis, avec le succès du titre Charbonner sur les réseaux sociaux (36 millions de vues sur Youtube), en 2016, tout s’est enchaîné. À la base, je rêvais de devenir footballeur. Tout ne s’est pas passé exactement comme prévu…

Comment expliquez-vous votre succès ?
C’est un cocktail, le mélange d’un tas d’ingrédients. Je pense que ma voix, mon chant, mes mélodies ont facilité la réussite. Mais, à mon avis, elle tient surtout à mes instrus un peu à part. J’ai lancé une mode, inventé un style : le trap zouk. En gros, c’est du zouk urbain. J’ai créé mon propre univers ! 

Du coup, très vite, Booba vous a contacté et pris son aile… Une grosse fierté ?
Bien sûr ! D’autant que son style n’a rien à voir avec le mien ! Et puis, on a assuré en faisant un gros hit derrière ! (Sale mood, ndlr)

Vous avez dû travailler votre image sur les réseaux sociaux ?
Oui, je suis à fond sur Snap et Insta. C’est important d’être proche de son public… 

Qu’écoutez-vous aujourd’hui comme musique ?
J’écoute un peu moins de son africain, même si je suis attentivement des artistes comme Wizkid par exemple. En fait, je suis surtout branché sur ce qui se fait en rap français : Ninho, Niska, la base…

Ne pensez-vous pas que le rap est sorti du ghetto, de l’underground pour devenir la nouvelle variété ?
Si, bien sûr ! Le rap, aujourd’hui, c’est la nouvelle variété. Il y a des hits chaque vendredi, et la musique urbaine a pris un level de ouf ! Ca stream des patates! Avant, oui, le rap c’était un truc de ghetto, de révolte. Mais ça… c’était avant ! Des messages, des phrases conscientes, t’en places deux-trois par-ci, par-là, mais, en vrai, les gens, ce qu’ils veulent, c’est s’amuser ! J’ai quelques morceaux un peu dark comme Jeunesse oubliée et Cité d’or, mais le reste, c’est pour danser en club ! En gros, je me situe à mi-chemin entre le bling bling assumé et un minimum de conscience politique.

Bramsito Losa (Capitol) 2020
Facebook / Twitter / Instagram